‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 76 sur 85 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Réciprocité de bienfaits et de dévotion entre saint Louis de Gonzague et une sainte veuve de Tivoli , nommée Arrise Altissimi,

/Vurise Altissimi , veuve de Tivoli , demeura long-temps à Rome : elle y mourut saintement le 21 novembre i644- Personne ne porta plus loin qu'elle la dévotion à saint Louis de Gonzague. Dès qu'elle eut vu sa Vie , qu'on venoit d'imprimer , elle en conçut une telle estime , que , cette Vie à la main , elle alloit çà et là , comme hors d'elle-même , criant : O bienheureux Louis! 6 bienheureux Louis ! Ce fut Tac

Troisième Partie. Chap. VIL 269 1606 qu'elle commença à éprouver les effets de la protection de ce Saint : elle étoit alors affligée de douleurs si violentes , qu'elle ne pouvoit se servir ni des pieds , ni des mains. Le premier d'août, ayant été portée à son tombeau , elle implora son secours et fut exaucée : elle retourna chez elle sans avoir besoin de personne. Arrise fut également guérie miraculeusement d'autres maladies, en recourant à son saint protecteur. Pour ne point le perdre de vue , elle fit faire sa statue avec du papier broyé , qui fut depuis une source intarissable de grâces pour elle et pour d'autres encore , comme on va le voir.

La servante de Dieu priant un jour devant cette merveilleuse statue (c'étoit le 21 juin de l'année 1608 , jour consacré à la fête du Saint), elle le vit resplendissant d'une vive lumière, présentant les prières et les demandes de ses cliens au trône de la divine Majesté , qui les accueilloit favorablement : elle entendit que Dieu lui répéta plusieurs fois ces paroles: Voire demande est accordée. Cette vision servit à l'animer encore davantage à recourir avec confiance à ce Saint. Dans la suite, elle eut encore bien des occasions de se convaincre du crédit prodigieux de son protecteur auprès de Dieu , parla multitude des grâces qu'elle en obtint, et dont nous allons raconter quelques-unes.

Le premier novembre 1608 , le bienheureux Louis apparut à la servante de Dieu , en l'appelant par son nom, et la réveilla sur les six heures du matin. Il lui fit des reproches sur ce qu'elle dormoit encore , et qu'elle n'entendoit pas les Anges qui , louant Dieu avec les élus dans le ciel , répétaient Saint, Saint, Saint

zjo Vie de S. Louis de Gonzague.

Elle se leva donc aussitôt , pour unir ses louanges à celles des Esprits bienheureux.

Le 21 décembre 1609, Arrise pleurant amèrement ses péchés, entendit à ses oreilles une voix , qui lui disoit : // est inutile que tu demandes davantage pardon de tes fautes : je suis ton Ange gardien ; plusieurs fois f ai demandé pour toi ce pardon , sans avoir Jamais pu V obtenir : pour toi , plus d'espérance , tu es réprouvée , puisque dans toute ta vie , tu n'as jamais fait aucun bien , et que tu n'en feras jamais. Arrise entendant cela , répondit: Seigneur ,j9ai espéré en vous , je ne serai point confondue éternellement. Ayant alors appelé à son secours son saint Protecteur , il se fit voir à elle incontinent , et lui dit : Pourquoi n'as-tu pas chassé avec un signe de croix celui qui te parloit si mal de la divine Bonté ? Ce n'étoit pas un Ange , Arrise , qui te parloit ainsi , c'étoit un démon.

Le jour de Noél , comme elle se préparoit à renouveler certains vœux , et qu'à cette intention elle se recommandoit à son saint Protecteur ; il lui conseilla de se dévouer tout à Dieu , non-seulement comme sa servante , mais même comme son esclave , et de confirmer cette offrande par un écrit ; ce qu'elle fit le 8 de janvier suivant.

Dans l'avent de 1610 , entendant dire à la messe l'évangile du jugement dernier , épouvantée de cette horrible sentence , elle pria le Seigneur de lui faire souffrir dans cette vie une partie de ce qu'elle anroit à payer dans l'autre pour ses péchés. Dans le même moment elle commença à souffrir de grandes douleurs aux côtés , à l'estomac , à la poitrine et à la tête.

