‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 66 sur 85 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Louis écrit a la Marquise sa mère,

vIuand Louis fut revenu du grand danger où il s'etoit trouvé au commencement de sa maladie, il écrivit deux lettres à la marquise sa mère. Dans la première , après l'avoir consolée et l'avoir exhortée à prendre patience dans les adversités , il ajoutoit ces paroles :

« Il y a un mois que je fus sur le point de » recevoir de Dieu Notre-Seigneur la plus pré- » cieuse des grâces , celle, comme je l'espérois,

Seconde Partie. Chap. XXVIIL 2o5 » de mourir dans son amour : j'avois reçu le » saint Viatique et FExtrême-Onction. Mais la » maladie s'est changée en fièvre lente. Les mé- » decins ne savent pas quand elle finira ; ils sont » tous occupés à me faire des remèdes pour » rétablir ma santé corporelle : et moi je prends » plaisir à me persuader que Dieu veut me » donner une santé bien plus précieuse que » celle que les médecins travaillent à me pro- » curer. Ainsi je vis content , et j'espère que » dans quelques mois il plaira au Seigneur de v m appeler de cette terre des morts à celle des » vivans ; de la compagnie des hommes d'ici- > bas , à celle des Anges et des Saints dans le » ciel; enfin, de la vue des choses terrestres et » caduques , à la vision et à la contemplation de » Dieu, qui est le souverain bien. En cela vous » pourrez trouver des motifs de consolation , » puisque vous m'aimez et que vous souhaitez » mon plus grand avantage. Je vous prie de » prier pour moi , afin que, pendant le peu de » temps que j'ai à naviguer sur cette mer du » monde , le Seigneur daigne, par l'intercession » de son Fils unique et de sa sainte Mère , noyer » dans la mer rouge de sa très-sacrée Passion » toutes mes iniquités , pour que , libre de mes » ennemis , je puisse arriver à la terre de pro- » mission , voir Dieu et en jouir. »

La seconde lettre fut écrite peu avant sa mort, quand il eut appris par révélation le temps précis auquel il quitteroit la terre pour le ciel. Voici comme il consoloit la marquise :

* Que la grâce et la consolation de l'Esprit- » Saint soit toujours avec vous. Votre lettre » ma trouvé encore vivant dans cette région » des morts , mais prêt à partir pour aller à

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» jamais louer Dieu dans la terre des vivans. Je » croyois avoir à cette heure déjà fait le pas : » mais la violence de la lièvre , comme je l'ai » déjà dit , ayant un peu diminué , je suis heu- <> reusement parvenu jusqu'au jour de l'Ascen- » sion. Depuis ce temps , un rhume a fait re- » prendre des forces à la fièvre; de sorte que » je vois que j avance peu à peu vers les doux » et chers embrassemens du Père céleste , dans » le sein duquel j'espère pouvoir me reposer en » sûreté et pour toujours. Or , si la charité , » comme dit S. Paul , fait pleurer avec ceux » qui pleurent, et se réjouir avec ceux qui sont » dans la joie ; votre consolation sera donc bien » grande , ma très-chère mère , pour la grâce » que le Seigneur vous fait dans ma personne, » me conduisant au vrai bonheur, et m'assurant » de netre plus dans la crainte de le perdre. Je » vous avoue que je m'égare et me perds dans » la considération de la bonté divine , mer im- » mense , sans écueil et sans fond. Cette divine » bonté m'appelle à un repos éternel , après de » bien légères fatigues. Elle m'invite du ciel à » ce souverain bonheur, que j'ai cherché si né- » giigemment. Elle me promet la récompense » du peu de larmes que j'ai versées. Prenez donc » garde de faire injure à cette infinie bonté ; ce » qui arriveroit sûrement , si vous veniez* à » pleurer comme mort votre fils , qui doit vivre » en la présence de Dieu , et qui vous servira » plus par ses prières qu'il ne faisoit ici -bas. » Notre séparation ne sera pas longue , nous » nous reverrons au ciel ; et unis ensemble » pour ne plus nous séparer , nous jouirons de » notre Rédempteur , nous le louerons de toutes » nos forces , et chanterons éternellement ses

Seconde Partie. Chap. XXVIII. 207 » infinies miséricordes. Je vous écris tout cela » uniquement par le désir que j'ai que vous , » ma très -chère mère , et toute la famille^ » receviez ma mort comme une grande faveur. » Que votre bénédiction maternelle m'accom- » pagne et me dirige dans le passage de la mer » de ce inonde , et me fasse arriver heureuse- » ment au port de mes désirs et de mes espé- » rances. Je vous écris avec d'autant plus de » plaisir qu'il ne me restoit pîus d'autre preuve » à vous donner de mon amour et du profond » respect que je vous dois. Je finis en vous de- » mandant de nouveau humblement votre bé- » nédiction. Rome , le 10 juin i5gi. Votre » fils , en Notre - Seigneur , très - obéissant ,

» Louis GoNZAGUE. »

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