ŒUVRES DE LYON. — S. POTHIN ET S. 1RÉNÉE
N peut en toute vérité appliquer au saint dont nous entreprenons d'écrire la vie, ces belles paroles de la divine Ecriture: «£u vivant peu de temps, il parcourut de longues années; » sa vie, et- effet, quoique très courte, a été si sainte, qu'elle s'est trouvée pleine j de mérites, comme s'il fut parvenu à une extrême vieillesse.
Certaines circonstances particulières jj servent à faire connaître son éminente sainteté, aj c'est qu'elle brille d'un éclat extraordinaire dans un^ humble rang de la cléricature, ^ . — ~ s&^Biï§?
un siècle où l'on n'appelait que des saints au service des autels, et dans une ville qui compte ses saints par milliers. En cela, comme dans tout le reste, Dieu montra qu'il est vraiment admirable dans ses Saints, dont la justification est son œuvre par excellence et qui se plaît singulièrement à élever en gloire les humbles et les petits à leurs propres yeux.
Il sera donc à propos pour nous de jeter en commençant, un coup d'œil sur les grandes vertus qui ont illustré la célèbre Eglise de Lyon. Car le mo- ?N deste Lecteur que la Providence a donné pour y\ patron à une société naissante destinée à mar- A cher sur ses traces, paraîtra d'autant plus digne \\ d'admiration qu'il occupe un rang distinguée \ parmi les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges de cette antique Église. On ne sera pas d'ailleurs fâché de bien connaître l'origine de toutes les grandes et belles , œuvres qui distinguent si éminemment la ville de S. Pothin et qui font l'étonnement du monde entier. On va le trouver, en effet, dans la vie des saints pontifes qui y ont semé la foi, le seul et unique principe de la charité, et qui ( l'y ont conservé au prix des plus pénibles sacrifices : car leur esprit s'est ardemment propagé d'âge (en âçe dans cette
Eglise privilégiée que Dieu a destinée à remplir une espèce d'apostolat, et pour peu que l'on veuille y faire attention, on le retrouve partout, et dans toutes les œuvres qui s'y multiplient à l'infini. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter d'abord un regard sur les saints pasteur:; de Lyon et de les reporter ensuite sur les institutions de tout genre que l'on y rencontre à chaque pas, pour être frappé des traits de ressemblance qui se trouve entre les pères et les enfants. La physionomie g de Lyon n'est donc, s'il est permis de parler /uuf*B. ainsi, si religieuse, que parce qu'elle a con- '///|\a serve les formes que lui ont donné succès- '7 / \V v sivement les saints évêques qui l'ont gouver- rJr\ r| née depuis les temps apostoliques. MvS
S. Pothin, qui touche à cet âge d'or, et qui en avait la foi et les œuvres, fut envoyé dans les Gaules par saint Polycarpe, disciple de S. Jean, l'apôtre bien-aimé, pour y annoncer la bonne nouvelle de l'Evangile.
Lyon {Litgdunum') était célèbre par ses
richesses et par le concours des étrangers
qui venait y faire le commerce, le saint A'/j
évêque y établit son siège, jugeant que ^~
cette ville pourrait
devenir par
sa position
le centre de
ses opérations évangéliques. Il travailla en conséquence à fonder, par dessus tout, une ville religieuse, et l'histoire des siècles passés prouve que ses travaux ont été couronnés d'un heureux succès ; car cette ville s'est toujours montrée plus grande par ses œuvres de foi et de charité que par son commerce, son opulence, ses industries et les autres avantages terrestres dont la Providence l'a singulièrement favorisée.
A la vie de S. Pothin se rattache la dévotion de la Bienheureuse Vierge Marie, qui dis- \V tingue si particulièrement Lyon, car en même temps qu'il arborait l'étendard de la croix au sommet de la montagne, sui laquelle cette ville était alors assise, le même apôtre fit briller l'image de la Mère du Dieu crucifié. Cette salutaire dévotion y est devenue un héritage de famille, si bien que l'on peut dire, jusqu'à un certain point, que l'auguste Vierge demeure avec Lyon, comme elle demeu- ' jB rait avec le disciple bien-aimé.
