‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 76 sur 322 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

. mière ligne dans ses prières le Saint Esprit & la Sainte Vierge.

« Le soin de ses sœurs ne lui faisait pas oublier les pauvres & les hôtes. Elle leur préparait une honorable réception, pourvoyait à tous leurs besoins, & ne les laissait manquer de rien. Mais son faible était pour les pauvres. Si elle pouvait mettre quelque chose de côté, c'était pour eux. Elle leur faisait distribuer beaucoup d'aumônes, & préparer autant de vêtements qu'il était possible, fallût-il les acheter; mais le plus souvent c'étaient des vêtements qui ne pouvaient plus servir aux sœurs & qu'elle faisait mettre à ,1a disposition de ses protégés. Qyiconque venait demander au nom du Seigneur était sûr de recevoir ce qui lui était nécessaire, sans aucun examen ; car la mère cellérière ne perdait pas une occasion de grapiller de tous côtés vivres & vêtements pour les nécessiteux. Il y en avait qu'elle avait surnommés ses fils, & qui recevaient d'elle chaque jour leur nourriture & tout ce qu'il leur fallait. Cette âme, tout entière à Dieu, se reposait dans ces soins, sachant bien qu'en répandant tant d'aumônes, elle amassait un trésor.

« En résumé, c'était en toutes choses une mère de famille, servant ses sœurs comme Marthe, les hôtes comme Sara, les pauvres comme Tabithe. Elle vivait pour Dieu & pour son prochain, pour Dieu en obéissant, pour son prochain en le servant. Elle avait ainsi gagné parfaitement le cœur de toutes ses sœurs, & mérité de leur affeâion le surnom de mère du monastère. »

Tel est le récit que la piété filiale inspira un jour à Pierre le Vénérable. Existe-t-il un plus beau commentaire des préceptes de saint Benoît que la vie de cette moniale qui, elle aussi, a mérité le titre de Vénérable ? Ceux qui connaissent la Règle du saint Patriarche pourront en juger; & nous espérons que le lefteur nous pardonnera l'étendue de cette citation, en considérant qu'elle nous fait pénétrer la vie intime de Marcigny tel que saint Hugues le laissa en mourant (1).

(1) Raingarde de Montboissier entra â Marcigny en 1114, cinq ans après b mort de saint Hugues. — Cucherat, Ciuny au XI' siècle, p. 237, Catalogue des Dames.

Nous en aurons ainsi suivi le développement par des documents authentiques, depuis le jour de son humble fondation jusqu'au temps où le monastère en vint à compter cent moniales.

D'après les détails que nous trouvons dans les divers récits que nous venons de retracer, nous voyons un monastère vivant de la vie conventuelle ; mais dans son observance il y a ce point particulier que les moniales ne franchissent jamais les limites du cloître qu'entourent les lieux réguliers. A Cluny l'on trouvait des exemples d'une pareille clôture; ainsi les novices ne devaient pas sortir du cloître durant toute l'année de leur noviciat (i). Les circateurs étaient de même tenus à ne pas en franchir les limites(2). Mais cependant ce n'étaient là que des dispositions temporaires pour chacun de ceux qu'elles regardaient. Il est évident au contraire qu'à Marcigny la loi était générale & perpétuelle ; & c'est ta une des raisons qui faisaient dire aux biographes contemporains que les filles de saint Hugues unissaient en leur monastère l'observance des cénobites à celle des anachorètes, en ce sens qu'elles vivaient en communauté, mais dans une clôture extrêmement étroite & sévère.

Parmi celles qui vinrent se mettre sous la conduite de saint Hugues (3), nous relevons d'abord les noms de la comtesse Erembor de Semur & de sa fille Hermengarde; celle-ci fut la première prieure de Marcigny. Parmi les premières compagnes des nobles dames de Semur, le catalogue rédigé au siècle dernier d'après les archives du monastère relève les noms d'Edelburge de Varenne, Huguette de la Barge, Almodis de Toulouse, Sibylle de Solman, Garengarde de Montgascon, Emmène de Chaumont, Pétronille de Maitmune avec sa fille, Alexandrine de Compens avec sa bellefille. Puis les maisons d'Auvergne, de Ponthieu, de Mont-

(1) Ordo Ciuniai:. cap. xv.

(2)lbid. cap. IV.

(î) Nous empruntons tous les détails qui suivent aux documents inédits que M. Cucherat a publics en 1885 dans sa 4' éd. de Cluuy au XI' iî,r].: p. 219 & suiv.

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