‹ Vie de Sainte TérèsaChapitre 11 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Entrée au monastère de l'Incarnalion. — Noviciat, profession religieuse. — Elle tombe malade une seconde fois. — Nouveau séjour chez Mario de Cepeda, sa sœur; et chez son oncle , Pierre Sanchez de Cepeda. — Grâces dont Dieu la favorise.

Tandi^i que je méditais mon dessein, j'eus le bonheur de persuailer à l'un de mes frères (1). en lui montrant la vanité du monde, d'embrasser l'élal religieux. Ainsi il fut convenu entre nous qu'un jour, de grand matin, nous quitterions le toit paternel, et qu'il me conduirait au monastère où était cette amie pour laquelle j'avais une si grande atl'ection (2). Cependant, malgré le doux lien qui me rendait ce couvent si cher , je me sentais alors prête à entrer dans tout autre, si j'avais eu l'espoir

(1 ) Ce frère de sainte Térèse était Antoine de Ahumada. D'après lauteur de 17/i*toire générale des Carmea-Déchaussés , le R. P. François de Sainte-Marie , il s'enrôla sous la bannière de Saint-Dominique , au monastère de saint Thomas d'Avila , et ne larda pas ii recevoir le salaire de sa généreuse démarche. Dieu l'appela à lui tendis qu'il était encore dans toute la ferveur du noviciat. Cependant le grave annaliste ajoute que quelques->ms ont pensé qu'Antoine de Ahumada était entré chez les Iliéronymites.

(2) Ce jour si mémorable dans la vie de Térèse fut le 2 novembre 1 533 ; elle était âgée de dix-huit ans et demi. Après un an révolu , elle fit ses vœux solennels de religion , le 3 novembre 1534. Le monastère où elle entra était celui de l'Incarnation d'Avila, de l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel. La Sainte y a passé pre.sque la moitié de sa vie. Elle y entra , comme nous l'avons dit , en 4 533 , et y vécut 29 ans comme simple religieuse, c'est-à-dire, jusqu'à l'année 1562. Plus tard . quand déjà elle vivait dans la Réforme , elle y fut envoyée comme Prieure . et le gouverna pendant trois ans, de 1571 à 1574. — Voyez , à la fin du volume . les intéressants détails sur ce monastùre , note B.

VIK DE s. TÉRÈSE. ^

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d'y mieux servir Dieu , ou si mon père m'en eût témoigné le désir ; car déjà je cherchais sérieusement lehion de mon Ame, el , quant au repos de la vie , je n'en tenais nul compte.

Oui je dis vrai, et le souvenir en est encore tout vivant ; au sortir de la maison de mon père , mon âme éprouva la douleur d'une mystérieuse agonie. Je ne crois pas que la dernière heure me puisse réserver des angoisses plus cruelles. Je sentis tous mes os qui allaient se détacher les uns des autres. L'amour de Dieu n'étant pas encore assez fort , celui de mon père et de mes parents se réveillait plus tendre que jamais. Dansée combat , je luttais avec un suprême effort. Ah ! si Dieu , en ce moment, ne m'eût tendu la main, c'en était fait, toutes mes considérations étaient impuissantes, et je succombais vaincue ; mais il daigna relever mon courage , je triomphai de moimême, et j'exécutai mon dessein.

Le jour où je pris le saint habit , Dieu m'éclaira d'une vive lumière ; je compris combien il favorise ceux qui savent se vaincre pour le servir. Ma lutte intérieure n'avait été connue que de lui seul ; au dehors l'on ne voyait en moi qu'un inébranlable courage. A l'instant même où je me vis revêtue des saintes livrées de la vie religieuse , un bonheur si pur vint inonder mon âme, que rien n'a jamais pu l'altérer jusqu'à ce jour ; à une cruelle sécheresse qui me désolait , Dieu fit succéder le suave sentiment d'un tendre amour pour lui. Toutes les pratiques de la vie religieuse me devenaient une source de délices. Parfois il m'arrivait de balayer aux mêmes heures que je donnais jadis à mes plaisirs et à mes parures : alors, la seule pensée qu'enfin je n'élais plus esclave de ces vanités, répandait dans mon cœur une joie toujours nouvelle ; j'en étais étonnée et je ne voyais point d'où elle pouvait me venir.

