‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 22 sur 85 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Louis déclare h ses parens sa résolution de se faire Jésuite.

' n an et demi s etoit écoulé depuis que Louis étoit en Espagne. L'Esprit divin , qui le gouvernoit, l'attirant tous les jours à lui de plus en plus , il crut qu'enfin le temps étoit venu d'entrer dans quelque Ordre religieux , comme il l'avoit résolu étant encore en Italie. Avant de fixer son choix , il redoubla ses prières , conjurant le Seigneur de vouloir bien l'éclairer dans une affaire si importante. L'esprit d'austérité qui régnoit en lui , lui donna d'abord quelque penchant pour les Carmes Déchaussés. La marquise , sa mère , à qui il s'en ouvrit , l'en détourna , lui observant qu étant si délicat . iî ne lui serôit jamais possible de continuer le genre de vie qu il menoit , ni de tenir dans une religion austère. Il abandonna donc cette première idée , et se mit à penser qu'il feroit peutêtre mieux d'entrer dans quelque Ordre ou l'observance fût déchue : il pensoit que ce pourroit être un moyen de le réformer peu à peu , et par-là rendre un grand service à l'Eglise de Dieu. Mais , d'un autre côté, ne se croyant pas assez de vertu pour cela , il craignoit de n'y pas réussir , et de se trouver lui-même sans aide et sans secours au milieu d'un ordre dégénéré.

Il se détermina donc à en chercher un qui

42 Vie de S. Louis de Gonzàgue.

fût encore dans sa première ferveur , et où Ion vécût dans une observance régulière. Parmi le grand nombre d'Ordres , qui font l'ornement de l'Eglise de Dieu , laissant de côté ceux qui sont durement appliqués à la vie active et aux œuvres de miséricorde corporelle, il s'arrêta à ceux qui , tout-à-fait retirés du commerce du monde , jouissent au milieu des forêts dune paix inaltérable , ou , dans le sein même des villes , uniquement occupés de leurs Règles , emploient leur temps à la psalmodie , à la lecture , à la contemplation des choses célestes. Il ne sentoit aucune répugnance à entrer dans de pareils Ordres; son goût, son inclination lui en auroient facilité les pratiques : puisque si , au milieu des Cours et du tumulte du monde, il savoit si bien trouver la solitude du cœur et la paix de l'esprit , à plus forte raison pouvoit-il se flatter de goûter ces avantages dans un cloître , séparé du monde et loin de tout commerce des hommes. Cependant , comme il ne vouloit pas seulement sa propre tranquillité , mais encore la gloire fie Dieu , et même sa plus grande gloire , il voyoit que dans la solitude ii enfouiroit le peu de talens que Dieu lui avoit donnés , et dont il pouvoitse servir pour le bien des âmes. D'ailleurs , il avoit lu dans la Somme de saint Tho- . mas , qu'au sentiment de plusieurs , les Ordres qui l'emportent sur les autres , sont ceux institués pour enseigner , pour prêcher , pour travailler au salut du prochain ; parce que cet état de vie approche davantage de celui que le Fils de Dieu mena sur la terre , lui qui est la règle de toute perfection. En effet , Jésus-Christ ne fut pas toujours livré dans la solitude à la contemplation 5 il ne fut pas non plus toujours

Page 1