CHAPITRE VIII
DERNIERS MOMENTS DE SAINT JUST. — AFFLICTION DE PAINT VIATEUR. — MORT PRÉCIEUSE DE SAINT VIATEUR. — LE CORPS DE SAINT JUST ET CELUI DE SAINT VIA- TEUR, TRANSPORTÉS À LYON, SONT DÉPOSÉS DANS LE MÊME TOMBEAU.
OICI que saint Just touchait à ses derniers moments. Il avait à ses côtés Antiochus, prêtre de Lyon, qui était venu le rejoindre dans la solitude et l son fidèle Lecteur. ^ \ Sur le point de quitter cette terre s ?~>^\. i d'exil, il est éclairé d'une céleste n0j^J lumière, comme autrefois Jacob mou- X gpP*7 rant dans ce même pays, entouré de ' sa nombreuse famille, il annonça, dans un^
esprit prophétique, à ses deux
disciples ce qui devait leur arriver après sa mort. Il prédit au premier qu'il retournerait dans sa patrie et qu'il deviendrait évêque de Lyon, ce qui s'accomplit en effet.
Quant à Viateur, il fondait en larmes auprès de la couche de son saint évêque. La seule pensée qu'il allait perdre un si bon maître, un père si tendre, le consternait ; il déplorait son malheureux sort et faisait tristement entendre ces paroles douloureuses : " Seigneur l pourquoi m'abandonnez-vous ?" Cette plainte de l'infortuné jeune homme peut être comparée à celle de saint | Laurent qui, ne pouvant se séparer du saint ™fl™, Pontife Sixte, lui disait avec une sainte ar- I V^S deur : " O mon Père ! où allez-vous sans :vp " votre fils? O prêtre saint ! où allez-vous \w\ " sans votre diacre ? Vous n'aviez jamais \gâ " coutume d'offrir le sacrifice sans votre
slÉJE " ministre "
Nï La prière de saint Viateur ressemblait
% trop a celle de saint Laurent pour ne pas
mériter dêtre exaucée de la même mani-
^ ère, et saint Just ressemblait trop à saint
Sixte, pour ne pas faire à son Lecteur la
même réponse que faisait à son Diacre ce
vénérable Pontife. Ainsi donc tout ému
et attendri des soupirs qui s'échappait
r, du cœur de cet enfant
chéri, Just lui dit:
=^ " -Ne vous trou-
Iggggjg^^ blez point*
mon fils, comme si vous étiez privé de toutes consolations, car dans peu 7'ous me suivrez.''
A ces paroles prophétiques, Viateur ne doute pas que sa mort soit très prochaine, et en rendant ses derniers devoirs de piété filiale au saint vieillard1 qui vient de le laisser orphelin, il se réjouit de pouvoir bientôt suivre dans la céleste patrie celui dont il s'est fait le compagnon inséparable, dans ce lieu de pèlerinage. En effet peu de jours2 après le décès de son vénéré père, il passa à une meilleure vie pour aller partager le bonheur de celui dont il avait si courageusement partagé les souffrances. Cette mort arriva le 21 octobre 389, jour où elle est marquée au martyrologe romain. Celle de saint Just avait eu lieu le 2 septembre précédent : on voit que la prophétie avait eu son parfait accomplissement. On peut donc appliquer à ces deux justes les touchantes paroles de l'Ecriture Sainte : " La mort des saints est précieuse devant le Ciel." f(C
Saint Just a pour dernière consolation -ij
1 Just était âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans, =^f selon le R. P. Gouilloud, S. J.
2 S'il faut en croire un hagiograple, Viateur serait mort sept jours après saint Just [Petrus de Xatalibus, lib. IX, 90) qui mourut le 2 septembre. Il paraît probable que la
mort de Viateur arriva 21 octobre 3S9
d'annoncer à son cher disciple que bientôt il le suivrait dans la bienheureuse éternité, et il expire entre ses bras. Saint Viateur, en récompense de son attachement, de son respect pour son évêque, a le bonheur d'entendre de sa bouche mourante, l'heureuse nouvelle que sous peu la mort lui ouvrirait le ciel. Puis il ferme les yeux à celui qui vient de le quitter, c'est vrai, mais pour quelques jours seulement, car il meurt bientôt dans les transports de la charité.
Saint Just et saint Viateur ayant été inséparables à la vie et à la mort, il convenait que leurs dépouilles mortelles le fussent aussi. Il est \\ croyable que leurs corps furent déposés en Egypte dans le même tombeau par les S, religieux de leur solitude qui, ayant enfin été instruits de ce qu'était saint Just, avaient conçu une haute idée de sa sainteté.
Quoi qu'il en soit, dès que les habitants
de Lyon eurent appris la mort de leur
bienheureux évêque, et de son pieux
Lecteur, ils voulurent avoir leurs corps
au milieu d'eux. Ils envoyèrent donc une
députation en Egypte pour chercher ce
précieux dépôt, qu'ils reçurent avec une
profonde vénération. Toutes
les démonstrations
ia- qui eurent lieu
=23=^ dans cette
solonelle occasion, prouvent que les Lyonnais conservaient à leur bon pasteur après sa mort, l'amour qu'ils lui avaient porté de son vivant. D'ailleurs, chaque ville ambitionne, avec raison, le bonheur de posséder les restes précieux de leurs saints évêques \
Quant à saint Viateur il ne pouvait pas être séparé de saint Just, son corps fut donc transféré en même temps que celui de saint Just et il eut une large part du triomphe et de la gloire décernés au pontife. Leurs corps rapportés en grande pompe, reçus avec des transports d'allégresse furent déposés dans l'Eglise des Machabées2 qui a pris, depuis, le nom de Saint-^ Just.
I! ne suffisait pas, dans les desseins de la
1 Antiochus "LtigJunum reversus eorum pretiosam in conspectu Domini promulgavit." Antiochus étant revenu à Lyon publia leur mort précieuse aux yeux du Seigneur. {Brev. lugdunense, die jôa octobris.)
2 Eglise peu distante de l'ancienne voie romaine qui conduisait à Narbonne, et ainsi nommée par allusion aux no-ubreux martyres qui venaient d'être immolés Z à cet endroit avec saint Irénée, leur pasteur. Edifiée par s-aint Zacharie, elle fut reconstruite sur de plus grandes proportions vers la fin du IVe siècle. Elle venait à peine d'être terminée lorsque les corps de saint Just et de saint Viateur arrivèrent à Lyon. C'est là que furent déposés ces restes précieux. Sidoine Apollinaire dit que c'était une basilique très vaste, basilica capacissima, entourée de nombreux portiques, cincta ^ iiffush porticibus. $3
iiff