S. PR.1VAIN
)Jk, ES martyrs de Lyon sont innombrables.
t aussi peut-on dire à la gloire de cette ville religieuse, qu'il n'en est pas
Sgo£) dans le monde entier> aPrès
V/E la ville éternelle, qui ait été
f arrosée de tant de sang chré-
\J tien. Dans cette troupe glo-
I rieuse des confesseurs du saint
^ ^nom de Jésus, on voit paraître
les ouarante-sept martyrs qui ob- 9|
ec saint Pothin et ks^l
f\ ' tinrent la palme avec iix-neuf mille disciples ce saint ^
Irénée, mis à mort en même temps que lui. De ce nombre, saint épipode répondait à son juge, qui voulait le séduire par de flatteuses promesses, "que sa compassion était pour lui une cruauté et que vivre sur cette terre dans les délices est s'exposer à mourir éternellement dans les supplices de l'enfer." St Alexandre mourut en croix avec une fermeté héroïque. St Minerne ne fit pas paraître moins de force et de constance. St Marcel fut d'abord écartelé par des branches d'arbres, puis enterré jusquà la ceinture et ainsi exposé aux injures du temps pendant trois jours qu'il vécut en chantant les louantes de Dieu. Saint ArAn^ lérien demeurait comme impassible pendant qu'on le déchirait avec des ongles de fer et il finit par avoir la tête tranchée. Et combien d'autres dont les tourments ne nous ont pas été racontés !
On ne peut toutefois passer sous silence la glorieuse sainte blandine, l'illustre vierge martyre, humble esclave livrée pour sa foi aux plus cruelles tortures, qui triomphe de son âge et de la faiblesse de sa complexion et devient un modèle de grandeur chrétienne, animant de ses exhortations enflammées autant que de son exemple ses compagnons à ne pas ^ffv o^ faiblir devant la douleur.
Il convient que fas-
sfe= nous
sions une mention particulière des saints de Lyon qui appartiennent à l'ordre ecclésiastique, car ils furent de dignes instruments dont Dieu se servit pour conduire et multiplier cette armée de martyrs. On doit surtout rendre hommage à la mémoire de ceux qui, à cette époque, se consacrèrent à la belle œuvre des missions, parce que Lyon fut dès lors, comme elle l'est encore, la ville des missionnaires. Saint Félix, prêtre et les saints diacres Fortunat et Achillée étaient lyonnais et disciples de saint Irénée. Ils allèrent prêcher l'Evangile à Valence où, pour .'honneur de la religion, ils eurent es mains liées derrière le dos, les jambes cassées après qu'on leur eut fait souffrir la £/ torture dn chevalet.
Saint Féréol, prêtre, et saint Ferjeux, W-i son frère, diacre, appartenaient aussi au clergé de Lyon. Dévorés du zèle de la gloire g de Dieu, ils se dévouèrent au salut des âmes dans la ville de Besançon où, après avoir fait connaître le nom adorable de Jésus, ils furent fouettés et mis en prison. Puis, après qu'on leur eut coupé la langue, on les décapita.
Saint Andéol, sous-diacre de Lyon, alla évangéliser le bourg qui porte son nom et cueillit la palme du martyre à Carpentras.
Saint Gal-
cS
mier, aussi sous-diacre de Lyon, brilla d'un éclat d'autant plus vif que son élection fut plus singulière, car il fut d'abord forgeron et ce fut à cause de son admirable charité qu'il se vit appelé à la sainte milice du sanctuaire. 11 ne respirait que le bon plaisir de Dieu et avait sans cesse dans la bouche ces belles paroles : "Rendons tonjours grâces à Dieu au nom du Scigneîir." Ce fut le B. Vivent, abbé de Saint- Just qui découvrit, sous la poussière de la forge, cette perle précieuse.
Saint Pérégrix, prêtre de Lyon, dont le corps
É reposa longtemps à côté de celui de saint Just. ^ Saint Privain fut la gloire de la solitude et \ se rendit rema able par son amour pour la ////|i\\\ pauvreté religie 1 , car tout son bien consistait "' f\\\ en une misérable cellule, bâtie dans un %\\ jardin.
Cette courte notice devait nécessairement
précéder la vie de saint Viateur, car pour tOi s
les catéchistes, à quelques pays qu'ils appar-
a/" tiennent, l'Eglise de Lyon est une mère qu'ils
l-P'cioivent connaître et aimer tendrement.
