‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 16 sur 85 · Première Partie. Chap. V · texte numérisé non relu

Première Partie. Chap. V

dinal comme d'un saint , il regardoit comme autant d'oracles les avis qu'il en recevoit pour sa conduite.

Le Cardinal lui demanda s'il avoit fait sa première communion ? Le saint jeune homme lui ayant répondu qu'il n'avoit point encore eu ce bonheur 5 le Cardinal , qui admiroit la pureté de sa vie , la maturité de son jugement, et les grandes lumières que le Seigneur lui donnoit sur les choses célestes , non-seulement l'exhorta à communier , mais voulut encore le communier lui-même pour la première fois : ensuite , il lui recommanda la communion fréquente , lui traçant dans une courte instruction la conduite qu'il pouvoit tenir pour se bien préparer à puiser dans cette source de grâces. Il lui recommanda encore de lire souvent le catéchisme romain , que le pape Pie V venoit de faire imprimer , selon les vœux du sacré concile de Trente.

Louis grava profondément dans son esprit les avis de saint Charles. Il lut le catéchisme , et avec goût ; non-seulement parce qu'il y trouvoit des instructions chrétiennes relevées par une sainte doctrine ; mais encore parce que ce livre lui avoit été conseillé par un homme qu'il tenoit avec raison pour un saint : il portoit tout le monde à lire ce catéchisme , faisant valoir l'autorité de celui qui le lui avoit recommandé. Depuis ce temps , ses communions devinrent fréquentes. Il seroit difficile de se figurer quelle préparation il apportoit pour recevoir dignement ce grand sacrement 5 il la commençoit par un examen exact et détaillé de sa conduite , pour voir s'il y trouvoit quelque chose qui pût déplaire aux yeux du divin

n Vie de S. Louis de Gonzague.

hôte qu'il attendoit : ensuite il se confessoit , et sa confession étoit ordinairement accompagnée de tant de larmes , que son confesseur ne pouvoit être qu'infiniment édifié. D'ailleurs, ses fautes qu'il pleuroit si amèrement , étoient moins des fautes d'action que d'omission , parce qu'il ne croyoit jamais avoir fait une action d'une manière proportionnée aux lumières que Dieu lui donnoit pour s'avancer dans une plus grande perfection.

Les jours qui précédoient sa communion , ses discours , ses pensées étoient sur le saint sacrement ; ses lectures avoient le même objet , ainsi que ses méditations et ses oraisons jaculatoires. Quels furent ses sentimens de dévotion , et quels actes n'en produisit-il pas , la première fois qu'il s'approcha de la sainte table , et toutes les fois qu'il eut ce même bonheur ? Dieu seul , scrutateur des cœurs , pouvoit les connoître et les apprécier. Mais ce que tout le monde peut remarquer , c'est que depuis sa première communion , Louis conçut des sentimens si tendres envers le saint Sacrement de l'autel , que tous les matins entendant la messe , dès que le prêtre avoit fait la consécration de l'hostie 3 il fondoit en larmes. On les voyoit couler sur ses habits et même jusqu'à terre. Ces sentimens affectueux lui durèrent toute la vie : ils augmentoient même les jours de fête , quand il communioit.

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