‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 70 sur 85 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

'Différentes lettres écrites à L'occasion de la sainte mort de Louis.

Après l'heureux passage de Louis à la bienheureuse éternité, on écrivit quantité de lettres à la Marquise, sa mère, pour lui rendre compte de l'opinion de sainteté que son fils avoit laissée à sa mort. Le père Aquaviva , général de la Compagnie, lui écrivit qu'elle avoit un cher et fidèle intercesseur dans le Ciel, et qu'on avoit de justes fondemens de croire que , dès son trépas, il yjouissoit delà gloire éternelle ; qu'il y seroit sûrement pour elle et pour la Compagnie d'une grande consolation. Le Recteur du collège Romain lui écrivit de son côté, que son fils en mourant avoit fait naître à tout le monde un saint désir de mourir d'une mort aussi sainte que la sienne ; qu'elle ni les siens ne dévoient se plaindre de la perte de ce cher fils, mais au contraire se réjouir d'avoir donné au Ciel un nouveau Saint.

Ce fut dans le même esprit que le cardinal Scipion Gonzague en écrivit à son frère , évêque de Mantoue , et à la marquise; leur marquant que Louis était mort d'une façon si édifiante, qu'on devoit plutôt s'en réjouir que de pleurer. Nous avons encore une preuve des sentimens d'estime de ce Cardinal pour Louis , dans le témoignage du Pape Clément VIT. Ce grand Pontife s'entretenant , le 5 août 1604,

Troisième Partie. Chap. L 227 avec le frère de Louis, ambassadeur de l'Empereur , lui dit que le cardinal Scipion de Gonzague lui avoit souvent parlé de la grande sainteté de ce jeune homme , et lui avoit même avoué qu'à sa seule vue , il se sentoit intérieurement porté à la dévotion jusqu'aux larmes. Parlant ensuite de tout ce qu'on lui avoit encore rapporté de merveilleux sur le compte de Louis , il ne put s'empêcher de s'écrier avec larmes : O qu'il est heureux! Il jouit maintenant de la gloire éternelle ! J'ai souvent pensé comment il avoit fait pour éviter tant de dangers : c'est sûrement ce soin qui l'a préservé , qui l'a sanctifié, et sa sainteté a entretenu la paix dans sa famille. Elle a en lui un bon protecteur dans le ciel , qui la gardera de tout mal.

La sainte dame Eléonore d'Autriche , duchesse de Mantoue , marqua aussi de pareils sentimens dans la lettre qu'elle écrivit à ce sujet à la marquise. Voici les paroles de cette lettre imprimée dans sa vie : « Quand je consi- » dère dans quelle profonde douleur vous de- » vez vous trouver par la mort de Louis , votre » ûls , dans un âge si peu avancé, et quand je » mesure cette douleur par celle que j'en » éprouve, moi qui ne suis pas sa mère, mais » qui l'ai toujours aimé d'un tendre amour ; je » ne puis m'empêcher de partager votre déso- » lation et celle de toute la famille , puisque » cette perte nous est commune à tous selon » l'humanité. J'avoue que, sans une grâce par- » ticulière, nous ne pourrions de nous-mêmes » avoir la force de résister à la vive douleur » que nous ressentons. Cependant , si nous » voulons sérieusement penser que cette bien-

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» heureuse ame ayant déchiré le voile obscur » de la chair , a pris son vol vers la splendeur » éternelle , qu'elle est arrivée à cette glo- » rieuse fin , à laquelle elle se pressoit si fort » de parvenir , tandis qu'elle étoit dans cette » vallée pleine de misères , si nous songeons » qu'à présent cette chère ame pourra porter v et plus promptement et plus efficacement nos » prières au Seigneur ; nous louerons , nous » remercierons sa divine Majesté de ce qu'elle » l'a tiré sitôt de cette terre bourbeuse , pour » en faire un citoyen de la sainte Jérusalem. » C'est ainsi que notre propre intérêt nous » fournira des motifs de consolation , en voyant » que notre intercesseur est devenu d'homme » mortel un Ange céleste. »

Nous terminerons ce chapitre par une lettre écrite à la marquise par le seigneur Mancini , qui , ayant assisté aux funérailles de Louis 5 rend témoignage de plusieurs choses qui s'y passèrent.

« Illustrissime et excellentissime dame , je v ne sais encore si je dois me consoler ou me » réjouir avec vous de l'heureuse mort du frère i» Louis : ne sachant pas discerner si l'amour » maternel sera plus sensible à la perte qu'il » fait, qu'au noble et précieux avantage qui » en revient au fils. Je regrette à la vérité que » nous nous trouvions privés de sa présence , » et je vous plains de n'avoir pas eu la conso- » lation de le voir au moins une fois dans cette » dernière maladie ; mais je ne puis que me » réjouir avec vous de ce que ce cher fils par » sa sainte vie a mérité le ciel , où , selon le » sentiment commun , il s'est envolé, laissant » après lui à Rome et partout la plus grande

Troisième Partie. Chàp. 1. 229 » idée de sainteté. Elle est telle , que quand il » eût vécu les années de Noé et non d'un jeune » homme de vingt-trois ans , il n'eût pu en » laisser une plus avantageuse. Jeudi au soir, » après les deux heures de nuit , il rendit sa » belle ame à Dieu ; et hier au soir , 21 juin , » il fut inhumé dans l'église du collège, où je v me trouvai. Je dois vous dire que non-seu- » lement ces bons Pères font grand cas des » reliques qu'il a laissées sur la terre ; mais » encore le peuple qui y assistait , le regardant » comme un Saint , lui coupa ses habits : je » pourrois dire quelque chose de plus , et je ne » dirois que la vérité ; mais vous l'apprendrez » de quelque autre , et peut-être des Jésuites » mêmes , qui sauront mieux que moi vous dé- » crire les choses. On ne parle d'aucun mira- » cle , ou parce qu'il n'y en a pas, ou parce » qu'on ses tient secrets ; mais on a pour lui » publiquement cette dévotion qu'on a pour » une personne sainte qui en a fait. Plusieurs » grands seigneurs font de vives instances pour v avoir quelque chose qui lui ait appartenu. » C'est pour ces raisons que je ne saurois me » déterminer à me livrer à la douleur à l'occa- » sion de cette mort. Je dois vous dire encore » que la semaine passée je fus voir le frère » Louis : il annoncoit lui-même sa mort avec » une sensible satisfaction. Il me donna ses » lettres , que je fis partir il y a précisément » huit jours ; il me pria de les faire rendre sûre- » ment, me disant que ce seroient les dernières » qu'il vous écriroit, et au marquis, son frère. » Je vous rapporte tous ces faits, afin que vous » en tiriez matière de consolation : d'autres » vous en écriront plus au long , et je me

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» borne , moi , à vous prier de mettre fin à » votre douleur, et de lui adresser des vœux » afin qu'il maintienne la paix et la tranquillité » dans la famille , bien persuadé que votre saint >» fils sera toujours exaucé. Home, le 22 juin » i5gi.» On peut conclure de ces lettres dans quelle opinion générale de sainteté Louis mourut.

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