Ln effet, c'est elle qui, après avoir été le
berceau de saint Viateur, leur patron, et le
théâtre de ses vertus simples et modestes, les
»?K a en&endrés à la vie religieuse, afin qu'ils
puissent marcher sur les traces
de cet aimable
Saine ; car ce
fut dans une des succursales de ce vaste diocèse qu'origina leur pieuse Association et c'est là encore1 que se trouve le centre de leur Institut. L'amour filial qu'ils auront pour cette mère si bonne, si bienfaisante, les portera à s'instruire de tout ce qui peut relever sa gloire, et surtout à bien connaître les saints qui s'y sont sanctifiés, les considérant vraiment comme leurs pères, leurs patrons et leurs modèles.
1 Par une décision du chapitre de 1895, ^a Direction génér l'Imùtut des Clercs de Saint- Viateur, avec l'autorisation fie S. G. Mgr Coullié, archevêque de Lyon, et l'agrément de S. E. le cardinal Richard, archevêque de '/, Paris, a été transférée à Paris, 15, rue du Niger, où ré- /,' îide le Supérieur général depuis 1896. Il
GHAPITRE IV.
NAISSANCE DE SAINT VIATEUR. — SON NOM. — IL EST FAIT LEC TEUR. — QUALITÉS QU'IL MONTRE DANS CET OFFICE.
AI NT Viateur vécut dans le IVe cle de l'Eglise qui donna au monde étonné
i le spectacle des plus admirables vertus. On ne sait pas au juste le lieu ni la date sa naissance ; mais il est croyable qu'il naquit à Lyon, dans la seconde moitié du ive siècle, vers l'an 370 ; c'est ce que l'on peut inférer par les ty documents consultés. Il est hors de ] doute que Viateur se sanctifia dès j le bas âge l et que jeune encore,2 il 3f
1 <; Puer egregiœ indolis," enfant d'un caractère excellent, *= dit en parlant de lui, l'auteur de" Vit a prolixior S. Jtisti," /J développé par Surius et reproduit par les Bollandistes. ^
2 Sanctissimijuvenis, "le très saint jeune homme" dit
ide
était arrivé à une haute perfection. Adon, chroniqueur et martyrologiste, qui a fait son portrait en deux mots, rapporte qu'il était un "jeune homme très saint.''1 VIA- TEUR a donc pour lui l'attrait puissant d'une haute vertu à la fleur de la jeunesse. Aussi est-il pour l'Institut, établi sous son patronage, ce qu'est saint Louis de Gonzague pour les collèges et saint Stanislas de Kotska pour les noviciats.
Ce que nous savons de la vie de saint Viateur justifie pleinement le jugement qu'en a porté ce savan' martyrologiste, lequel d'ailleurs se trouve con- ^/j\^k firme par la tradition de l'église de Lyon. ^ comme on peut le voir par l'office qu'elle célèbre en l'honneur de ce saint. 2 Le martyrologe romain qui, en cette matière, est la plus grande autorité qui soit ici-bas, sanctionne le culte qui lui est rendu en inscrivant son nom :
ailleurs le même auteur. "Mxdtu/ndilectus ebsttmmas
vv-tutes," "très aimé (de S. Just son évêque) à cause de
ses vertus éminentes." dit la légende du Saint au joui
de sa fête, le 21 octobre.
1 Sanctissimi juvenis.
2 Voici ce qu'on lit dans la première leçon du 11 nocturne, " Viator, Lttgdunensis ecclesiœ Lector, a sancto Justo, Pontifice suo ob summas virtutes muttuj/i dilectus." "Viateur, lecteur de l'église de Lyon.
^ fut très aimé de saint Just, son évêque, à cause
sfs% de ses vertus éminentes."
'^p^jf &■ 3 Le nom de S. Viateur est mentionné deux
7/*\j^y ? lo\$,, le 2 sept, en annonçant
y~W^'J^MLy^'^r la fête de S.. Just,
iÇ/5^^^"Tt^\2^^^^--/<^^&^ et le 21 octobre,
1/ J ^ ^\ "fête de S. Viateur.
parmi les Saints dont l'Eglise Romaine tient une liste si fidèle.
On l'y trouve le vingt et un d'octobre qui fut le jour de sa naissance au ciel. Son culte, par conséquent, repose sur de solides fondements et c'est quelque chose d'heureux pour l'association naissante,1 que de pouvoir placer sur ses autels ce jeune saint dont l'ardeur pour le bien a de quoi, sans doute, l'embraser d'un feu toujours nouveau.
Par une disposition admirable de la Providence, notre saint, en naissant, reçut le nom de Viateur a ou Voyageur; car l'événement à fait voir f"\\ qu'il a rempli merveilleusement toute la signi- // 1 \\V fication de ce nom, puisqu'il a été voyageur à la suite d'un Juste dont il a si parfaitement imité 3 les vertus extraordinaires.
