‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 52 sur 85 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De la pauvreté religieuse de Louis.

JLiouis étoit si parfait amateur de la pauvreté religieuse , qu'il y trouvoit autant de satisfaction que les avares en goûtent dans la possession de leurs richesses. Dans le siècle même , il montra de la prédilection pour cette vertu , en ne portant que les habits les plu§ simples. Mais dans la Compagnie , qu'il avoit coutume

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d'appeler la vraie maison de la sainte pauvreté , jusqu'où ne porta-t-il pas la pratique de cette vertu ? Il avoit en horreur tout ce qui sembloit avoir l'air de propriété. Jamais il ne voulut d'autres vêtemens que ceux du commun , ni de livres à son usage particulier qu'il pût porter avec soi ; jamais de montre , ni même aucune sorte d'étui , ni de chapelet qui fût de matière ou précieuse ou rare. Il donnoit volontiers aux autres les choses de dévotion qu'il pouvoit avoir, et il n'aimoit point qu'on lui fit de ces petits présens. Il n'avoit aucune sorte de reliquaires , ni de tableaux , ni de cadres particuliers. Il se cpntenloit des images communes qu'il trouvoit dans la chambre. On lui vit tout au plus deux images de papier que ses confrères lui avoient fait accepter à force d'instances , et avec Ja permission des supérieurs : lune représentait saint Thomas d'Aquin , et l'autre sainte Catherine. Il avoit dévotion au premier , parce qu'il en étudioit la doctrine ,* et à la seconde , parce qu'il étoit entré en religion le jour de sa fête. Il ne vouloit pas même de ces sortes d'images dans son bréviaire , comme on en a communément ponr servir d'indications.

Comme plusieurs personnes lui offroient par estime des choses de dévotion , qu'elles le forcèrent j pour ainsi dire , d'accepter , ayant soin d'en demander auparavant la permission aux supérieurs ; s'il pouvoit poliment se dispenser de les accepter , il les refusoit ; s'il étoit obligé de les agréer , crainte de mortifier les personnes qui les lui présentoient , il les remettoit aussitôt entre les mains des supérieurs , ou de-; mandoit la permission de s'en défaire à la première occasion, Tout son plaisir étoit de ne

Seconde Partie. Chap. XV. 147 rien avoir au monde , de ne rien souhaiter , et detre détaché de tout. Quand on lui donnoit, suivant les saisons , des habits , quels qu'ils fussent , trop courts ou trop longs , trop étroits ou trop larges , jamais il ne s'en plaignoit. Si le tailleur lui demandoit s'il étoit content de son ouvrage : II me paroît y disoit-il alors , que la chose est bien, C'étoit pour lui une consolation sensible quand il pouvoit avoir ce qu'il y avoit de plus mauvais. Si la chose étoit à son choix , il prenoit toujours ce qu'il y avoit de pis.

Voici comme il avoit coutume d'interpréter la Règle , qui disoit : Que chacun se persuade que y de toutes les choses de la maison , les plus mauvaises lui seront données pour sa plus grande mortification et le profit de son ame. « Comme » un pauvre mendiant , disoit-il , quand il de- » mande l'aumône , se persuade qu'on ne lui » donnera pas ce qu'il y a de meilleur pour se » couvrir , mais plutôt ce qu'on a de plus mau- » vais ; de même , si nous sommes de vrais » pauvres , nous devons nous persuader qu'on » nous donnera ce qu'on a de plus mauvais » dans la maison. Cette parole , se persuader } » ajoutoit-il , ne dit-elle pas que nous tenons » pour certain qu'il en sera ainsi , et qu'il con- » vient qu'il en soit ainsi ? » Souvent il racontoit à son confesseur comme une grande faveur dont Notre-Seigneur l'avoit gratifié , de ce que dans la distribution des habits il avoit eu le plus mauvais. L'affection qu'il avoit pour la pauvreté étoit si grande , qu'il regardoit cela comme une grâce spéciale et particulière.

Louis vivoit dans la religion avec autant de réserve et de circonspection , quauroit pu le faire un pauvre qu'on auroit ramassé par cha-

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rite dans les rues. Il comptait pour faveur tout ce qu'on lui donnoit. S'il s'apercevoit à table que quelque mets pouvoit nuire à sa santé , il n'y touchoit pas ; et comme il ne vouloit pas qu'on lui donnât autre chose , il faisoit tous ses efforts pour que ceux qui servoient ne s'en aperçussent pas.

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