‹ Vie de Sainte TérèsaChapitre 13 sur 52 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Retour au monastère de 1 Incarnation. — Trois ans de souffrances. — Sa patience inaltérable, ses vertus. — Guérison obtenue par l'intercession de saint Joseph. — Excellence de la dévotion à ce grand Saint.

De ces quatre jours d'effroyable crise il me resta des tourments qui ne peuvent être connus que de Dieu. Ma langue était en lambeaux, à force d'avoir été mordue. N'ayant rien pris dans tout cet intervalle , faible d'ailleurs à ne pouvoir presque respirer, j'avais le gosier si sec qu'il se refusait à laisser passer môme une goutte d'eau. Je sentais tout mon corps comme disloqué, et de grands verligcs à la tête. Les nerfs s'étaient tellement contractés que je me voyais en quelque sorte ramassée en peloton. Voilà où me réduisirent ces jours d'indicible douleur. Je ne pouvais , sans un secours étranger , remuer ni bras , ni pied . ni main , ni tôte . j'étais aussi immobile que si la mort eiJt glacé mes membres ; j'avais seulement la force de mouvoir un doigt de la main droite. On n'osait en quelque sorte m'approcher ; tout mon cor[)s étant lamoiilablcment meurtri , je ne pouvais supporter le contact d'aucune main ; il fallait me remuera l'aide d'un dra[) que deux personnes tenaient chacune par un bout. Je restai ainsi jus(|ues à Pâques-Fleuries (1). Par bonheur , lorsqu'on me laissait tranquille, les douleurs venaient assez souvent à cesser. Un peu de repos goûté alors , était , à

(I] Cesl-u-dirc . jusqu'au dimanche des Rameaux de Tannée lo.î7

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mes yeux , un maiitl pas de fait dans la guérison , car je craignais que la patience ne vînl à m'échapper. Grande fui donc ma joie (juand je me vis délivrée de douleurs si aiguës el si conlinuellos. Par intervalles, j'en éprouvais néanmoins encore d'insupportables ; c'était quand une Cèvre double-quarte trèsviolente qui m'était restée , faisait sentir ses frissons. Je gardais aussi un [)rofond dégoût pour toute *^orte d'aliments.

Je voulus sur-le-champ retourner à mon menastère , j'en avais le plus ardent désir, je ne balançai point à m'y faire transporter. On reçut donc en vie, celle qu'on avait attendue morte . mais avec un corps dont l'aspect aurait inspiré moins de pitié s'il eût été privé de la vie. Il n'y a pas de termes pour peindre l'excès de ma faiblesse , il ne me restait que les os. Cet état , comme je l'ai dit , se prolongea plus de huit mois ; mais pendant près de trois ans je demeurai frappée de paralysie. Cependant un mieux insensible s'opérait , et lorsqu'à l'aide de mes mains je commençai à me traîner un peu contre terre , j'en rendais au Seigneur de vives actions de grûces. Au milieu de toutes ces soufTrances , ma résignation ne se démentit pas un instant ; je supportai même avec une grande allégresse les maux de ces trois années, trouvant qu'ils n'étaient rien en comparaison des douleurs et des tourments (jui avaient précédé. Enfin j'étais pleinement soumise a la volonté de Dieu , quand il lui aurait plu de me laisser ainsi jusqu'à mon dernier soupir. Si je désirais de guérir , c'était pour pouvoir me livrer à l'oraison dans la solitude, de la manière qui m'avait été enseignée, car dans l'infirmerie la chose ne m'était point facile. Je me confessais très-souvent. Mon bonheur était de [)arler de Dieu , toutes les religieuses en étaient édifiées , el elles ne |)0uvaient assez admirer la patience que le Seigneur me donnait. En effet , s'il ne m'eût soutenue de sa main . il eût été impossible d'endurer de si grandes douleurs avec un si grand plaisir.

