‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 80 sur 322 · CHAPITRE IX l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX l

mission. Saint Odilon, présent au concile, répondit en donnant lefture des privilèges Apostoliques qui établissaient Texemption de Fabbaye^ spécialement sur le point contesté. 11 pouvait produire Tafte tout récent de Jean XIX, qui en 1024 avait sanftionné ces privilèges, à la requête de TEmpereur saint Henri (i). Les pères du concile, parmi lesquels nous distinguons les évêques d'Autun & de Châlon, n'eurent garde de contester l'authenticité de ces pièces ; mais ils alléguèrent que le concile général de Chalcédoine, tenu au V* siècle, avait réglé autrement Texercice de la juridiftion épiscopale, & avait en particulier décrété que les moines seraient soumis à l'autorité ordinaire de Tévêque diocésain. En conséquence les privilèges accordés à Cluny par les Papes furent déclarés de nulle valeur, comme contrevenant aux saints canons. Il n'importait pas, paraît-il, aux pères du concile d'Anse de savoir que le Pape est tout justement la source d'où les canons tirent leur autorité, même ceux d'un concile œcuménique, auxquels la sanftion Apostolique donne seule valeur obligatoire. Ils n'avaient donc pas à considérer, pensaient-ils, si depuis le V* siècle les Pontifes Romains, en particulier saint Grégoire le Grand, n'avaient pas modifié la discipline à l'endroit des moines & des monastères. L'erreur gallicane est de tous les temps. L'archevêque de Vienne eut la bonté de se reconnaître coupable envers l'évêque de Mâcon ; mais saint Odilon n'eut garde de tenir pour abrogés les aftes pontificaux contre lesquels un concile provincial ne pouvait assurément prévaloir. Deux ans après le concile d'Anse, il obtenait du Pape Jean XIX, en concile romain, la confirmation solennelle des privilèges contestés. Le Pape voulut la notifier par une lettre adressée à tout l'épiscopat, dans laquelle, sans nommer personne, il blâme les entreprises dirigées par certains évêques contre les Clunisiens(2). Néanmoins il paraît que cela ne suffit pas encore ; car cinq ans après (1030), Jean XIX dut écrire à l'archevêque Burchard de

(i) BuIL Cluniac, p. 8.

(a) BulL Cluniac. p. 9. — Jaffé, Regest, ann. 1027 (n° 3101).

Lyon, & à Tévêque Goslin de Mâcon, pour les rappeler au \ respeâ: des décisions du Saint-Siège. La lettre adressée à

révêque était sévère ( i ),& le menaçait de déposition s'il continuait à molester Cluny. Les Papes Grégoire V, Silyestre II, Clément II, enfin saint Léon IX & Etienne X, continuèrent durant trente ans à parler comme l'avait fait Jean XIX, en faveur de Texemp^ion de Tabbaye. Néanmoins Gautier de Beaujeu^ successeur de Goslin sur le siège de Mâcon, reprit les errements de son prédécesseur. C'était d'autant plus fâcheux, que cet évêque était un prélat des plus respectables, trop connu même pour la bonté de son caractère; car nombre de seigneurs en profitèrent pour arrondir leurs domaines aux dépens de l'Église de Mâcon (2). A l'égard de Cluny seulement, ce bon prélat se montra sévère & exigeant. Nous soupçonnerions volontiers qu'il y était poussé par ses chanoines, dont l'animosité se dévoilera un jour. Saint Odilon touchait au terme de sa carrière : en présence de prétentions tant de fois condamnées par les aftes du Saint-Siège, il ne voulut pas recourir de nouveau à cette autorité suprême, dont on semblait ne vouloir tenir aucun compte. Il n'abcliqua cependant aucun de ses droits; mais avec cette bonté qui chez lui s'alliait fort bien à une grande finesse & à une profonde expérience des hommes, il témoigna en toutes manières le respeâ: sincère que l'évêque de Mâcon lui inspirait, à raison de son caraftère sacré comme de ses qualités personnelles. .En l'invitant à faire plusieurs fois des ordinations dans l'église même de Cluny, le saint abbé prouva qu'il n'avait nullement l'intention de se montrer méfiant envers le pontife. Même il voulut faire sa paix avec le chapitre de Mâcon ; & en cela il mettait peutêtre un peu de malice; car l'évêque seul avait paru dans le débat. D'ailleurs il n'y avait pas à douter de la sincérité avec laquelle il souhaitait entretenir les rapports les plus pacifiques avec l'Église de Mâcon. Le résultat fut assez inattendu.

(i) Bull, Cluniac. p. 8. — Jaffé, n<» 31 1 1. (2) Gallia Christ, t. IV, col. 1061.

Page 1