‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 97 sur 322 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qu'il était « insatiable » de lefture. Ses prédécesseurs avaient brillé par Téloquence parmi leurs contemporains, & des , monuments assez nombreux nous sont restés de la doftrine de saint Odilon. Hugues a laissé moins d'œuvres de ce genre ; & cela tient à la nature de la mission que lui confia la divine Providence. De toutes les lettres qu'il dut écrire, & dont un grand nombre auraient dû lui survivre, huit seulement sont parvenues jusqu'à nous. Mais on lisait encore au XIII* siècle un livre composé par lui, & contenant le récit de miracles opérés par la Sainte Vierge; depuis cette date cet ouvrage disparaît des divers catalogues qui nous font connaître la bibliothèque de Cluny(i). Nous avons été assez heureux pour retrouver un sermon de notre saint abbé sur saint Marcel, sermon qui n'avait pas encore été publié jusqu'à présent. Sans doute c'est là une de ces instructions qu'au rapport de saint Pierre Damien Hugues adressait quotidiennement à ses moines. Le style en est ferme, ladoftrine pleine & sûre, & le cœur s'y laisse voir avec toute sa tendresse. En un mot cette pièce ne peut que confirmer le jugement porté par VHistoire littéraire de la France sur les œuvres de saint Hugues, à qui elle reconnaît « le talent de « bien écrire, de s'exprimer avec éloquence, mais une élo- « quence du cœur (2). » C'est ce qu'on disait déjà au XI* siècle ; deux moines rappelaient ses lettres « remplies de

(i) Anecdotes historiques d'Etienne de Bourbon, dominicain du XIII* siècle, publié par Lecoy de la Marche pour la Société de l'histoire de France (pp. 7 & 1 18). — Etienne cite on même temps un livre du même genre, de Pierre le Vénérable. Ce dernier ouvrage existait encore en manuscrit à Cluny en l*an IX. (V. Inventaire des mss. de la BibL Nat,, fonds CJuni, par L. Delisle, p. 400.) Celui de saint Hugues n'y était plus. Au xvii« siècle, D. Le Michel voyait à Cluny un recueil de miracles de la Sainte Vierge, anonyme, mais écrit par un moine disciple de saint Hugues, qui en tenait six de 1^ bouche du saint abbé. (Ibid. p. 384.) 11 ne peut donc s'agir là du livre qu'au xni« siècle on disait nettement avoir été écrit par saint Hugues lui-même; & Etienne de Bourbon, après avoir été élevé à Saint-Vincent de Mâcon, avait visité Cluny. 11 était donc bien informé. Nous perdons par conséquent la trace de ce manuscrit dès le xiv« siècle.

(2) T. IX, p. 479-

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« consolations aussi douces que le miel(i); » & c'étaient deux moines étrangers à Cluny qui parlaient ainsi; nous entendrons Guillaume, abbé de Saint- Arnoul de Metz, s'exprimer dans les mêmes termes sur les écrits de l'abbé de Cluny. Quant à son élocution, Gilon en fait aussi réloge, même au point de vue des qualités oratoires. « Si « j'étais un moins pauvre historien, dit-il, je dirais son lan- « gage élevé, sa parole large & facile, les ressources de sa « mémoire, l'art qu'il avait de disposer son sujet avec ordre, « l'accent juste de sa diftion, la profondeur de ses pensées, « & aussi l'humble réserve qu'il savait garder sur les points « où le doute était fondé (2). » Tout cela nous fait comprendre assez comment Hugues de Cluny était apte à promouvoir & à diriger les études monastiques. Nous l'aurions deviné, quand bien même des témoignages de toutes sortes ne nous l'eussent pas appris ; car si le bienheureux patriarche Benoît veut la science compétente chez l'abbé d'un seul monastère, le chef d'un mouvement de restauration aussi vaste que celui dont Cluny fut* l'instrument était évidemment pourvu dans une large mesure de cette indispensable qualité.

La science acquise venant ainsi se greffer sur la science dont une oraison continuelle était la source, l'abbé Hugues ne pouvait que devenir un grand saint, & son gouvernement ne pouvait manquer d'être très puissant. D'autant que les dons naturels lui avaient été largement départis par la Providence pour un tel ministère. Même extérieurement il était doué de la manière la plus heureuse. A l'époque dont nous parlons, il avait près de quarante ans, & se trouvait dans toute la vigueur de Tâge. A voir cette stature bien proportionnée, ces traits d'une mâle beauté, on sentait d'abord en lui un fils de grande race. Mais la douceur qui se joignait à cet extérieur imposant gagnait promptement le cœur; nous en avons eu déjà maint exemple; & durant

(1) ÀiitidL Bened, t. V, p. 612.

(2) Gilon, fol. 204 r\

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