‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 94 sur 322 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

des moines; elle était si bien considérée comme œuvre monastique, & non comme une école de science, que Ton est obligé de fouiller l'histoire pour en retrouver les traces. Mais elles sont nettement imprimées sur les monuments qui nous restent de Cluny. A Tépoque où nous sommes arrivés, nous voyons les religieux produire des œuvres dont un certain nombre nous sont parvenues. Ainsi VOrdo de Cluny lui-même sera achevé peu après 1064 par le célèbre moine Bernard, qui partira quelques années plus tard pour rEspagne(i). Il puise en partie les éléments de son travail dans des documents écrits, conservés à la bibliothèque du monastère (à). La vie de saint Odilon a déjà été écrite, durant les premières années du gouvernement de Tabbé Hugues, par le moine Jotsaud, vraisemblablement archiviste de Cluny (3), qui en outre écrivit contre Bérenger un ouvrage aujourd'hui perdu. Ici Ton travaille, par ordre du seigneur abbé, aux annales de Cluny, à compter de la date de la fondation, jusqu'en 1049, date de la mort de saint Odilon (4). Là plusieurs copistes sont occupés à la fois à transcrire les chartes d'un cartulaire commencé au temps de saint Odilon (5). Voici un moine qui compile une colleftion toute monastique. En tête figurent les Dialogues de saint Grégoire, qui donnent, on le sait, une place d'honneur à la vie du bienheureux patriarche Benoît, & retracent les exemples des saints moines de l'Occident. Puis les Vies des Pères, que saint Benoît recommande si fort en sa Règle, & que le copiste fait précéder de cette mention : « Ci commence la « préface pour la vie des saints Pères, destinée à l'instruftion

(1) V. Dom Calmet, Commentaire sur la Règle de S, Benoît, p. 293.

(2) V. répître dédicatoire de Bernard. Le Spicilége de d'Achery (in 4° t. IV, p. 9) en donne une partie ; elle se trouve en entier dans le volume intitulé « Vêtus disciplina monastica », publié au wm^ siècle par un moine de Saint-Biaise en la Forêt-Noire, Dom Hergott.

(3) Àda SS. O, S, B, sœc. VI, p. i, p. 632.

(4) Bibl. Nat. n° 1497, fonds. lat. nouv. acquis, Impartie du cartulaire A. Publié aussi dans la Bibîïotb, Cluniac. col. 161 7 & seq.

(5) V. Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. I, p. xix, cartulaire A.

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« des moines lorsqu'ils renoncent au monde. » Suivent des maximes empruntées aux Pères d'Orient, & !es vies de plusieurs saints ermites ou cénobites. A côté de ce copiste, un autre moine s'occupe d'un second recueil, où sera retracée notamment la vie de plusieurs des grands saints auxquels Cluny est rattaché par les abbayes qu'il restaure; ainsi saint Martial. A quoi travaille cet autre frère? A transcrire les homélies de saint Augustin sur les Psaumes & sur saint Jean. Et celui-ci? A un recueil d'Aâes des Saints avec des homélies, recueil destiné à un usage liturgique, sa composition même nous le dit. Il n'est pas seul à s'occuper ainsi des livres de chœur. Cluny compte parmi ses fils un moine appelé Durand, qui travaille assidûment en ce genre, & qui orne avec habileté beaucoup de volumes liturgiques. Pour récompenser son labeur courageux, le seigneur abbé ordonnera qu'après sa mort on doublera pour lui l'office qui est chanté pour chacun des frères défunts ; & son souvenir restera vivant dans les traditions écrites de l'abbaye (t). Peut-être est-ce à lui que le monastère doit un recueil de leçons pour les différentes fêtes de l'année; les chapitres de ce manuscrit commencent par de grandes initiales dorées sur fond pourpre, & l'on y voit un certain nombre de peintures (2). Mais d'ailleurs Durand n'est pas à Cluny le seul moine expert en l'art de l'enluminure : plusieurs manuscrits qui ne sortent pas tous de la même main sont là pour en témoigner(5). Ce n'est pas tout encore. D'autres moines sont occupés à transcrire des ouvrages destinés purement à l'étude, par exemple les livres de Boëce, ses commentaires sur les Topiques de Cicéron. Tout à l'heure on va se mettre à l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe traduite par Rufin. Et nous ne nommons que ceux-là, parce que leurs œuvres auront la bonne fortune d'échapper aux ravages du temps & des pillages plus ou moins organisés. Mais ne devons-nous

(i) Bibl. Cluniac. col. 1645-

(2) Bibl. Nation., ms. n» 2246, fonds, tat. nouv. acquis.

(j) Delisle, liivent. des mss. fonds C/un( (1884), p. 204.

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