‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 69 sur 322 · CHAPITRE Vin I I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin I I I

ges, d'une manière générale, n'ont pas laissé les traces d'une décadence aussi accentuée, il s'en faut, que celle du clergé à cette époque. Ces communautés au contraire se rapprochaient volontiers des monastères d'hommes, où elles trouvaient plus facilement les secours spirituels qu'un clergé simoniaque & trop souvent corrompu ne leur offrait plus aisément. Les ermitesses qui existaient encore en faisaient autant, par exemple, au XI« siècle, sainte Sénégonde, qui donna tous ses biens à l'abbaye de Saint-Jean d'Angély, & vécut solitaire près de là, subsistant des aumônes des moines (i). Y avaitil donc une raison qui empêchât les moniales de bien saisir à cette époque la sagesse des prescriptions ecclésiastiques de l'âge précédent, relativement à une clôture exafte, bien qu'elles comprissent en général le bienfait de la retraite & de la solitude? Oui, dirons-nous. Les natures droites & simples du moyen-âge avaient parfaitement compris que la Règle de saint Benoît convenait à tout sexe & à tout âge. En cela elles étaient d'accord avec ce concile de Trosly, qui en reprenait les prescriptions à l'usage des vierges sans autre modifications que de mettre au féminin ce que le texte du législateur mettait au masculin. Benoît avait été vraiment patriarche, comme nous le disions plus haut; & sa postérité embrassait l'ensemble de la créature humaine, les fils & les filles, comme la postérité des patriarches bibliques. E>ès lors il semblait naturel que la vie monastique se développât pour la femme sous la même forme que pour l'homme. D'autant qu'au sein d'une société où florissait la véritable chevalerie, la femme connaissait assez sa place, le rôle important qu'elle tenait, le respeft & l'estime enfin que la foi inspirait pour elle, selon les préceptes de l'Apôtre. Elle savait que des vrais chevaliers elle n'avait à attendre que protection & loyauté; que si des violences échappaient parfois à cts natures susceptibles d'emportements terribles, du moins la loi de chevalerie intimait à celui qui avait chaussé l'éperon d'or le devoir d'être loyal envers les pauvres & les faibles, envers les

(i) Mabill. Annal, Bened. t. V, ann. 1067. — GaîL Christ, t. IL col. 1098.

femmes spécialement. Bien des exemples sont là pour nous dire que cette loi était religieusement observée. D'ailleurs il n'y aurait pas eu de vilain à ignorer quel châtiment il encourrait en se permettant ce que la chevalerie enjoignait d'éviter & de punir. Y avait-il besoin d'autres précautions pour garantircelles qui étaient protégées ainsi par les foudres de l'Église & la lance des preux?Simples & fortes, les femmes du moyenâge ne pouvaient aisément le croire. Et pourtant elles se trompaient. L'Église avait ses raisons pour vouloir autre chose. Certes on ne pouvait dire que cette interprétation naïve de la règle monastique produisît partout de mauvais fruits. La mère de saint Léon IX à son lit de mort était heureuse d'avoir près d'elle une abbesse; relisons l'histoire de la fondation de Vallombreuse : nous y voyons que saint Jean Gualbert & ses premiers compagnons obtiennent de la bienheureuse Itta concession des forêts & de la vallée; ils s'engagent à lui payer annuellement, en signe d'hommage, la lourde redevance d'une livre de cire & d'une livre d'huile. Mais l'abbesse prend bien soin de stipuler que si jamais l'abbé de Vallombreuse, ou quelqu'un de ses successeurs, commet le péché de simonie, elle aura comme suzeraine le droit exprès de le chasser de ses domaines. Et ce fut ainsi que prit naissance en 1039 l'ordre de Vallombreuse, plus tard l'adversaire invincible de la simonie en Toscane. Néanmoins, l'histoire doit dire que ce régime offrait souvent de graves inconvénients, faciles à deviner si l'on tient compte de la perversité de la nature humaine. N'y a-t-il pas toujours en elle les suites du péché originel, dont nulle institution ne peut s'abstraire pour être chrétienne, moins encore pour être religieuse? On l'oubliait trop; on oubliait aussi la mobilité du tempérament féminin, plus sensible encore que celui de l'homme aux impressions du dehors. Les conciles avaient raison de se préoccuper de cette situation.

Pour sa part, Hugues de Cluny, durant sa légation, avait été à portée de scruter à fond bien des abus dans l'ordre monastique; la lettre du Pape Nicolas 11 aux évêques & aux fidèles de France & d'Aquitaine éditait des mesures &

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