Quand ce souvenir est présent , il n'est rien , ce me semble, de si difficile que je ne me sente le courage d'entreprendre. Que de fois j'en ai fait l'épreuve , et dans des choses importantes ! Lorsque , dés le commencement d'une œuvre sainte ,

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j'ai vaincu les résistances d'une nature lâche , toujours j ai eu à m'en applaudir. Quand on agit purement pour Dieu . il permet , afin d'accroître nos mérites , que l'âme éprouve je ne sais quel cftVoi , jusqu'au moment où elle aborde l'action : mais plus cet effroi est grand , plus aussi , quand elle en triomphe , elle embellit sii couronne , et plus elle rencontre de délices dans ce cjui lui semblait si ardu. Dès cette vie même , il plait au Divin Maître de payer cette grandeur de courage par des jouissances intimes, connues seulement des âmes qui en goijlent l'ineffable douceur. C'est pourquoi j'oserais dire , si j'avais à donner un conseil : Apprenez par mon expérience à n'écouter jamais les craintes de la nature, et à ne vous défier pas des bontés de Dieu , quand, à différentes reprises, il vous inspire quelque haut dessein. Si sa gloire en est l'unique terme, ne craignez pas qu'il ne réussisse , car ce grand Dieu est tout puissant ! qu'il soit béni dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

0 mon souverain bien , o charme suprême de ma vie, Divin Époux, nétait-ce donc pas assez des grâces dont vous m'aviez comblée jusqu'alors pour me liera vous par une chaîne éternelle ? Vous m'aviez conduite , par tant de détours . à un état si sûr ; vous veniez de m'ouvrir un asile , où vous comptiez tant (le fidèles servantes , dont re.\emple devait m'enflammer d'ardeur dans votre service. Dieu tout |)uissant, que pouvait faire de plus votre amour? Je ne sais comment poursuivre mon récit , (juanrl je me rappelle ma profession religieuse . mon grand courage , ma joie si pure en ce beau jour, et les noces spirituelles célébrées avec vous. Non , je n'en puis parler sans verser des larmes , mais ce devraient être des larmes de sang ; mon cœur devrait se fendre de regret , et ce ne serait pas trop, ô céleste Époux , pour effacer tant d'offenses commises depuis le jour témoin de mes promesses. Il me semble maintenant que j'avais raison de ne pas vouloir former des nœuds si saints , puisque je devais ainsi profaner ce litre auguste d'épouse. Pendant près de vingt ans , vous avez souffert une infidèle . et vous avez voulu être l'offensé pour recon-

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quérir enfin , par mon retour, vos premiers tiroils sur mon cœur. Ne dirait-on pas , 6 mon Dicn , qu'au pied du saint autel , je n'avais juré que de trahir tous mes serments? Sans doute, une telle intention n'était pas alors dans mon ûme , mais hélas ! à voir les œuvres qui suivirent , je ne sais plus qu'en penser. Du moins, ô mon Epoux , celte infidélité servira à faire mieux connaître qui vous êtes et qui je suis. Je puis le dire avec vérité : ce qui souvent adoucit le regret de tant d'ofîenses , c'est la pensée consolante qu'elles révèlent au grand jour la multitude de vos miséricordes. Et en qui , Seigneur, peuvent-elles resplendir d'une manière plus éclatante qu'en moi ? infortunée qui , par mes fautes , ai tant obscurci ces grandes grâces dont vous aviez enrichi mon âme ! Combien je suis à plaindre , ô mon Créateur ! Je n'ai aucune excuse , et toute la faute en retombe sur moi. Divin Amant, si par le plus faible retour, mon cœur eijt répondu à l'excès de votre amour, je le sens , je n'aurais pu aimer que vous , et ma fidélité aurait été sans tache. Mais hélas ! je ne l'ai point mérité , je n'ai pas eu ce bonheur ; il ne me reste , grand Dieu , qu'à implorer votre miséricorde.

