‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 93 sur 322 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pendue au-dessus de l'autel majeur (i), la liturgie du saint Sacrifice & de la louange divine se déroule dans des offices solennels. On peut s'imaginer la beauté, la grandeur de ces fondions, auxquelles coopère à des degrés divers toute cette légion de moines. VÂrniarius préside aux cérémonies & aux chants; sous sa direction les rites s'accomplissent avec une précision & une ampleur qui va souvent jusqu'à la magnificence. Quelle puissance dans la prière de l'Église redite en de telles conditions I C'est là qu'il faut, sans aucun doute, chercher la cause d'un double eflFet; d'abord au sein du monastère, c'est, avec l'abondance de la vie surnaturelle, cette unanimité des cœurs, qui a frappé le moine italien. Les chants sacrés « accordaient les âmes entre elles & avec Dieu, » selon l'expression de saint Denys(2). Puis au dehors c'est la bénédiftion divine descendant sur les peuples, à la voix de ce chœur qui est si pleinement, par sa puissante prière, « l'organe de la vie dans la société chrétienne (3). » L'Office divin absorbait la majeure partie du temps, & c'était sur lui que se réglait l'observance. C'était lorsqu'on chantait tel psaume au chœur que tel moine devait songer à aller préparer ceci ou cela au réfectoire par exemple, voire à la cuisine. C'est au son de tel office que telle disposition devait se prendre dans les ateliers ou soys les cloîtres. Pourtant il était d'autres moments où Téglise rentrait dans un silence qui n'était guère moins imposant. Le jour n'était pas levé, l'office de la nuit était achevé cependant; mais alors le prieur claustral, faisant sa ronde & visitant les nombreux autels de la basilique, avait la joie d'y voir ses frères occupés à l'oraison mentale. Que si parfois la fatigue des longues veilles & des travaux du jour précédent diminuait le nombre de ceux qui restaient ainsi en oraison, le prieur s'en plaignait dès le matin au chapitre, comme

( I ) Chronique de Richard, moine de Vile d*Aix, (Martène, Amplissima Colleaio, t. V. — Ap. Bouquet, t. VII à XIl.)

(2) De Ecclesiast. Hierarch, cap. m, p. ni, §. v.

(3) Dom Guéranger, Année liturgique. Préface générale.

d'une perte pour le monastère (i). C'était en effet d'après l'assiduité à ce saint exercice que l'on pouvait juger si réellement tout le bel ensemble & l'aspeft imposant des cérémonies liturgiques étaient pour les moines autre chose que la lampe des vierges folles, & s'il y avait bien là l'huîle pure qui doit se consumer en flamme de charité.

Une autre source de mérites était aussi ouverte à Cluny, moins abondante il est vrai, nécessaire cependant en vertu de la loi imposée à l'humanité déchue, la loi de pénitence par le travail. On retrouve de toutes parts dans les coutumes clunisiennes le travail des mains; ScTon peut aisément comprendre qu'en une abbaye aussi vaste il ne devait jamais manquer, sous une forme ou sous une autre, alors même qu'il n'aurait pas fait la matière d'un exercice conventuel. Beaucoup de moines pratiquaient des arts ou des métiers utiles au monastère. Mais voyons plus spécialement ce qui a trait à cette seconde espèce de travail que le bienheureux patriarche Benoît a prescrite en sa Règle (2), le travail de l'esprit. A vrai dire, c'est là une appellation fort incomplète; car plus d'un manuscrit du moyen-âge nous dit naïvement qu'alors comme aujourd'hui si les doigts seuls remuaient pour écrire, ils n'étaient pas seuls à se fatiguer. Voyons ce genre de travail s'exécuter à Cluny. VÂrmarius y préside & c'est lui qui a le soin de tous les livres du monastère, tant pour les faire écrire que pour les conserver. Ainsi sa fonction embrasse à la fois le soin de diriger l'Office divin & celui de gouverner ce travail monastique; elle semble faite pour rappeler aux moines que toutes les peines qu'ils prennent en dehors du chœur selon l'obéissance revêtent un caractère de religion, & s'unissent au Saint Sacrifice, qui est l'afte le plus élevé de cette vertu. Les Coutumes, ou Ordo de Cluny, ne nous fournissent point un chapitre spécial sur cette occupation

(1) « Si enim pauci fuerint, îpse clamabit in capitule : Pigre vos habuistis ad orationem, paucos inveni hac no<5le ante altaria. » (Ord, Cluniac. cap. m.)

(2) Reg. S. Bened. cap. xlviii.

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