Première Partie. Chap. V
soit suivant le loisir qu'il en avoit , quelquefois plus longue , quelquefois plus courte ; cependant il en retiroit toujours une grande abondance de lumières dans l'esprit , et beaucoup de ferveur et d'affection dans le cœur.
Ce fut ce même petit livre , et les lettres écrites des Indes, qui l'affectionnèrent , comme il le racontoit lui-même , à la Compagnie de Jésus ; le livre , parce qu'il en goûtoit très-fort la méthode , et plus encore l'esprit de piété avec lequel il étoit écrit ; les lettres , parce qu elles lui apprenoient les travaux et les bon* nés œuvres auxquelles les Pères de la Compagnie se livroient dans les Indes pour la conversion des Gentils ; ce qui faisoit aussi naître en lui le désir d'employer sa vie à de pareilles œuvres , pour concourir au salut des âmes , qu'il cherchoit déjà , malgré la foiblesse de son âge , à aider. Dans cette intention , il assistoit les dimanches et fêtes au catéchisme ; et il se faisoit ensuite un devoir d'enseigner aux autres enfans la doctrine chrétienne, et ce qui regarde la foi et les bonnes mœurs. Il remplissoit cette fonction avec tant de modestie et d'humilité vis-à-vis de ses vassaux , et surtout des pauvres , qu'il inspiroit la dévotion à tous ceux qui en étoient témoins.
De plus , s'il apprenoit qu'il y eût quelque différend parmi les domestiques de sa cour , il s'appliquoitàles réconcilier. S'il entendoit quelqu'un prononcer des paroles ou peu chrétiennes ou peu modestes , il le reprenoit. S'il venoit à sa connoissance qu'il y eût dans ses terres quelque personne de mauvaise vie , il l'avertissoit d'abord avec douceur , et faisoir tous ses efforts pour la porter à se corriger. Jamais
20 Vie de S. Louis de Gonzague.
il ne put souffrir que Dieu fût offensé en sa présence. Tous ses discours rouloient sur des choses de piété. Ayant un jour accompagné la marquise sa mère à Tortone , pour faire une visite à la duchesse de Lorraine , les courtisans de la princesse furent si émerveillés des pieuses conversations de Louis , qu'ils disoient, que qui l'auroit entendu sans le voir , auroit sûrement cru que c'étoit un vieillard consommé, et non un enfant , qui parloit de Dieu avec tant d'onction et d'autorité.
Cela se passa l'an i58o , temps auquel le saint cardinal Borromée, archevêque de Milan , fut nommé par le pape Grégoire XIII , visiteur apostolique des évêchés de sa province. Se trouvant alors dans le diocèse de Brescia , il vint à Châtillon , au mois de juillet. Quoiqu'on l'eût pressé d'accepter un logement dans le château , il voulut de préférence loger chez l'Archiprêtre , dont la maison étoit près de l'église. Il y reçut la visite de Louis , qui avoit alors douze ans et quatre mois.
Le saint archevêque eut une consolation particulière de voir ce petit ange si favorisé du ciel. Il s'entretint long-temps tête-à-tête avec lui des choses de Dieu ; de manière que ceux qui attencloient audience en furent surpris. Le saint Cardinal étoit comblé de joie, de trouver une jeune plante si bien cultivée au milieu des épines des Cours du monde , et qui , sans le secours d'aucune main mortelle , s'étoit élevée à la perfection chrétienne. Louis , de son côté , se félicitoit d'avoir trouvé un confident , dans le sein duquel il pût répandre son cœur et déposer les doutes qu'il rencontroit dans la vie spirituelle. Comme il avoit ouï parler du car-