1 Elle venait, pour bien dire, d'être approuvée par Lettres Apostoliques de N. T. S. P. le Pape Grégoire XVI, en ]8:8.
2 Le mot latin viator veut dire voyageur.
3 iiHic soins bcatissimitm seiiem vestigiis insecutus est." Il (Viateur) fut seul à suivre les traces du saint vieillard. Vita prolixior S. Justi.
De son côté, le R. P. Gouilloud S. T., dans son excellent OUVrage, DEUX GRANDS BVÊQUES DE LYON, dit : "Du reste, Viateur s'était associé en tout àla , / position de son maître," {Chapitre VIII, page ijj) et plus bas, il ajoute plus expressément : " Et, .Sans se lasser, il " (saint Just) s'avançait ■" dans les voiesou- " vertes par - - " Mac lire à " '-^
D'ailleurs par son détachement absolu de toutes les mondanités, on peut bien dire que sa vie tout entière a été celle d'un voyageur sur une terre étrangère.
Saint Viateur parait donc avoir été du nombre de ces élus privilégiés qui ont reçu un nom prophétique annonçant, dès le berceau, leur céleste vocation. La dévotion au nom de ce saint patron doit être particulièrement cher à toute la congrégation, qui doit travailler avec zèle à le rendre grand et vénérable en tous lieux. Viateur montra dès la plus tendre enfance HE^a d'heureuses dispositions, et on le voit avec ^/j\v admiration faire des pas rapides dans les sen- 'I r \ tiers de la vertu à un âge où, d'ordinaire, on songe qu'aux jeux et aux amusements. C'est qu'à l'exemple de Tobie, il n'y eut jamais chez lui rien de puéril ; on le conclut tout naturellement du choix que fit saint Just de cet enfant de bénédiction pour l'élever à l'ordre de lecteur, le second des quatre ordres appelés
\r MINEURS.
•• ses disciples, marchant sous le regard de Dieu et de
" ses anges aussi sous ceux de Viateur qui, en ré-
" compense de son pieux dévouement à son maître, bé-
" néficiait plus que personne du spectacle de ses ver-
" tus." (id.) "///<? sanctus adolescens tain itineris
. " quam virtutis sua particeps." "Ce saint jeune
homme imitateur de sa vertu et son compagnon
.«-«> . de voyage." (Vi/a pro-
^^-5- lixior. 7-2).
Ce choix, en effet, ne se fit pas par cette affection toute humaine que l'on est quelquefois tenté de prodiguer aux enfants qui, par leur enjouement, savent se rendre aimable. Car d'abord le bréviaire de Lyon dit positivement que saint Just, son évêque, "/ 'aimait beaucoup à cause de ses êminentes vertus.''1 Ce que nous ap^ prend Surius de ce saint évêque est bien de nature à confirmer dans la pensée qu'il n'agissait en cela, comme dans tout le reste, que par l'esprit de Dieu dont il était rempli. Saint Just, nous dit cet écrivain, gouverna pendant un très grand nombre d'années l'Eglise de JLj, Lyon avec une si grande pureté, intégrité, f/, modestie, piété et patience, il eut un soin si // compatissant des pauvres, il observa avec /^ tant de fidélité les divins commandements, ff qu'il 'surpassa par toute la grâce de ses vertus f-j les prêtres les plus remarquables et les plus distingués en sainteté.
On ne peut donc douter que Viateur n'ait rT1 été élevé saintement et que son éducation "s^gj domestique ne l'ait préparé admirablement p*| aux fonctions de la cléricature à laquelle, dans ces temps de ferveur, on n'appelait \ . fï~ ^f:J que ceux dont la sainteté était bien connue et bien prouvée.
Sa vocation fut ensuite déci dée par saint =^S?fl'
Just qui, trouvant en cet enfant toutes les qualités requises par les saints canons, l'ordonna lecteur.
Il ne faut plus s'étonner après cela si Viateur reçut avec l'ordination tant de grâces et de dons excellents. Car, quoique le sacrement de l'ordre, comme tous les autres sacrements, produise son effet uex opère ofierato" comme l'enseigne la théologie, il n'en est pas moins certain aussi que ses grâces se confirment à raison des dispositions de celui qui les reçoit.
On peut en juger surtout à la fidélité avec laquelle le ministre s'acquitte ensuite de ses saintes fonctions. La-dessus on ne saurait douter que notre jeune saint ne se soit rendu parfait dans la pratique de toutes les vertus que l'Eglise, dans son Pontifical, recommande à ceux qu'elle élève à cet ordre qui, à cette époque surtout était d'une haute importance.