CHAPITRE VI
Louis 7) a à Casai : il est exposé dans ce voyage au danger de perdre la vie. Il prend la résolution de se faire Religieux.
Jlendant que le marquis continuoit sa demeure à Casai , résidence ordinaire des gouverneurs de Montferrat , on lui écrivit de Châtillon , que quoique son fils fût guéri , comme on le croyoit , de sa première indisposition , il s'étoit si fort affoibli par ses abstinences excessives , qua peine pouvoit-il prendre la moindre nourriture ; et que ne faisant rien pour remédier à ce mal , on ne le voyoit point diminuer. Le marquis qui avoit fort à cœur la vie et la santé de son fils , se flatta que s'il l'avoit auprès de lui , il pourroit soulager son indisposition , ou du moins en empêcher les progrès. Il ordonna donc que Louis et son frère Rodolphe vinssent le trouver : ainsi ils partirent de Châtillon sur la fin de l'année 1 5 80, pour se rendre à Casai.
* Ce fut dans ce voyage que Louis courut un grand danger de la vie ; passant un bras du Tesin , que les pluies avoient beaucoup grossi , il se trouvoit dans une même voiture avec son frère et son gouverneur : au milieu du trajet , le carrosse se rompit et se partagea en deux. Le devant , où se trouvoit Rodolphe , fut emporté par les chevaux , et l'on eut bien de la peine à le tirer du fleuve. Quant au fond du carrosse , où se trouvoit Louis avec son gouverneur , il fut porté fort loin par la violence
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du courant , avec un danger évident pour la vie de l'un et de l'autre. Mais la divine Providence qui veilloit avec un soin particulier sur les jours de ce saint jeune homme , voulut que ce fond de carrosse rencontrât , au milieu du fleuve , un gros tronc d'arbre qui l'arrêta ; on fit entrer dans le fleuve un homme à cheval , qui , prenant Louis en croupe , le mit à terre . et retourna ensuite prendre le gouverneur. Tous ensemble entrèrent dans une église voisine , pour y remercier le Seigneur d'avoir si heureusement échappé à un si grand péril.
Le jeune Louis passa plus de six mois à Casai. Aux progrès qu'il y fit dans la langue latine, on doit ajouter ceux qu'il fit encore , et bien plus considérables , dans la vie intérieure. Il acquit de plus abondantes lumières , pour s'avancer dans les voies de Dieu : sa fidèle corres* pondance aux grâces , le disposoit tous les jours à en recevoir de nouvelles. Dieu s'insinuant de plus en plus dans son ame par de nouvelles inspirations , le portoit à des désirs d'une plus haute perfection , et le détachoit de plus en plus de toutes les choses d'ici-bas.
En vain le marquis chercha- 1 -il à le distraire 9 en lui fournissant plusieurs occasions de divertissement et de dissipation ; jamais il ne fut possible de lui faire abandonner ses exercices spirituels. Sa récréation étoit daller à une église de la sainte Vierge , célèbre par le concours et la dévotion des peuples , et d'y approcher des sacremens. Quelquefois il alloit s'entretenir avec les pères Capucins , ou avec les pères Barnabites. Il trouvoit tant de plaisir à ces pieux entretiens , qu'il ne les quittoit jamais sans se faire beaucoup de violence. Il étoit