CHAPITRE VII
« mœurs pures ne laissent aucun doute sur ses titres à « la dignité abbatiale; voulant marcher fidèlement sur les « traces de nos devanciers qui sont aussi nos modèles, nous, « humbles religieux du monastère de Maillezais, soumis à <ç leurs enseignements & surtout à la Règle de saint Benoît, « sous laquelle nous avons le bonheur de vivre, nous choi- <c sissons, confirmons & proclamons notre frère Goderan, que « nous reconnaissons pour notre supérieur & notre abbé ; « conservant avec le seigneur Hugues, abbé de Cluny, où « Goderan a été religieux, une union toute fraternelle de « charité, telle qu'elle a existé avec son prédécesseur le très « saint Odilon, ainsi qu'avec nos vénérables pères Theudon « & Kunebert, qui selon la loi commune à tout le genre « humain, ont payé tribut à la mort.
« Voyant très certainement ici la volonté expresse de la « divine Providence, tous nous inclinons humblement & « unanimement la tête sous la main de notre nouveau père. « En conséquence, désirant que cette élection libre & volon- « taire obtienne toute notoriété & authenticité, nous déclarons « qu'elle a été faite par tous les fidèles (1), avec l'avis des « évêques & des abbés réunis au chapitre pour cette fin, « sous le bon plaisir de l'illustre pontife Isambert, évêque de « Poitiers; sous la présidence de Hugues, abbé de Cluny; « avec l'adhésion du seigneur Geoffroy, duc d'Aquitaine & « comte de Poitou; & en présence de Guillaume, évêque <c d'Angoulême, d'Arnoulf, évêque de Saintes, qui ont <c applaudi à cette éleftion & font confirmée. Nos voix unies « à leurs suffrages nous ont donc heureusement donné le « seigneur Goderan pour abbé (2). »
( 1) Ce terme désigne évidemment le peuple dépendant de l'abbaye, qui assistait à réleâion comme les fidèles assistaient à Téledion des évéques en s'y associant, parfois en proposant un candidat ; mais l'éledion était réellement faite par les ayant droit, par les évéques pour un évêque, par les moines pour un abbé.
(2) Goderan fut élu évêque de Saintes en 1068, mais bientôt il se démit de cette dignité, & revint à Maillezais où il mourut au mois d'août 1073. Il fut enseveli dans l'église abbatiale. En 1835 on retrouva son tombeau; le corps y reposait toujours, avec la mitre, la crosse & l'anneau. Arnold