Je sentais alors les heureux et puissants effets de celle grâce doraison que le Seigneur m'avait accordée. Par elle , je comprenais en quoi consistait son amour ; en peu de temps elle

tCimt l'Ail tl.LK-MI.Mh. li

avait fait germer en moi ces nouvelles vertus dont je \ais parler : si elles ne furent pas assez fortes pour me maintenir dans le sentier do la perfection , elles furent du nioinï. la sauvegarde de mon àrnc. Je ne disais le moindre mal de personne , j'étais au contraire dans l'habitude de jublilier ceux qui étaient l'objet de quelque délraction. Celle maxime élail toujours présente à mon esprit : Je ne devais ni me plaire à enlendie ni dire moi-même ce que je n'aurais pas voulu qu'on eût dit de moi. Fermement atlacliée à cette règle de conduite , je m'y montrais haijiluellemcnl fidèle ; parfois ce|iendanl , si l'occasion était prcssanle , il m'échappait quelque faute. Grâce à l'accent persuasif de mes |)aroles , les religieuses du monastère et les personnes du dehors, avec qui je conversais , contractèrent la même habitude. Le public en eut bientôt connaissance : là où j'étais, les absents, disait-on , étaient à couvert des traits de la médisance; ils trouvaient la même sûreté auprès des personnes qui tenaient à moi par l'amitié ou par les liens du sang, et qui se montraient dociles à mes leçons. Malgré cela, il nie reste un grand compte à rendre à Dieu du mauvais exemple que je leur donnais en d'autres choses ; plaise à sa divine Majesté de me le pardonner. Je fus cause , il est vrai , de bien des maux; mais , je dois aussi le dire, si j'ai eu à gémir sur quelques suites de ma vie imparfaite , mon inlcnlion fui néanmoins toujours droite.

L'oraison m'avait apporté en tribut d'autres biens : je sentais le désir de la solitude ; je me plaisais à parler de Dieu , et à m'enlretenir de lui. Dès que je pouvais nouer un pareil entretien , j'y trouvais plus de plaisir et de charmes que dans toute la prétendue [)olitosse des conversations du monde. Je me confessais et communiais bien plus fréquemment, et j'en avais une soif ardente. La lecture des bons livres faisait mes plus chères délices. M'arrivail-il de commettre quelque oficnse contre Dieu , mon cœur se brisait du plus vif repentir : bien des fois , je m'en souviens , je n'osais plus entrer en oraison ; je redoutais comme un grand diâtiment l'excès de la douleur que j'y devais

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éprouver, pour avoir offense un Dieu si bon. Ce hrisetnenl (Kcœur devint plus cruel encore dans la suite et me faisait endurer un tourment auquel je ne saurais rien comparer. Jamais cependant la crainte n'y eut la moindre part ; la cause unique était le souvenir des faveurs dont Dieu me comblait dans l'oraison , et la vue de l'ingratitude par laquelle je répondais à tant de bienfaits. Celait là ce qui m'accablait. Je me reprochais amèrement de répandre tant de larmes pour mes fautes , sans devenir meilleure; je m'attristais de voir toutes mes résolutions, tous mes efforts pour être fidèle, échouer devant la première occasion. Ces larmes me semblaient trompeuses . et me^ fautes paraissaient ensuite plus grandes à mes yeux , quand je considérais combien Dieu me faisait la grâce de les pleurer et de m'en repentir. Je tâchais de m'en confesser dans le plus bref délai, et je faisais, ce me semble, tous mes efforts pour retourner en grâce. Tout le mal venait de n'en pas couper la racine par la fuite des occasions , et du peu de secours que je tirais des confesseurs. S'ils m'avaient déclaré le danger de mes entretiens avec les personnes du monde , et l'obligation d'y renoncer , ils auraient , sans aucun doute , porté au mal un remède efficace ; car j'avais une telle iiorreuivdu péché mortel que jamais, en aucune manière , je n'aurais consenti à passer , sciemment , un seul jour exposée au danger de le commettre.

