‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 82 sur 322 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

& le bienheureux Urbain II vont tout à Fheure confirmer de la manière la plus expresse. Saint-Maïeul faisait même partie intégrante de Tabbaye, au point qu'en certaines circonstances les moines y venaient en procession, pour la fête de saint Maïeul, par exemple; ce jour-là, on y célébrait la messe solennelle, & les moines y faisaient même Toraison en commun. Il est évident qu'ils se trouvaient bien chez eux dans cette église. La démarche de Tévêque de Mâcon constituait donc une attaque en règle contre l'exemption de l'abbaye, si dissimulée qu'elle voulût être. Malheureusement pour lui, le grand-prieur qui gouvernait Cluny en l'absence de Tabbé était Gérald, homme d'une énergie que plus tard saint Grégoire VII dut plusieurs fois tempérer. Sa réponse à la tentative armée de Drogon ne se fit pas attendre ; si elle ne fut point celle qu'aurait faite probablement l'abbé de Cluny, elle eut au moins le mérite de la netteté. Tandis que les soldats de révêque cherchaient à forcer la porte, les moines accouraient vers Saint-Maïeul. Beaucoup d'entre eux avaient jadis porté les armes, & ils se chargèrent de répondre à l'homélie épiscopale avec les arguments qui leur étaient familiers. Forcé de s'enfuir à toute bride, Tévêque revint à Mâcon, furieux de l'affront qu'il s'était attiré; immédiatement il jeta l'interdit sur l'abbaye & l'excommunication sur les religieux. C'était une nouvelle violation des privilèges Apostoliques.

Hugues était à Saint-Martial quand il apprit toutes ces nouvelles à la fois, & il prit à l'instant même un grand parti. La douceur avait suffi à sauvegarder jusque-là l'exemption clunisienne; mais dès lors qu'on en venait aux extrémités, Tabbé de Cluny n'hésita pas à recourir à des moyens énergiques. Sans perdre un jour il partit pour Rome, où le Pape Alexandre II allait tenir le concile romain de 1063. La saison était mauvaise; il s'agissait de franchir les Alpes au moment où les premières][chaleurs détachent du haut des glaciers de redoutables avalanches. De plus Cadaloùs tenait la campagne en Lombardie & dans le Parmesan; la Ligurie était loin d'être sûre. C'étaient autant de dangers; mais il le fallait, & Hugues ne recula pas.

Pour bien faire saisir la gravité de la cause que l'abbé de Cluny en personne portait devant le Siège Apostolique, le leôeur nous saura gré d'exposer en quelques mots quels étaient les fondements de cette exemption monastique, &. l'importance qu'elle présentait pour le bien général de l'Église.

L'exemption des moines a deux raisons d'être : d'abord les nécessités du gouvernement intérieur du monastère, puis l'affirmation par les faits du pouvoir immédiat du Pontife Romain sur tous & chacun des fidèles, dont il est le pasteur & le dofteur. Ces deux motifs ont été mis en lumière par les aftes mêmes des évêques & des Souverains Pontifes.

Dès les premiers temps où l'histoire des moines commence à se dessiner, l'on peut voir que les abbés étaient considérés comme chefs d'églises particulières. C'était à ce titre qu'ils recevaient les lettres pastorales que le patriarche d'Alexandrie leur adressait dans leurs solitudes d'Egypte en la même manière qu'aux évêques ses sufïragants. C'était à ce titre encore qu'ils réglaient la liturgie & la forme de l'Office divin pour leurs monastères respedifs, qu'ils exerçaient le droit d'excommunication jusqu'à la privation de sépulture chrétienne, dans les formes mêmes qu'affeôait sur ce point la discipline ecclésiastique durant les premiers siècles de l'Église. Le Pape saint Grégoire le Grand se chargea de donner la raison de cette situation reconnue aux abbés. Il en comprenait mieux que personne la nécessité, grâce à l'expérience qu'il avait acquise en gouvernant un monastère (i). Rien n'est en effet plus fatal à l'esprit monastique que des changements perpétuels & une instabilité constante dans la direâion. Les âmes auront mille peines à ne pas piétiner sur place au lieu d'avancer dans la voie de la perfeâion, si le gouvernement général flotte dans des direftions diverses au lieu de suivre une ligne bien déterminée. Or, la conduite

(i)tiQyam sit necessarium monasteriorum quieti conspicere, an-

teadum nos officium quod in regimine cœnobii exhibuimus informat. » {Ap. Labb. Concil, t. V. col. 1607.) — Cf. S. Gregor. M. Epiit. lib. Il, ep. XLi; lib. Vll[, ep. xv (ap. Migne).

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