‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 24 sur 85 · Première Partie. Chap. IX · texte numérisé non relu

Première Partie. Chap. IX

remplir , il étoit nécessaire qu'il eût le consentement du marquis son père , sans quoi jamais les Pères de la Compagnie ne le recevroient.

Ce même jour , Louis fit part de son dessein à la marquise sa mère. Cette nouvelle lui fit tant de plaisir , qu'elle en remercia Dieu , et comme Anne , mère de Samuel , elle lui offrit de grand cœur ce cher fils. Elle fut la première à en parler au marquis : elle réprima ses premiers transports de colère sur un événement si peu attendu ; et servit si bien Louis dans cette affaire , que le marquis qui n'avoit jamais eu connoissance du désir ardent qu'elle avoit d'avoir un fils consacré à Dieu dans la religion , soupçonna que trop de penchant pour le cadet lui faisoit désirer que la succession lui tombât , et non à l'aîné , et que par ce motif elle se prêtoit avec tant de zèle à ce qu'il se fit religieux. Après les ouvertures faites par la marquise , Louis vint lui-même avec le plus grand respect et la plus humble modestie , exposer au marquis la résolution où il étoit de renoncer au monde pour se faire religieux. A cette déclaration , le marquis se mit en grande colère ; et après avoir parlé à son fils , avec beaucoup de dureté , il le chassa de sa présence > le menaçant de le faire maltraiter de coups. Louis répondit humblement à cette menace : Que je serais heureux sifavois à souffrir quelque chose pour Dieu ! et il se retira.

Le marquis , dans la vivacité de sa douleur , tourna tout son mécontentement contre le confesseur de Louis : il fit et il dit alors tout ce que la passion lui suggéroit. Il passa même plusieurs jours sans pouvoir se calmer , tant étoit profonde la plaie que la résolution de son

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fils avoit faite à son cœur. Peu de jours après , il fit appeler le confesseur de Louis ; il lui fit des plaintes amères d'avoir suggéré une pareille pensée à son fils aîné , à un fils sur lequel reposoient toutes les espérances de sa Maison. Le Père lui répondit qu'il n'y avoit que peu de jours que son fils lui avoit fait part de sa résolution , comme il pouvoit s'en informer de luimême ; qu'au reste , par la vie que menoit son fils, il eût bien pu prévoir qu'un jour il en viendroit à une pareille détermination. Alors le marquis s'adoucit un peu , et se tournant vers Louis , il lui dit que le mal eût été plus supportable, s'il avoit choisi quelque autre religion que la Compagnie de Jésus , parce qu'au moins il ne se seroit pas fermé la porte à des dignités ecclésiastiques , qui auroient fait honneur à sa Maison. A quoi Louis répondit : C est précisément par ce motif que jy ai préféré la Compagnie de Jésus a toutes les autres religions. Si fétois curieux de grandeurs et de dignités , je garder ois le marquisat que Dieu ma donné comme premier-né , et je ne laisser ois pas le certain pour l'incertain.

Quand le confesseur se fut retiré , le marquis , tout plein d'une multitude d'idées que cet événement lui occasionoit , s'imagina que ce pourront bien être là un stratagème de Louis , pour l'obliger de renoncer au jeu qui faisoit sa passion , et auquel , peu de jours auparavant , il avoit perdu des sommes assez considérables. Il est vrai que cette fureur du jeu déplaisoit à Louis. Souvent , tandis que le marquis jouoit , il se retiroit dans sa chambre , où il gémissoit , non pas tant sur les sommes que perdoit son père , que sur les offenses de Dieu que le jeu occa-

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