CHAPITRE V
HAUTE IDÉE QU'ON DOIT SE FORMER DES VERTUS DE SAINT VIATEUR. — SON APPLICATION À S'INSTRUIRE DE SES DE- VOIRS DE LECTEUR. —FIDÉLITÉ AVEC LAQUELLE IL S'ACQUITTE DE CES DEVOIRS. — SON ZÈLE DANS L'É- TUDE DE L ÉCRITURE SAINTE. — RELIGIEUSE MODESTIE AVEC LAQUELLE IL REMPLIT SES FONCTIONS PUBLIQUES. — GRANDE CONSIDÉRATION DONT IL JOUIT.
FIN de mieux connaître les vertus qui distinguèrent saint Viateur dans son office de Lecteur, il convient de remarquer les dispositions qu'exige l'Eglise de ceux qu'elle ordonne et qu'elle élève aux fonctions de la sainte milice. Car il est % clair que Viateur dut rem-@.
plir parfaitement cet état puisqu'il y acquit la sainteté. Nous allons donc donner la substance de ce qui se lit là-dessus dans ce vénérable livre liturgique, le Ponti fical, qui est évidemment imprégné de l'esprit de Dieu. Celui donc qui est élu Lecteur dans la maison du Seigneur doit connaître son office, s'il veut s'en acquitter fidèlement. Grande et importante leçon qui nous montre l'absolue nécessité de l'étude, non pour apprendre ze qui peut piquer la curiosité mondaine, mais uniquement ce qui mène à la pratique des devoirs de son état. Or, pour s'y rendre habile, l'application de toute la vie suffit à peine. Car il est ici question d'un ministère dont la fin est le salut des âmes par l'instruction religieuse. Mais ce sublime ministère est au jugement de ^§? Grégoire le Grand, Vart des arts. A l'imiipfjjpj tation de ce beau modèle, les clercs catéchistes étudieront toute leur vie leurs saintes règles, et tout ce qui se rattache au devoir de leur état.
Il faut à celui qui est élu Lecteur, la grâce
de la perfection éternelle.1 Cette singulière
expression dont use l'Eglise en ordonnant
le Lecteur fait assez voir la haute vertu
qu'elle attend de lui. Ce fut celle de saint
Viateur que Dieu prépara
1 " Ut augeat vobis.gra a tiam perfectionis aeter use." Ex Pont.
^-ï-Iâsss de ord, Lect.
d'avance à être le modèle du sanctuaire et que, pour cela, il fit marcher dans toutes les voies de la perfection. En s'exerçant ainsi dans l'humble office de Lecteur, qui est une préparation nécessaire pour arriver aux ordres sacrés, il est devenu un parfait modèle des novices, qui se préparent à la profession religieuse dans la congrégation des clercs catéchistes. Il y a chez eux différents degrés qui constituent une espèce d'hiérarchie qui leur donne moyen de s'af fermir dans la solide pratique des vertus religieuses.
L'enfant qui a vocation dans cet institut entre d'abord dans un Juvénat,1 qui est /, une école spéciale pour le former à. la science, et un asile sacré pour le préserver ' de la corruption du monde. Il passe ensuite au Noviciat, où il s'exerce pendant un an z dans tous les genres de devoirs qu'impose la vie religieuse. Après cela, le jeune homme est admis à faire des vœux pour cinq ans et il devient alors Catéchiste Mineur ; il les renouvelle ensuite pour cinq
1 Le Juvénat des Clercs de Saint-Viateur est éta bli à Outremont, près Montréal, depuis le S décembre 1896.
2 Selon la décision du chapitre général tenu en y 1870, on exige maintenant deux ans de noviciat, savoir: un an à la maison du noviciat et un an de probation dans l'emploi del'enseig'ment.
ans encore puis, s'il est admis aux vœux perpétuels, il prend le nom de Catéchiste Formé. Enfin s'il en est jugé digne, il passe au rang des Catéchistes Majeurs, ce qui le fait entrer dans l'administration de la société qui se compose d'un Directeur Principal, assisté d'un Discrétoire ou conseil pour gouverner toutes les maisons de l'institut, dans quelque pays qu'elles soient situées, afin d'assurer l'unité de direction : la société toute entière se divise en Provinces, en Maîtrises et en Régences.
Telle est l'organisation de l'Association des Clercs Paroissiaux ou Catéchistes de Saint- Viateur établie 1 par un Décret d'approbation de Sa Sainteté Grégoire XVI, le 21 septembre 1838, et confirmé par un Bref Apostolique du même Souverain Pontife le 31 mai 183g.
Le Lecteur y verra la sagesse de l'Eglise qui a approuvé cette Congrégation naissante 2 et se convaincra par lui-même
1 La pieuse association venait d'être fondée
quand elle fut reconnue d'utilité publique, par
une décision du conseil royal de l'Instruction
publique (France) en date du 8 août 1829 ; le 10
janvier 1S30, une ordonnance royale de Charles
X sanctionnait l'appprobation précédente. C'est
le 21 octobre 1S35, en la fête de saint Viateur,
P que les membres du nouvel Institut prononcèrent,
pour la première fois, les
trois vœux de religion.