J'étais au comble de mes vœux ; mais malgré tant de bonheur , ma santé ne résista point au changement de vie et de nourriture. Mes défaillances augmentèrent , et il me prit un mal de cœur si violent qu'il inspirait de l'effroi ; ajoutez à cela toute une complication de maux. C'est ainsi que je passai cette première année. Elle s'écoula pure , sans presque aucune offense du Seigneur. Mon mal était à un tel degré de gravité que j'étais presque toujours sur le point de m'évanouir : souvent même je perdais entièrement connaissance. Mon père , avec des soins incroyables , cherchait quelque remède ; les médecins de l'endroit n'en trouvant point , il ne balança point à me conduire dans un lieu fort renommé. Là , lui disait-on, ma maladie , comme tant d'autres, céderait à l'habileté du traitement. Le monastère où j'étais n'ayant pas de vœu de clôture, rien ne s'opposait au voyage. J'eus le bonheur d'avoir

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pour compagne celle inlime amie dont j'ai parlé, religieuse déjj ancionno. Mon séjour clans ce pays fut à [)cu près d'un an. Durant trois mois je me vis soumise, par la violence dcîs remèdes , à une cflVoyable torture : je ne sais comment j'ai pu y ré^istcr ; niais si l'àmc s'éleva au-dessus de la souffrance , le corps succomba . comme je le dirai , h un traitement d'une telle rigueur.

Les remèdes ne devaient commencer qu'au printemps , et je m'étais mise en route au commencement de l'hiver. Le village où habitait cette sœur dont j'ai parlé (I) , étant voisin de l'endroit où j'allais (2) , je restai tout ce temps chez elle; j'attendais ainsi le mois d'avril, et j'évitais les allées et les venues. Je revis en passant cet oncle dont la maison se trouvait ^ comme j'ai dit , sur notre chemin. Il me fit [)résent d'un ex<;ellent li\re qui avait pour litre ; Le troisième Abécédaire (3) ; c'était un traité de l'oraison de recueillement. J'avais lu , durant cette première année , plusieurs bons livres , et j'étais bien résolue de n'en plus lire d'autres désormais , comprenant trop le mal qu'il m'avaient fait ; j'ignorais néanmoins encore comment je devais faire oraison et me recueillir. Ce traité élémentaire me causa donc le plus grand plaisir ; et je résolus de suivre le chemin qu'il me traçait, avec toute l'application dont je serais capable. Comme déjà le Seigneur m'avait accordé le don des larmes et que la lecture faisait mes délices , je commençai à me ménager des heures de solitude , et à purifier mon âme par une confession plus fréquente. C'est ainsi disposée que j'entrai dans cette voie spirituelle , ayant ce livre pour guide et pour maître. Hélas !

(1) Marie de Cepcda , sœur atnéc do la Sainte.

{i] Ce lieu était Beccdas. Ce fut on 1535 , vers le mois de novembre , que la Sainte partit de son monastère de rincarnation , accompagnée de sa tendre amie Jeanne Suarez. Elle rest.i chez sa sœur Marie de Cepeda ju.squ'au mois d'avril 4 ôîtS , à Casteilanos do la Canada. Elle se rendit ensuite à Beccdas , appelé aussi Bczadas.

(3 L'auteur de cet ouvrage est le R. P. François do Osuna , do 1 Ordre dei Frères-Mineurs.

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pendant vingt ans , à dater de ce que je raconte , ce fut en vain que j'en cherchai un , je veux dire un confesseur qui m'entendit. Privée d'un tel appui , bien des fois je retournai en arrière , je fus môme exposée h me perdre entièrement. Un maître spirituel qui m'aurait connue, m'aurait aidé du moins à sortir des occasions dangereuses où je me suis trouvée.