Troisième Partie. Chap. VIL 271 Tout son remède , pour adoucir ses douleurs, fut de penser à ce qu'elle auroit eu à souffrir de plus dans le purgatoire , et ce qu avoit souffert pour elle le Fils de Dieu. Les douleurs augmentèrent 5 et elle fut obligée de se mettre au lit. Ne recevant aucun adoucissement des remèdes qu'ordonnoit le médecin , elle eut recours à un peu d'huile de son bon Saint , et dans Pinstant elle fut guérie, au grand étonnement d'i médecin. Il crut cependant , pour couper racine au mal , devoir lui ordonner encore quelques remèdes ; mais ces remèdes ayant réduit Arrise à la dernière extrémité, elle se souvint de l'efficacité de celui qu'elle avoit déjà employé; s'étant donc fait de nouveau une onction avec l'huile de saint Louis , elle se trouva parfaitement guérie.

Dans le mois de décembre de la même année 1610 , sur les quatre heures du matin , un domestique avec un flambeau vint frapper à la porte d' Arrise. Il accompagnoit une dame qui, s'étant jetée à genoux devant la statue du Saint, lui demanda avec larmes un prompt secours pour son neveu, qui étoit à l'agonie. Arrise lui donna un peu d'huile de la lampe qui brûloit au sépulcre du Saint , et passa le reste de la nuit en prières pour la malade. Aussitôt que le malade eût fait usage de cette huile, il reprit aussi promptement ses forces, qu'unelampe près de s'éteindre reprend sa lumière à l'huile qu'on y verse.

Au mois d'octobre 161 1, Arrise étant au tombeau du Saint pour communier à son autel , elle le pria de vouloir bien lui obtenir une partie de cette contrition qu'il eut lors de sa première communion. Elle se sentit alors une douleur si

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grande , qu'elle croyoit qu'on lui déchiroit le cœur. Ses yeux devinrent deux sources de larmes abondantes ; et sa contrition vint au point qu'elle fut obligée de s'écrier : C'est assez, c'est assez! Mais le Saint lui répondit que cela ne suffisoit pas encore : ainsi sa douleur augmentant ses larmes , elle tomba en foiblesse et y resta , jusqu'à ce que le Saint vint la fortifier, lui faisant une onction avec l'huile de sa lampe aux poignets et aux tempes ; alors elle revint de cette défaillance.

Peu de jours après , le n novembre de la même année , elle fut attaquée d'une fièvre opiniâtre et de vives douleurs : elle chercha à les adoucir par la considération des peines que les justes souffrent dans le purgatoire , et les réprouvés dans l'enfer. Elle crut alors voir devant elle et les uns et les autres , et s'entendre dire par saint Louis : Considère ce que souffrent ceux-ci pour leur s fautes ; et toi, que souffrestu ? Quelle comparaison y a-t-il entre tes souffrances et les leurs ? Alors , Arrise confuse ne chercha plus de remèdes à ses souffrances; elle pria même qu'elles fussent augmentées, et en même temps sa patience.

Le a5 de janvier 1612 mourut le frère Coccolti , coadjuteur de la Compagnie de Jésus , dans une telle réputation de sainteté, que par l'indiscrétion de la dévotion du peuple on fut obligé de couvrir son cercueil , et de le rapporter à la sacristie pour lui remettre d'autres habits. Peu après la mort de ce frère, Arrise le vit dans un grand appartement , près de la sainte Vierge , couronnée comme reine , des saints Ignace et Louis , et de quantité d'autres religieux de la Compagnie, formant une pro-

Troisième Partie. Chap. VIL 2j3 cession ; les uns en manteau , les autres en surplis , d'autres en chasubles , et plusieurs avec des couronnes de fleurs odoriférantes. Quelques-unes de ces couronnes étoitnt tout-à-fait blanches , d'autres blanches et rouges. Ils avoient ordre de venir saluer l'ame du frère nouvellement arrivé , et de la féliciter sur sa bienvenue. Ils faisoient retentir tout l'appartement de chants mélodieux. Ils passèrent de cet appartement dans un autre plus reculé , gardant le même ordre. Il y avoit dans ce lieu un chœur de musique encore plus nombreux , qui répétoit : Les Saints dans la gloire se réjouissent. Arrise vit entrer au même lieu la sainte Vierge et saint Louis de Gonzague avec le nouveau venu , qui leur avoit été particulièrement dévoué. À cet instant tout disparut , elle ne vit plus rien.

