‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 44 sur 85 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Avec quelle perfection Louis acheva son noviciat.

J je premier soin de Louis , à son retour au noviciat , fut de rendre compte au maître des novices de tout ce qui s etoit passé dans son ame pendant son absence ; ensuite il s'appliqua avec plus de soin encore et de ferveur à remplir ses exercices de novice. Il s'acquittoit de tous ses devoirs avec tant d'exactitude et de perfection , que non -seulement personne ne pouvoit remarquer en lui aucun manquement , mais que lui-même , quoique très-rigide censeur de ses pensées et de ses actions , ne trouvoit rien à corriger; voici comme on le sut :

Il vint un jour trouver le maître des novices, pour lui proposer quelques doutes qui l'inquiétoient beaucoup ; et voici sa plus grande peine : c'est qu'en s'examinant avec la plus grande exactitude , il ne trouvoit rien en lui qui allât au péché véniel. Le résultat le troubloit , parce qu'il appréhendoit que cela ne vînt de ce qu'il ne se connoissoit pas assez : il craignoit donc d'être dans quelques ténèbres spirituelles ; or , il avoit ouï dire , et il avoit lu que ces ténèbres exposent les âmes à de grands dangers. De-là on peut juger quelle étoit la pureté de son ame. On sera moins surpris qu'il eût une conscience si pure , si l'on fait attention aux différentes grâces que Dieu lui avoit faites. L'extrême application qu'il eut , même dès l'enfance , à mortifier ses passions , et la grande habitude qu'il en avoit acquise , alloit au point qu'il paroissoit

no Vie de S. Louis de Gonzague.

insensible à toute affection humaine : aussi plusieurs de ceux qui l'ont connu en religion , assurèrent avec serment n'avoir jamais rien remarqué en lui qui pût être la matière d'un péché véniel ; pas même le plus léger signe d'impatience ou de quelque passion que ce fût.

Cette insensibilité mérite d'autant plus notre admiration , qu'elle ne venoit pas en lui de la nature; car il étoit né vif, ardent et impétueux : c'étoit donc l'effet d'une grâce singulière du Seigneur, et des heureuses habitudes qu'il avoit acquises par un exercice continuel de la mortification intérieure.

Jamais il ne se faisoit un point d'honneur , dans les petites disputes qui naissent en conversation , de ranger les autres à son avis ; il disoit simplement son sentiment ; et si on le contredisoit , il ne le défendoit point : il se contentoit en faveur de la vérité d'une simple réponse dite avec la plus grande douceur ; et si l'on continuoit l'attaque , il se taisoit , comme s'il n'eût pas été question de lui.

11 nsoit aussi de la plus grande attention pour étouffer en lui tout désir , quelque bon qu'il fût , quand il s'apercevoit que ce désir pouvoit troubler le repos de son ame et lui causer quelque agitation. De cette manière , il jouissoit d'une paix et d'une tranquillité qu'il s'étoit rendues comme naturelles.

Ce qui contribuoit encore plus que tout le reste à le maintenir dans cette paix profonde , c'est que non-seulement il avoit une présence continuelle de Dieu dans toutes ses actions , s'appliquant à les faire avec la plus grande perfection 5 mais de plus , il se tenoit toujours uni à Dieu par le moyen de l'oraison , à laquelle

Seconde Partie. Chap. VIL 1 1 1 il donnoit tous ses soins. C'est par l'oraison , qu'il espéroit acquérir la perfection de son état. II avoit coutume de dire que sans oraison et sans recueillement , on ne satiroit parvenir à une victoire complète de soi-même , ni à un degré cminent de sainteté et de perfection , comme l'expérience le démontroit. Il ajoutoit que ces immortifications , ces inquiétudes d'esprit , ce trouble , ce mécontentement qu'on remarque dans quelques personnes religieuses , venoient uniquement de ce qu'elles ne s'adonnoient point à l'exercice de la méditation et de l'oraison. Il eût voulu le persuader à tout le monde ; parce qu'il croyoit que si l'on venoit une fois à en faire 1 épreuve , on ne l'abandonneroit jamais. Il plaignoit ceux qui , pour quelque raison pressante , n'avoient pas le temps de faire leur méditation ordinaire : Peu à peu > disoit-il , ils en perdront V usage ; et quand bien même dans la suite ils en auront le temps et la commodité y ils s'accoutumeront a ne la plus faire,

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