CHAPITRE IX
prendre mieux que les moines eux-mêmes Timportance d'un remède prompt & énergique à cette situation. Or il n'avait vu personne qui fût plus capable de « ramener Tabbaye de Saint- « Martial dans la voie de la règle monastique & d'en chasser « la détestable hérésie de simonie, » que l'abbé de Cluny & ses successeurs. L'évêque Itier de Limoges & ses chanoines avaient partagé cet avis, & le prélat n'avait pas hésité à apposer son sceau sur une charte qui engageait désormais sa responsabilité dans une question aussi grave (i). En présence de l'afte authentique de l'évêque & du vicomte de Limoges, quelle autorité peuvent avoir les inventions des moines de Saint-Martial, cherchant à expliquer l'introduftion des Clunisiens dans leur monastère par des commérages auxquels leur irritation enlève tout crédit (2)? Les dates parlent d'ailleurs toutes seules. La charte du vicomte Adémar est datée de Tan 1062; & de l'aveu même du chroniqueur de Saint-Martial, ce fut seulement en 1063 que ces Clunisiens avides tentèrent de se mettre en possession de ce qui leur avait été donné. Tant que vécut Mainard, qui était en possession du siège abbatial, le vicomte Adémar & Hugues de Cluny s'accordèrent pour user de ménagements. Le décès de cet abbé vint ouvrir la voie au règlement de TafiFaire. Mais lorsque le vicomte voulut amener les moines de Saint-Martial à se soumettre à l'autorité de Cluny pour l'éleftion du nouvel abbé, la révolte éclata. Le vicomte était peu coutumier des précautions dont l'autorité ecclésiastique sait user d'ordinaire. Il prit, qu'on nous passe le mot, le taureau par les cornes, en mettant, séance tenante, la main sur le porteparole des mécontents. La plupart de ceux-ci quittèrent aussitôt l'abbaye, se disant menacés par le vigoureux seigneur. Cependant les jeunes moines & les enfants élevés au monastère ne sortirent pas, prouvant assez par là toute la fausseté de ce prétexte. Ceux-là seuls pouvaient avoir à
(1) Charte du vicomte de Limoges» Bibl. Nat. ms. n° 2182, fonds latin nouv. acquis. — Elle se trouve aussi dans Baluze, Misceîlanea, t. VI, p. ^19.
(2) Baluze, îoc. cit, p. 516 & 518.
craindre, qui entendaient soutenir la révolte. Réfugiés dans les prieurés dépendants de Saint-Martial, ils commencèrent une guerre en règle contre l'abbaye, où les moines clunlsiens étaient entrés, conduits par leur abbé en personne. Hugues vit ainsi les rebelles mettre le feu à diverses maisons avoisinant le monastère, ravager les alentours, & attenter même :1 la vie de ses moines (i). S'il eût été ambitieux d'agréger des monastères à Cluny, certes il y avait bien là de quoi l'en dégoûter. Pour comble de malheur, des nouvelles très graves lui arrivèrent à ce moment de Cluny même. Une vieille querelle des évêques de Mâcon venait de se réveiller plus vive que jamais. Il nous faut en exposer les motifs aussi brièvement que possible.
Le lefteur aura remarqué dans la bulle d'Etienne X que nous avons citée plus haut, ces paroles très claires : « Sous v< la menace du jugement de Dieu & des foudres de l'ana- « thème, nous défendons qu'aucun évêque ou aucun prêtre « ose venir(à Cluny), ou entrer dans ce vénérable monastère, « pour quelque ordination ou consécration,... ou pour céié- « brer la Messe, à moins qu'il y ait été invité par le seigneur « abbé. Qli'il soit libre aux moines de recevoir les Ordres « sacrés là où ils voudront, & de tel évêque que toi & tes « successeurs aurez choisi. » Ces paroles n'étaient que la reproduction littérale des privilèges accordés naguère par saint Léon IX, & encore bien auparavant dès le temps de saint Odilon. Mais depuis longtemps les évêques de Mâcon avaient vu dans ces bulles une grave atteinte à leur autorité. Kn I02Î, des réclamations s'étaient élevées, des mesures avaient été prises contre les exemptions établies par le Souverain Pontife. Au concile d'Anse (2), par devant deux archevêques & huit évêques, Goslin, évêque de Mâcon, accusa l'archevêque de Vienne, le bienheureux Burchard, d'être venu à Cluny & d'y avoir conféré les Ordres sans sa per-
( I ) Ces détails sont donnés par le moine italien dont nous parlerons tout 3 l'heure.
(3) Labb. Concil. t. IX, col. 8^9.