SAINT VIATEUR DANS LE DÉSERT DE SCÉTÉ
IL PART AVEC SAINT JUST POUR L EGYPTE. — SON ARRIVEE DANS LA THÉBAÏDE. — SES PROGRÈS DANS LES VERTUS RELI- GIEUSES.— ÉLOGE QU'EN FAIT L'ÉGLISE. — SAINT VIATEUR EST UN MODÈLE DE LA PERFECTION RELIGIEUSE.
AINT Just, qui n'avait de secours et de consolations à attendre que de son cher
, disciple, partit avec cet enfant qui devait lui être un soutien 1, une force dans le voyage. Sans retard il se mit en route pour l'Orient, car, outre qu'il avait hâte de s'ensevelir dans la so- j litude, il avait à craindre que, si l'on /[ venait à découvrir son projet, on ne f, parvint à l'empêcher de l'exécuter. ~v
1 " Solatium pérégrination: s " dit la leçon du bréviaire dans l'office du saint. y?zS
Nos deux saints s'embarquèrent donc sur un bateau à destination de l'Orient.
Le voyage fut long et dangereux : on ne connaissait point alors toutes les voies de communication que la divine Providence a ouvertes aux nations modernes, et la Méditerranée, qu'il leur fallait traverser, était alors comme aujourd'hui célèbre par ses tempêtes et ses naufrages.
Viateur se montra digne de son nom ; il fut un bon Voyageur par sa patience, son courage, sa ferveur et surtout par la piété avec laquelle il s'efforça de procurer tous les soulagey^ ments possibles au saint vieillard, qui cachait sous le déguisement d'un habit ordinaire une si grande dignité et une si haute vertu. Cette tendre charité est même l'objet d'un éloge spécial dans l'office qui lui est dédié.
Arrivés en Egypte, nos deux voyageurs se hâtèrent de gagner les déserts de la Thébaïde ; car Dieu étant l'unique but de leur voyage, ils ne s'amusèrent pas à satisfaire une vaine curiosité. Ils ne s'arrêtèrent dans aucune ville de cette célèbre contrée pour y voir les monuments de l'antiquité profane. Us pouvaient d'ailleurs craindre d'être rencontrés
quelque part par des marchands de Lyon, qui allaient faire le commerce dans ces pays lointains. Ainsi le voyage qui pour tant d'autres est un sujet de dissipation, quelquefois, une cause de relâchement dans les exercices de piété, fut pour le jeune Viateur un nouveau moyen de sanctification. La raison en est toute simple : c'est qu'il voyageait pour Dieu, en compagnie d'un saint et sous la protection des Anges gardiens. Ce sera toujours la règle des Viateurs. Autrement ils se trouveraient compris dans cette sentence de L'Imitation de J.-C. ; " On se sanctifie rarement en voyageant beaucoup" surtout s'ils vou laient tout voir, tout entendre, tout visiter, principalement quand la règle et le Supérieur le défendent.
En se présentant à Scété \ l'un des nombreux monastères qui remplissaient les déserts de la Thébaïde, saint Just cacha soigneusement son nom, son origine, sa condition, son rang élevé : car tout son attrait était pour la vie cachée et la pratique de l'humilité 2, sa vertu chérie. Dégagé des soins mul-
1 " Il (Just) se rendit donc à Scété avec Via- . . teur." R. P. Gouilloud, S. J. \ '
- Ut suppresso nomine et honore, humilitatis summœ exercere opus posset, "afin que, ca chant son nom et sa dignité
tiples attachés à la sollicitude pastorale d'une grande Eglise, il se donna tout entier et avec une ferveur angélique ' aux exercices de la vie religieuse. La pénitence et la contemplation étaient toute son occupation et faisaient ses délices. Saint Viateur fut en toutes choses son parfait imitateur, et c'est le témoignage qu'en rendent les historiens qui, pour faire son éloge, disent qu'il fut le confident intime de son saint évêque, son compagnon inséparable de voyage 2, sa grande consolation sur une terre étrangère et son fidèle imi- » tateur dans la solitude.
\\ Il n'y a donc pas à s'étonner s'il fit de si
\\ rapides progrès dans le sentier de la perfec-
Ai tion. La sainte Eglise Romaine chante en
\ l'honneur de Viateur les hymnes qu'elle a
composées pour tous les saints confesseurs.
Comme c'est elle qui les a tous élevés avec
une bonté de mère et qui, après les avoir
sanctifiés sur la terre, les a introduit dans
î>AMt4^ le Ciel, elle ne saurait se tromper en hono-
plus profonde humilité." Vita froîixior.
aliquot annis in eremo angelis proximam
egisset,'' après avoir mené pendant quelques
une vie qui ressemblait à celle des anges.
Brevior.
" Sanctus adolescens tant itiniris quant virtutis
sticc J>articeJ>s." Ce saint adolescent
participa à sa ver-
sÇ^QfP-^ï? tu comme à son
Ê^^^~^^^ voyage. Vita
frolixior.
rant leur mémoire. Car si une mère de famille connaît si bien ses enfants en vivant avec eux dans l'intimité maternelle, il faut convenir que l'Eglise doit avoir de ses saints une connaissance plus claire et plus détaillée. Nous serons donc heureux de l'entendre louer, notre saint solitaire :
'; Ce saint solitaire fut doux, humble, prudent et •' chaste pendant qu'il était dans ce lieu de pèlerinage. ;- Il regarda comme de l'ordure les vains plaisirs et les " fausses richesses de la terre. Il foula aux pieds les ar- " tifices du démon et remporta de brillantes
•: victoires sur le cruel prince de l'enfer.
" Il se distingua par une foi ardente v//
:' et se montra soigneux et fervent dans '///
" les exercices de la perfection. Il mortifia
" son corps par le jeûne et toutes sortes
" d'austérités qui lui ont mérité de s'as-
" seoir à la table du roi des deux, pour
" s'y nourrir des aliments les plus délicieux.
" Cet homme saint, pour avoir méprisé
'•' le monde et triomphé des choses terres-
u très, s'est acquis dans le Ciel des riches- y
" ses immortelles. C'est le Seigneur lui-
••' même qui a conduit ce juste dans les
'■' droits sentiers et qui lui a montré
<: le royaume des cieux." ,^. ^^z^Jt^ Ji^
Ce portrait est si ~<^Çù
naturel mrce
qu'il est tiré des mains de l'Eglise, que l'Esprit-Saint inspire dans ses chants sacrés. On y reconnaît parfaitement le pieux Lecteur de l'antique Eglise de Lyon, le fervent solitaire de la Thébaïde, le sévère pénitent du désert, le vrai sage enfin qui, à la fleur de l'âge, avait déjà acquis une sainteté consommée.
D'où il est facile de conclure pour tous, mais principalement pour les Clercs Catéchistes, que la vie de saint Viateur est pleine d'intéiêt parce qu'on y trouve un. parfait modèle de toutes les vertus reli- \\ gieuscs. Car il fit profession dans son monas- V\ tère d'une pureté vraiment virginale, d'une '^ pauvreté absolue et d'une obéissance aveugle. Rien donc de plus édifiant que la vie de ce jeune homme très saint, rien de plus capable d'embraser d'une sainte ardeur dans la pratique du bien, ceux qui se sont consacrés à Dieu sous sa puissante protection.