Au mois de mars de la même année, tandis qu' Arrise, pour se guérir d'une fièvre opiniâtre , s'oignit d'huile du bienheureux Louis , sa fille Victoire s'offrit de souffrir pour sa mère. La fièvre quitta donc la mère , et s'attacha à la fille. Après trois jours , Arrise fit à sa fille une onction avec l'huile du Saint , et la fièvre cessa. Au mois de septembre suivant , Arrise étant tourmentée sur son lit par de très-vives douleurs , au point qu'elle ne pouvoit parler pour se confesser , son confesseur lui ordonna de s'oindre avec l'huile de saint Louis. Elle obéit, en mit surtout à ses yeux , qu'elle n'avoit pu fermer de toute la nuit : à peine l'onction futelle finie , qu'elle s'endormit ; elle ne se réveilla qu'après un sommeil de huit heures , et parfaitement guérie.

Ce n'est pas seulement pour elle qu'Arrise

2^4 Vie de S. Louis de Gonzagtje.

obtenoitdes grâces de son saint protecteur; elle en obtenoit encore pour les autres. En 1622 , le cardinal Jean-Baptiste Altieri , frère du pape Clément X , tomba dangereusement malade. Madame Victoire Delphine , sa mère , étant venue chercher Arrise , la mena avec elle voir le malade , et voulut absolument qu'elle lui fît une onction avec l'huile du bienheureux Louis; elle le fit , et le cardinal guérit. Mais , quelque temps après , le cardinal eut une rechute pire que la maladie précédente. On appela donc de nouveau Arrise. Gomme on lui dit qu'on vou- Joit tenir un médecin auprès du malade : Cela est bien , dit Arrise ; mais je veux vous donner moi-même ce médecin : prenez mon saint Louis , et ne le changez pas contre aucun autre médecin du monde. On le prit , sans rien faire, autre chose ; et le cardinal guérit.

Arrise obtint aussi plusieurs grâces en faveur de la maison de Lancelloti. Dans plusieurs occasions elle rendit miraculeusement la santé à Tibère Lancelloti, frère du cardinal Horace. Ce seigneur ayant éprouvé, par le moyen d' Arrise, la bonté de saint Louis de Gonzague sur un de ses fils , conçut une si grande confiance en ce Saint , que se trouvant lui-même dangereusement malade , il voulut qu'on lui fît aussi une onction avec l'huile du Bienheureux : il s'endormit après cette onction , et se trouva si bien guéri à son réveil , qu'il ne tarda pas à quitter le lit. Quelques jours après il retomba ; les médecins regardant cette rechute comme mortelle , il reçut le Saint-Viatique. On disposoit tout pour l'Extrême-Onction , quand l'épouse du malade fit venir Arrise. Dès qu'elle aperçut cette sainte veuve , elle se jeta tout éplorée à

Troisième Partie. Chap. VII. 27 5 ses genoux avec ses filles , en s'écriant : Encore cette grâce. f encore cette grâce de saint Louis ! Je veux qu'il rende la santé à mon mari , et je m9 oblige à lui donner cent écus. A irise s'étant retirée à l'écart et priant pour le malade, vit saint Louis , qui lui dit que pour la grâce qu'on demandoit, on devoit recourir à la Reine du ciel , l'auguste Marie ; et il répéta plusieurs fois : Sub tuum praesidium , etc. Alors Arrise commença à répéter aussi plusieurs fois cette même prière , et dès lors le malade se trouva mieux : il demanda qu'on lui fît une onction avec l'huile du Saint ; on la lui fit , et le mal disparut cette même nuit. Peu de jours après, ce seigneur fut en état de sortir. Quelques personnes ayant osé diminuer le bienfait du Saint, en attribuant cette guérison à d'autres causes, on se pressa moins d'accomplir le vœu qu'on avoit fait; et deux mois après , ce seigneur , obligé de se remettre au lit avec le même mal , se trouva bientôt dans le même danger. Arrise lui fit pour la troisième fois l'onction ; on vit en conséquence la fièvre et le danger diminuer. Mais comme on balançoit encore sur l'accomplissement du vœu , il parut aussi que la guérison du malade demeuroit incertaine; de sorte qu'il étoit tantôt mieux et tantôt plus mal. Au milieu de ces variations , une nuit le malade entendit qu'on Tappeloit , et qu'on lui promettoit la santé par la protection de saint Louis de Gonzague. 11 n'hésita pas à confirmer la résolution d'accomplir son vœu , et dès le matin il fut absolument sans fièvre.