2 Par une lettre du
*— . 2c décembre
■ que les plus grandes précautions sont prises pour former de bons maîtres d'écoles, afin de répandre par .eux, dans les villes et les campagnes, les vrais principes qui font les bons chrétiens et les bons citoyens. En faisant ainsi connaître l'association des Catéchistes de Saint - Yiateur, on a cru faire l'éloge de ce .saint qui se trouve glorifié dans les œuvres de ses bons serviteurs. On a pensé aussi que les parents aimeraient à savoir le genre de vie que mène ceux à qui ils confient ce qu'ils ont de plus cher au monde, savoir : leurs entants, dont ils auront à rendre à Dieu un compte si rigoureux.
Une des importantes fonctions du Lecteur était autrefois de lire l'Ecriture Sainte avant que le prédicateur en donna l'explication au peuple. Il devait aussi chanter les leçons ■ dans la récitation de l'office divin et bénir le r| pain et les fruits nouveaux. Son principal soin £f\ devait être de bien exposer les paroles de la .Sainte Ecriture pour l'intelligence et l'édification des fidèles, évitant scrupuleusement toute fausseté, de crainte que, par sa faute, la vérité des leçons divines, qui sont pour l'instruction de l'auditeur, ne fut falsifiée. j:
1805, Mgr Dupanloup, évéque d'Orléans, dai- ^Z gnait appeler l'œuvre de Saint-Viateur ,: l'une '5*>^ des plus chrétiennement populaires de notre 1 époque."
Il lui fallait instruire les autres autant par ses exemples que par ses paroles, de manière à montrer à tous qu'il pratiquait ce qu'il enseignait et qu'ainsi sa conduite était parfaitement d'accord avec ses discours. Cet admirable enseignement de l'Eglise fut invariablement la conduite de saint Viateur.
On peut conclure de là avec combien de raison on a proposé ce saint Lecteur pour patron et modèle aux Clercs Catéchistes, puisque leurs Statuts approuvés par l'Eglise ne sont, pour ainsi dire, que le développement de ses sublimes leçons. L'exemple de ce parfait modèle devra être pour eux un puissant motif w de s'y conformer fidèlement.
L'Eglise plaçait autrefois le Lecteur dans un lieu élevé pour qu'il put être vu et entendu de tous. Ce lieu élevé devait être pour lui une invitation pressante à travailler à acquérir une haute perfection, dont cette position corporelle n'était que la figure. C'est alors que notre saint offrait le plus ravissant spectacle par son agréable modestie, par la grâce de son maintient et la douce onction de sa voix ; quand il faisait la lecture des Livres Saints, les regards de tout un peuple fixés sur lui faisaient davantage ressortir l'humilité qui parait son âme pure. Aussi s'attacha-t-il tous les cœurs, mérita-t-il de son vivant la vénération
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publique. C'est ce qu'il est aisé de conclure des honneurs que la ville entière voulut lui rendre après sa mort en l'associant à saint Just dans les démonstrations pompeuses qu'elle fit en recevant leurs saints corps.
Dans son ordination, le Lecteur touche le livre de la Sainte Ecriture qu'il aura à étudier et à lire aux fidèles,, et l'Eglise, en lui recommandant d'exposer les divines paroles avec zèle, lui promet une part honorable avec ceux qui, dès le commencement, ont bien administré la parole de Dieu.
Ceci s'est vérifié à la lettre, et d'une ma- '// nière toute merveilleuse, à l'égard de saint Viateur que Dieu a voulu, ce semble, identifier avec saint Just, dans les honneurs comme dans les travaux, pendant la vie comme après la mort. Il en est de même de ces clercs qui, en marchant sur ses traces, finissent tou- jï jours par se concilier tous les cœurs, et obtien- "J?-^ nent une influence honorable dans les villages *~ qu'ils édifient en sanctifiant les petits enfants. La raison est évidente ; c'est que, en ins- % j \ truisant ces tendres petits, en les rendant bons, dociles, respectueux envers leu-s X \
parents, ils ga- -^J^SjïL^ -'"Ns&fcs^ 7' P
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aiement l'estime
et la confiance des pères et des mères eux-mêmes pour les porter à Dieu et à la pratique des saints devoirs de la religion.
Il est ici une chose digne de remarque, c'est que, dans l'ordination du Lecteur, l'Eglise demande pour lui, avec instance, le don d' intelligence.
Saint Viateur, dont le cœur était si pur, reçut, il n'y a pas à en douter, ce don excellent qui lui fit découvrir d'admirables secrets dans les Saintes Ecritures. | Il le reçut avec d'autant plus de plénitude qu'il était destiné, dans les adorables desseins de Dieu à être le dépositaire de ce riche trésor de sciences célestes en faveur des Clercs qui, en prenant son nom, Jgâ devaient recueillir ce précieux héritage. Ce sera par la ponctualité à faire leur Légende, x par la piété que les Catéchistes y apporteront, qu'ils mériteront de participer à ce bien ineffable, et ce sera surtout alors que saint Viateur se fera leur Maître pour les diriger dans une étude qui demande les leçon d'un si habile précepteur.
fÇ^ 1 La Légende est une 'ecture de règle, à faire le y* matin et le soir : elle comprend trois livres, l'Ancien et le Nouveau Testament, le Catéij ,^s==-.=^ chismes du Concde de Trente
et l'Imitation ^e =» Jésus-Christ.