Le Divin Maître voulut couronner mes premiers efforts, et durant les neuf mois que je passai dans cette solitude , il se montra prodigue de faveurs. Je n'étais pourtant pas aussi exempte de fautes que l'exigeait mon livre , je n'y aspirais pas même , parce qu'à mes yeux une si parfaite vigilance était chose presque impossible. Je veillais seulement avec une attention infinie à me préserver de tout péché mortel , et pliit à Dieu que je l'eusse toujours fait avec autant de perfection ! Mais pour les péchés véniels , je n'y regardais pas de si près , et ce fut là ce qui fit tant de mal à mon âme. A la fin de ces neuf mois , Notre-Seigneur , non content des délices qu'il m'avait fait savourer, daigna m'élever à Toraison de quiétude et quelquefois même jusqu'à celle d'union. L'une et l'autre m'étaient inconnues ; j'ignorais leur nature et leur prix ; il m'eût été cependant très-utile d'en avoir une connaissance exacte. A la vérité , cette union ne durait que très-peu , je ne sais même si c'était le temps d'un Ave Maria , mais la puissance d'effet que j'en ressentais était étonnante. Je n'avais pas vingt ans encore , et je foulais , ce me semble , sous les pieds, le monde vaincu. Je portais , il m'en souvient , une compassion profonde à ceux qui s'y trouvaient engagés même par des liens légitimes.

Voici quelle était ma manière d'oraison. Je tâchais, autant que je le pouvais , de considérer , d'une vue attentive , Jésus- Christ notre bien et notre Maître, comme présent au fond de mon âme. Chaque mystère de sa vie que je méditais , je me le représentais ainsi dans ce sanctuaire intérieur. Toutefois , je passais la plus grande partie du temps à lire de bons livres ; ils étaient le charme et le rafraîchissement de mon âme. Dieu ne

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m'a pas donné lo lalent do discourir avec renlendcmeril , ni celui de me servir avec fruit de l'imai^inalion. Celle dernière facullé est môme chez moi lellemenl inerle , que lorsque je voulais me peindre limage cl les irails de Noire-Seigneur, qu'à l'aide d'une foi vive je voyais présent dans mon ame, jamais , malgré tous mes elTorls , je n'ai pu en venir à bout.

A la vérité , l'âme qui ne peut discourir, si elle persévère , arrive bien plus vile à la conleniplalion.maissa voie est trèslaborieuse et très-pénible. Car, dès que la volonté ne se trouve pas occupée , et que l'amour ne se porte pas sur un objet présent , celte Ame demeure comme sans appui et sans exercice. La solitude et la sécheresse la font beaucoup souffrir , et les pensées lui livrent un terrible combat. A des âmes de celte trempe, il faut plus de pureté de conscience qu'à celles qui peU' vent agir avec l'enlendemcnl. Celles-ci s'appliquant à approfondir la vanité du monde , les bienfaits divins, les ineffables souffrances du Sauveur , leur peu de fidélité , la grandeur des dons qu'il réserve à ceux qui l'aiment, puiseni dans ces sujets divers des lumières et des armes pour se défendre contre les pensées , les occasions et les périls. Mais les personnes privées d'un tel secours se trouvent |)lus exposées ; c'est pourquoi , ne pouvant puiser en elles-mêmes aucune de ces pensées forles , elles doivent s'occuper beaucoup à la lecture. Leur voie étant semée de souffrances si cruelles , la lecluie , quelque couiie qu'elle soit, leur est très-utile, nécessaire même pour se recueillir et pour remplacer l'oraison mentale qu'elles ne peuvent faire. Que si le maître qui les dirige leur interdit l'usage du livre , cl les force à persévérer dans l'oraison sans ce secours , il leur sera impossible de lui obéir longtemps . et elles ne feront que ruiner leur santé en s'obstinanl à soutenir une lutte si pénible.

