‹ Vie de Saint ViateurChapitre 6 sur 25 · L'APPEL DE DIEU · texte numérisé non relu

L'APPEL DE DIEU

SAINT VIATEUR EST APPELÉ À UNE PLUS GRANDE PERFECTION.— IL EST SEUL MIS EN CONFIDENCE DU SECRET DE SAINT JUST. — IL RÉPOND À CETTE INVITATION. — CIR- CONSTANCES QUI RELÈVENT LE MÉRITE DE SON SACRIFICE. — SON BONHEUR EN RE- JOIGNANT SON ÉVÉQUE.

(AINT Viateur s'exerçait ainsi à la pratique de toutes les vertus qui font les saints lecteurs, lorsqu'il plut à Dieu de l'appeler à une plus haute perfection encore, et voici en quelle occasion. Un homme avait, dans un accès de frénésie, blessé et tué à Lyon pluieurs personnes et, pour échapper à toutes poursuites, il s'était réfugié dans une église qui jouissait du droit d'asile, @ (probablement celle des Machabées). L peuple furieux s'assemble en foule pour .rracher le 9 coupable du saint asile et le mettre en pièces. Saint^ Just touché de compassion pour, „>; ^ ^^ e<^)^

Aô

ce malheureux, que la folie avait porté au crime, s'opposa longtemps à la multitude, que cette résistance exaspérait de plus en plus et qui menaçait de mettre le feu à l'église, ce qui entraînait non seulement la ruine de l'édifice mais assurait encore la mort du meurtrier. Après avoir exigé du gouverneur, et sous serment, la promesse qu'il ne serait fait aucun mal à cet infortuné, l'évêquc Just remit le coupable à l'autorité civile qui •enait de s'engager à le mettre en sûreté. L'assassin ne fut pas plus tôt hors du lieu saint, que le \\ peuple, tout entier à sa colère, se rua sur lui V\ et le massacra impitoyablement.

^ Ce tragique événement pénétra le pieux et doux pontife d'une douleur profonde et, se regardant devant Dieu comme coupable de la mort de cet homme, il prit dès lors la résolution d'aller expier cette prétendue faute dans les déserts de la Thébaïde.

Il médita longtemps ce projet qui devait lui permettre d'expier ce qu'il se reprochait comme un crime ; mais il ne lui était pas fai de se dérober à l'affection d'un peuple i le vénérait comme un saint et qui l'aimait comme un père. Enfin il crut le moment venu. En 381, à la suite du Concile d'Aquilée, auquel il assista en qualité de légat de tou-

tes les Gaules et où se trouvèrent réunis trente-deux évêques ayant à leur tête saint Ambroise, archevêque de Milan et docteur de l'Eglise, il crut le moment venu de réaliser son dessein.

Après avoir rempli les devoirs de sa charge dans cette auguste assemblée, il profita du moment où il se trouvait éloigné de Lyon pour se retirer secrètement dans les vastes déserts de l'Orient.

Au lieu donc de retourner dans sa ville, il s'arrêta à Tournon sous prétexte de visiter sa famille 1 qui y résidait et qui y tenait un rang distingué. Cependant il confia son secret au jeune Viateur, dont il connaissait toute la discrétion et l'invita même à le suivre dans la solitude, lui donnant la ville d'Arles- pour rendez-vous. -

La confiance que le saint évêque mettait dans son Lecteur ne fut pas trompée. Car

1 Cette opinion, partagée par plusieurs écrivains, notamment par le Père Gaultier, S. J. dans sa Chronologie, est contredite par le R. P. Gouilloud, S. J. et parle P. Stilting; d'après ces derniers saint Just serait parti de Lyon même.

2 "Ac jam inter Arelatem atque Massiliam, "supra littiis maris posito, etnavim conscendere " parato superveniens, non sine admiratione ejus, " se obtulit."

Et déjà Just était parvenu entre Arles et Marseille ; comme il était sur le rivage de la mer et prêt à monter dans le bateau, Viateur survenant s'offrit au pontife à la grande admiration de celui-ci.

Vita prolixior.

Viateus se mît de sorte en voie de répondre à un appel si honorable, mais qui devait toutefois lui impo-

• - -.-..' ..:.., e:V; se: -, :::== lei :"-: r.es i -- '." r ê: îjt ."le- :v-: I. -. r"^:: r.î-i ::-- = : le i:; iux :5 - --. ; r :t; :.: - :. = :■::-== : = ? ■--'-'.i:: déjà hû promettre son mérite prématuré, pour se cacher an fond d'une sohtnde où l'attendait, dès l'aurore de sa

SO 3 fection du jeune Yiatkitr, pour

fl^K&JP tout Quitter gfin de suivre Tésus-Christ,

Lorsqu'on s'arrache aux douceurs de la patrie et à la tendresse de bons et vertueux parents pour suivre Jésus -Christ dans des pays lointains, afin de lui gagner des âmes, cet acte héroïque excite toujours chez les chrétiens fervents un très vif intérêt et un enthousiasme entraînant, qui ne contribue pas peu à soutenir le courage des hommes de Dieu. Il n'en saurait être de même quand on quitte son pays en fugitif et que l'on se refuse même le bonheur d'embrasser une dernière fois des parents chéris*

On peut juger delà jusqu'à un certain point ce qu'il en coûta à saint Viateur pour tout abandonner, afin de ne plus vivre que pour Jésus-Christ. Mais si la nature dut livrer un terrible assaut à son cœur, il fut puissamment soutenu dans son généreux dessein par une pensée de foi bien consolante. C'est qu'il partait pour l'Egypte en ^j=j JV marchant sur les traces du Sauveur qui, de nuit et dans le plus grand secret, alla se réfugier dans le même pays dont il bénit toutes les solitudes pendant son séjour sur cette terre idolâtre.

Dans cette circonstance admirable de la ~|| vie de saint Amateur, il y a de grands exemples pour tous ceux que le Sei- J^^ gneur appelle à sa suite pour la

gloire de son Divin Père et de sa sainte religion. Ainsi notre jeune Yiateur n'eut pas plus tôt connu la volonté du Ciel par la bouche de celui qui le représentait sur la terre qu'il se mit en devoir de l'accomplir. En conséquence il quitta secrètement Lyon et alla rejoindre saint Just à Arles, selon les ordres qu'il en avait reçus. Il est aisé de se figurer la joie du saint vieillard, * quand il vit son jeune disciple animé d'un si grand dévouement, comme aussi il est tout naturel de se représenter la joie pure et délicieuse du jeune Lecteur en voyant son évêque qui, plus que jamais, devait être sur la terre son unique père. Il est bien connu qu'en de semblables rencontres, les joies spirituelles sont d'autant plus suaves que les sacrifices qu'il a fallu faire ont été plus grands et qu'on les a fait de meilleur cœur.

C'est ainsi que dans les adorables desseins de Dieu saint Yiateur méritait par son sublime sacrifice, à ceux qui devaient, quinze ¥£§£> sièéles plus tard, se mettre sous sa protection la grâce de quitter aussi eux, leurs parents et leur patrie afin d'imiter son parfait détache- [>'~/(â ment.

1 "Justus avait dépassé soixante quinze ans." R. P. Gouilloud, S. J.

Page 1