CHAPITRE VIII
pensier, de la Rochefoucaiilt, de Beaujeu, de Périgord, de Champagne, de Bourgogne, de Berry, de Clermont-Tonnerre, de Polignac, &c. compteront des membres à Marcigny; bientôt vont y arriver Adèle d'Angleterre, fille de Guillaume le Conquérant, & Marie d'Ecosse, fille de Malcolm. Puis les nièces de saint Hugues, Adélaïde, Agnès, & Cécile de Semur, y entrent presque en même temps que sa sœur la duchesse Alix de Bourgogne, précédant de peu deux autres soeurs, Adélaïde & Lucie, de la même maison de Semur. Au XI^ siècle Marcigny compta des gloires plus solides encore, dans la personne de la vénérable Raingarde de Montboissier; de sainte Véraise (ou Thérèse), fille d'Alphonse d'Aragon, vierge & martyre, dont on faisait l'office double à Marcigny; & de sainte Ferréoline d'Espagne, vierge & martyre également; celle-ci avait été prieure à Marcigny. Leurs reliques y sont encore vénérées sur l'autel de l'église Saint- Nicolas.
A côté du monastère des moniales s'élève le moutier des moines. Celui-ci est gouverné par un prieur qui prend soin en même temps des biens temporels des moniales. Il semble même que ces biens fussent communs aux deux monastères qui n'en faisaient en réalité qu'un seul ; en effet ils n'avaient qu'une même église, où, jusqu'au XIV® siècle, frères & sœurs, bien que séparés par la clôture, chantèrent ensemble rOffice divin, en alternant la psalmodie. On retrouve, dans une charte de Geoffroy, certaines donations faites à l'église de la Sainte-Trinité, lesquelles se retrouvent dans le diplôme des privilèges accordés par Urbain II aux moniales de Marcigny. Cependant Geoffroy faisait ces donations « pour que « les moines fussent tenus de prier » pour l'âme de son père, de sa mère, & pour celles de tous ses parents, ainsi que pour la sienne après sa mort. Cette obligation ne pouvait évidemment leur incomber qu'à raison d'un bienfait reçu par eux-mêmes. Il faut donc dire que ces possessions étaient celles d'un monastère double, sous l'administration du prieur des moines. C'est lui qui portait à l'origine le titre de procurateur, que nous avons rencontré dans l'histoire de Rain-
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garde. Mais le direfteur spirituel des moniales portait aussi le titre de prieur d'ordre, prieur claustral, ou prieur des dames. De la sorte, sous la juridiftion immédiate de l'abbé de Cluny, le monastère était gouverné par une prieure, ayant au-dessus d'elle un prieur d'ordre, qui avait, nous l'avons vu, le droit de correâion, & surtout l'office de confesseur & de guide spirituel. Quant au temporel, le procurateur en était chargé, &, à ce qu'il semble, avec une autorité assez étendue. Car c'est lui qui traite avec les prieurés dépendants de Marcigny jusqu'en Espagne & en Angleterre; c'est à lui que les moines de ces prieurés paient un cens annuel. Dans ces conventions il n'est pas question de la prieure des moniales.
Nous croyons avoir donné par ces différents détails une idée suffisamment précise de la fondation de l'abbé Hugues de Cluny. Nous n'insisterons donc pas davantage, & nous continuerons à suivre le fil de l'histoire.