‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 32 sur 85 · Première Partie. Chap. XI. 5y · texte numérisé non relu

Première Partie. Chap. XI. 5y

rant , gémissant , et se déchirant impitoyablement. A ce spectacle , il fut si pénétré , si fort attendri , qu'il s'en retourna dire au marquis , les larmes aux yeux : Seigneur ! si vous étiez témoin de ce que fait votre fils , il est sûr que vous ne chercheriez -pas davantage a le détourner du pieux dessein qu'il a de se faire religieux. Eh bien ! qu'avez- vous vu ? demanda le marquis. — Ce que f ai vu , Seigneur ! j'ai vu dans votre fils des choses propres a toucher , a attendrir les cœurs les plus durs. Et il lui raconta ce qu'il venoit de voir. Le marquis ne put l'entendre sans émotion : ce récit lui paroissoit incroyable.

Le jour suivant , et à ïa même heure , le marquis ayant apposté des personnes pour l'avertir , se fit porter en chaise à la porte de la chambre de Louis , et par la môme ouverture , par laquelle le gouverneur avoit tout vu , il examina lui-même ce que faisoit son fils : il le vit donc à genoux , pleurant , et se déchirant le corps avec une rude discipline. A cette vue , le marquis demeura quelque temps dans un étonnement qui le mit comme hors de luimême ; mais dissimulant , il ordonna qu'on fît du bruit à la porte pour la faire ouvrir : il entra avec la marquise ; ils trouvèrent plusieurs gouttes de sang sur le plancher , et l'endroit où Louis avoit été à genoux encore tout mouillé de ses larmes. Cet événement joint aux instances continuelles de Louis , détermina enfin le marquis à donner le consentement tant désiré. Il écrivit donc à Rome , à son cousin Scipion de Gonzague , qui fut depuis cardinal , afin qu'il allât de sa part offrir son fils aîné au général de la Compagnie de Jésus , qui étoit

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alors le père Claude Aquaviva. G etoit , comme il 1 ecrivoit , ce qu'il avoit au monde de plus cher , un fils sur lequel il fondoit ses plus flatteuses espérances. On ne tarda pas à recevoir de Rome une réponse favorable.

Il est difficile de concevoir la joie que causa à Louis la nouvelle de son admission. Il voulut écrire lui-même sur-le-champ au Père général. 11 le remercia , dans les termes les plus expressifs , de la grâce quil lui faisoit en l'admettant dans sa Compagnie ; et comme il ne croyoit pas pouvoir exprimer par sa lettre toute la satisfaction qu'il éprouvoit , il prioit le Père général d'agréer qu'il se donnât tout à lui. Le Père Aquaviva fut sensible à la lettre de Louis , et lui répondit qu'il acceptoit de tout son cœur la donation qu'il lui faisoit, et qu'il l'attendoit avec empressement.

On commença pour lors à traiter de la renonciation au marquisat , dont Louis avoit déjà reçu de l'empereur l'investiture. Le marquis voulant qu'il passât à Rodolphe son second fils, Louis y consentit avec plaisir , et laissa dresser l'acte qu'il devoit signer , prêt à tout ce que voudroit son père , pourvu que l'affaire ne tirât pas en longueur , et qu'il pût bientôt partir. L'acte fut donc dressé de façon que Louis renonça entièrement à toute la juridiction qu'il pouvoit avoir sur son marquisat , et à la succession de tous les autres biens qui pouvoient lui appartenir. Quand l'acte fut dressé , on le fit examiner par plusieurs doctes jurisconsultes , et même par le sénat de Milan , pour s'informer s'il étoit fait dans les formes prescrites , et s'il ne donneroit point occasion à quelque procès. Ensuite on l'envoya à la Cour de 1 Empereur ,

Première Partie. Chap. XI. 5g afin de le faire confirmer par sa Majesté impériale , sans l'agrément duquel on ne pouvoit rien conclure ; parce que le marquisat de Chàtillon étoit un fief de l'empire.

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