Je le reconnais maintenant , ce fut par une conduite particulière de Noire-Seigneur (|ue pendant dix-huit ans je ne trouvai aucun maître spirituel. Car, si au milieu du long tourment et des sécheresses que me faisait endurer l'impuissance de discourir, j'en avais rencontré un qui eût voulu m'enlever mes

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livres et m'aslreindie à l'oraison mcnlale , il m'aurait élé impossible d'y résisler.

Jamais , durant tout ce temps , excepté quand je venais de communier , je n'osais aborder l'oraison sans un livre. Sans lui . mon àine ('prouvait le môme effroi que si elle avait eu à lutter seule contre une multitude ennemie ; l'ayant à côté de moi . j'étais tranquille. C'était une compai^nie , c'était un bouclier sur lequel je recevais les coups des pensées importunes qui \enaient troubler mon oraison. D'ordinaire je n'étais point dans la sécheresse ; mais jamais je n'y échappais, quand je me trouvais sans ma ûdèle armure : soudain mon ame se troublait, et mes pensées s'égaraient. Avec mon livre je rappelais doucement ces fusilifs , et avec cette attrayante amorce , j'attirais, je gouvernais facilement mon âme. Souvent je n'avais besoin pour cela que d'ouvrir le livre ; quelquefois je ne lisais que quelques lignes ; d'autres fois . je lisais plusieurs pages ; c'était suivant la grâce que Notre-Seigneur m'accordait.

Dans ces heureux commencements , il me semblait qu'avec des livres et de la solitude, aucun danger n'aurait pu me ravir un si grand bien. Je crois même qu'avec la grâce de Dieu , il en eût été ainsi , si un guide spirituel ou quelqu'un enfin , m'eût éloignée ou du moins promplement retirée des occasions dangereuses. Une tentative ouverte du démon pour m'enlraîner à quelque péché grave , m'eût alors trouvée invincible. Mais sa lactique fut si subtile, et moisi faible, que toutes mes résolutions me servirent peu ; disons vrai cependant, elles me furent d'un secours immense pour supporter avec cette inaltérable patience que le Seigneur me donnait , les effrayantes maladies que j'eus à souffrir. Que de fois , en reportant la vue sur cette époque de ma vie , j'ai considéré , avec un délicieux étonnement , la bonté infinie de Dieu ! que de fois mon âme s'est délectée dans la contemplation de sa magnificence et de sa miséricorde ! qu'il soit béni de tant de bienfaits ! J'ai vu clairement que jamais il n'a laissé de me récompenser , dès cette vie même . du moindre désir formé pour sa gloire. Quel-

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<|iie tléfectiK'uscs il imparfaites que fussent mes œuvres, mon adorahlo Maître dai<j;nait les améliorer , les perfectionner, leur tionner de la valeur. Quant h mes fautes et à mes péchés, i' se hâtait de les couvrir d'un voile. Et maintenant il permet qu'un épais nuage les dérobe à la vue de ceux qui en furent témoins ; il fait plus, il les efface de leur mémoire, il Iransligure mes fautes jus(|u'à leur donner le pur éclat de l'or ; et il se plail à faire resplendir une faible vertu, que lui seul a mise en moi pour ainsi dire malgré mes résistances.

Je veux revenir à ce que l'on ma commandé d'écrire. Mais il faut que je le publie: si je devais raconter en détail cette conduite si tendre, si [)aternelle de Notre-Seigneur à mon égard , dans ces commencements, une pareille t^che serait au-dessus de mes forces. Il faudrait un autre esprit que le mien pour peindre , sous leurs vraies couleurs , d'un côté les innombrables bienfaits dont je me vis comblée , de l'autre une ingratitude et une malice qui purent les ensevelir dans l'oubli. Louange éternelle à ce Dieu de bonté , dont tant d'infidélité n'a pu vaincre la patience !

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