On est saisi de cette pensée à la vue de Fourvière l qui, en élevant jusqu'aux nues la magnifique statue dont la piété
1 Les clercs de Saint- Viateui ont la garde » de ce sanctu-
aire béni com-
lyonnaise a couronné sa cîme majestueuse semble répéter jour et nuit à la ville : «Voilà ma Mère! » On se convainc que cette douce parole est bien comprise par cette fille chérie, quand on voit chaque jour la multi tude de pieux pèlerins, que la confiance conduit à ce sanctuaire vénéré, gravir cette sainte montagne par toutes les voies qui y aboutissent, quand on entend du matin au soir les chants sacrés des heureux chapelains de la glorieuse Reine des Anges, quand enfin on s'y trouve comme embaumé du parfum exquis des continuelles prières qui s'y déposent pour le soulagement de toutes les misères.
Saint Irénée continue, après la mort de saint Pothin, arrivée l'an 177, à donner à Lyon, par ses discours et par ses exemples, toutes les formes religieuses que nous lui voyons encore aujourd'hui. On peut dire que ce saint évêque s'est peint lui-même comme dans un grand tableau qui, pendant quinze siècles, a conservé vives et fraîches toutes ses couleurs. Pour comprendre que l'on reconnaît encore saint Irénée à ses traits demeurés empreints dans Lyon et dans ses œuvres, il suffit de
me sacristains : cinq d'entre eux s'y emploient dans des travaux inces sants.
VWy* 1
recueillir ici quelques-unes des vénérables traditions qui le concernent. Il fut la lumière des occidentaux, et en particulier des Gaulois. Il avait si bien écouté et copié saint Polycarpe que, dans sa vieillesse même, il conservait le souvenir de tout ce qu'avait dit et fait ce bon maître. Sa foi et sa science brillèrent d'un tel éclat qu'il fut jugé digne d'aller représenter à Rome ceux qui avaient confessé la foi à Lyon. Après avoir converti les quelques païens qui restaient encore dans sa ville, il montra un zèle ardent pour la conservation de la vérité et le maintien de la paix. \\\ Il sut implorer la miséricorde du siège aposto- A lique en faveur des chrétiens d'Asie qui se trou- \\ vaient engagés dans des erreurs funestes. Il se fit des disciples qui se distinguèrent dans plusieurs Eglises par d'éclatantes vertus. Il fut dévoré de zèle pour la gloire de Dieu et les intérêts de sa religion. Il fut embrasé des saintes ardeurs de la charité pour le prochain. Un glorieux martyre vint couronner cette vie si précieuse par une mort plus précieuse encore, qu'il reçut avec dix-neuf mille de ses enfants, (fâ généreux athlètes du Christ qui scellèrent en nême temps que leur pasteur, leur foi de s ipiit- r„„„ i> — a*. Tésus-Christ.
Saint
Irénée revit, en quelque sorte, dans son
Eglise par l'esprit qui l'anime encore aujourd'hui. On en peut juger par l'œuvre sublime de la Propagation de la foi qui y prit naissance, par le zèle de ses évêques qui, tous les jours, donnent leurs meilleurs sujets pour aller répandre le royaume de Dieu dans tous les pays lu monde, par le dévouement de ses prêtres qui se consacrent aux plus pénibles missions, par le feu sacré qui embrase ses séminaires et ses congrégations religieuses, semence de tant de vocations à la vie apostolique, par la générosité de ses communautés de femmes que la faiblesse de leur sexe n'empêche pas de se livrer g lux travaux de l'apostolat, par le courage de s/,i lant d'âmes ardentes qui sacrifient tout pour // 1 (a gloire de Dieu et le salut du prochain, ' I par la libéralité de tant de cœurs bienfaisants rffl. qui s'imposent les plus beaux sacrifices en fa- /-£r veur de l'humanité souffrante, enfin par cette (jï soif insatiable du bien qui crée des secours pour tous les besoins, trouve des soulagements pour v toutes les misères, des consolations pour tous ifl les chagrins. Enfin toutes ce« grandes et bel- s les œuvres sont couronnées par le martyre que vont chercher, dans des contrées lointaines et barbares les enfants de • ^ ' ce sol qui, dès le principe, fut un "> ,V
champ si fertile en .-gf^-^Ngsr = sA - -; Kr confesseurs de la foi.
Ce fut de même, qu'après saint Pothin et saint Irénée, les évêques de Lyon continuèrent d'imprimer le sceau de leur sainteté, de leur charité, de leur humilité et de toutes les autres vertus sur l'esprit public de cette ville religieuse, pour en faire vraiment la ville des aumônes, la ville des bonnes œuvres, la ville des dévouements et des sacrifices. Quelques traits épars empruntés aux vies de ces saints pasteurs suffiront pour faire toucher du doigt cette vérité.
Nous les prenons à peu près dans l'ordre où nous les trouvons dans le calendrier lyonnais.