Au mois de décembre 1620 , le cardinal Horace Lanceîloti tomba dangereusement malade ; il fut après quelques jours , beaucoup

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mains mal ; mais ensuite la maladie empirant, il perdit la parole. On se pressa de faire venir Arrise avec sa statue miraculeuse. Le frère du cardinal pria instamment la sainte veuve d'obtenir de saint Louis la parole au malade, afin qu'au moins il pût faire ses dispositions testamentaires. Arrise passa toute la nuit en prières pour lui , et voulut qu'on lui fît une onction, avec l'huile du Saint. A peine l'onction fut-elle faite , que le cardinal revint à lui, et recouvra la parole ; le lendemain matin il fit son testament. Le frère , reconnoissant qu'il étoit évidemment redevable au Saint de cette grâce , fit vœu d'achever la chapelle qu'il avoit déjà commencée dans l'ancienne église du collège romain.

Scipion Lancelloti , fils de ce même seigneur, fut guéri deux fois miraculeusement par le Saint ; et par reconnoissance envers son bienfaiteur, quand on démolit l'ancienne église, et en même temps la chapelle que son père avoit fait orner , il donna la somme de 5ooo écus romains (25,ooo liv.) , qui furent employés à en construire une autre plus belle et plus magnifique. Son fils l'acheva et donna même pour cela une nouvelle somme. La chapelle fut finie l'année du jubilé 1700 ; c'est celle qu'on admire encore aujourd'hui dans l'église de Saint- Ignace , à Rome.

Arrise obtint encore quantité d'autres grâces , soit pour elle , soit pour d'autres, par le moyen de l'huile de la lampe qui brûloit au tombeau du Saint , et par sa petite statue. Nous nerapporterons pas ici tous ces miracles, crainte d'être trop longs ; nous dirons seulement qu'à la mort d'Arrise , la statue de saint Louis ne

Troisième Partie. Chap. VII. 2jj cessa pas pour cela d'opérer des prodiges. Elle fut portée au palais Lancelloti , et ensuite chez les Oblates de Sainte-Françoise romaine, dites de la Tour-des-miroirs , où elle fut conservée tant que vécut sœur Agnès Lancelloti, quiétoit supérieure de cette Maison. A sa mort , arrivée le 25 mai 1714* elle passa dans les mains de sa sœur. Mais cette dame ne croyant pas oouvoir la conserver avec autant de vénération qu'elle le souhaitoit , en fit présent aux Religieuses de Saint-Joseph , pour lesquelles elle avoit une affection particulière. La statue fut reçue par ces Religieuses avec de grands sentimens de dévotion. Elles éprouvèrent bientôt l'avantage qu'elles avoient de posséder ce trésor. La première grâce qu'elles demandèrent et qu'elles obtinrent par son moyen , fut que le Saint leur procurât des sujets qui vinssent servir Dieu dans le monastère. Depuis six ans, elles n'en avoient reçu aucun. A peine eurentelles prié , que deux postulantes se présentèrent et prirent l'habit. Il en vint ensuite un si grand nombre , qu'on se vit forcé d'en refuser plusieurs. C'étoit donc à cette petite statue que ces Religieuses recouroient dans leurs besoins spirituels et temporels, communs et particuliers. Parmi les grâces qu'elles obtinrent , on remarque qu'elles reçurent , dans un grand besoin , une somme d'argent assez considérable ; que leur vin et leur huile furent miraculeusement multipliés. Mais les grâces les plus signalées qu'on ne sauroit rapporter , furent celles qui regardoient les biens spirituels. Il suffira de dire que de cette statue partoient , pour ainsi dire , continuellement des rayons de lumière qui consoloient ces bonnes Religieuses,

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et les animoient ; dès que , prosternées à ses pieds , elles lui avoient présenté leurs suppliques , il ne leur restoit qu'à bénir et à remercier leur saint protecteur.

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