Tous ces heureux indices de la crainte du Seigneur en moi étaient autant de fruits de l'oraison ; je trouvais dans mon âme le plus sûr de tous, une crainte tellement absorbée dans l'amour que la pensée du châtiment ne s'offrait même pas à mon esprit. Durant ces graves maladies , je fus constamment très-attentive à veiller sur ma conscience pour écarter de moi jusqu'à lombre du péché mortel. Infortunée, je désirais la santé pour mieux servir Dieu . et elle fut la cause de tout le dommage qu'éprouva mon âiue. Me trouvant , si jeune encore . frappée de paralysie, et voyant le Iriste état où m'avaient réduite les médecins de la terre , je résolus de recourir à ceux du Ciel pour obtenir ma guérison. Elle était l'objet de mes

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désirs , mais sans tn'cnlever celle grande allégresse avec laquelle je su[)|)ortais mon mal : parfois môme il me venait en pensée que si le retour des forces devait me perdre, il valait inliniment mieux poui- njoi de rester ainsi, le ne pouvais néanmoins ôler de mon esprit , que rendue à I.» santé , je servirais le Seigneur avec un tiévouement beaucoup [)lus généreux. Ilélas 1 e est là une de nos illusions , de ne pas nous abandonner entièrement à la conduite de Dieu : il sait bien mieux que nous ce qui nous convient.

Pour rendre le Seigneur propice à mes vœux , je fis offrir l'adorable sacrifice de nos autels , et j'eus recours à des prières très-approuvées. Jamais je n'ai aimé, ni [)u souffrir certaines dévotions où entrent je ne sais quelles cérén)Onies , et où les femmes en particulier trouvent im attrait qui les trom|)e. l'ar le fait . on V a reconnu depuis un caractère superstitieux , cl on a dû les condamner, .'e pris pour a\ocat et pour protecteur le glorieux saint Joseph, et je me recommandai très-instamment à lui. Son secours éclata de la manière la plus visible. Ce tendre père de mon Ame , ce bien-aimé protecteur se hàla de me tirer de I état où languissait mon corps . comme il ma arrachée à des périls plus grands d'un autre genre, qui menaçaient mon honneur et mon salut éternel. Pour comble de bonheur . il m'a toujours exaucée au delà de mes prières et de mes espérances. Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé jusqu'à ce jour , qu'il ne l'ait accordé. Quel tableau je mettrais sous les yeux , s'il m'était donné de retracer les grâces insignes dont Dieu m'a comblée, et les dangers , tant de l'âme que du corps, dont il m'a délivrée |)ar la médiation de ce bienheureux Saint ! Le Très-Haut donne seulement grâce aux autres Saints pour nous secourir dans tel ou tel besoin. Mais le glorieux saint Joseph . je le sais par expérience , étend son pouvoir à tous. Notre-Seigneur veut nous faire entendre par là , que . de même (|u'il lui fut soumis sur cette terre d'exil , reconnaissant en lui l'autorilé d'un père nourricier et d'un gouverneur, de môme il se plail encore à faire sa volonté dans le ciel , en exauçant

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toutes SCS demandes. C'est ee qu'ont vu cuniiue moi , par expérience, d'autres personnes auxquelles j'avais conseillé de se recommander à cet incomparable protecteur ; aussi le nombre des ;\mcs (|ui l'honorent commcnce-l-il à être {^rand, et les heureux effets de sa médiation confirment de jour en jour la vérité de mes paroles. Je déployais pour sa fête tout le zèle dont j'étais capable, plus par vanité c|uc par esprit intérieur. Je voulais qu'elle se célébrât avec la pompe la plus solennelle , et avec la plus élégante recherche. En cela mon intention était droite , il est vrai , mais voici le côté fâcheux : au moindre petit bien accompli avec le secours de la grâce divine , je mêlais des imperfections et des fautes sans nombre, tandis que pour le mal , la recherche et la vanité, je trouvais en moi une adresse et une activité admirable. Plaise au Seigneur de me le pardonner 1 Connaissant aujourd'hui par une si longue expérience l'étonnant crédit de saint Joseph auprès de Dieu , je voudrais persuader à tout le monde de l'honorer d'un culte particulier. Jusqu'ici j'ai toujours vu les personnes qui ont eu pour lui une dévotion vraie et soutenue par des œuvre? , faire des progrès dans la vertu ; car ce céleste protecteur favorise, d'une manière frappante, l'avancement spirituel des âmes qui se recommandent à lui. Déjà depuis plusieurs années , je lui demande le jour de sa fête une faveur particulière, et j'ai toujours vu mes désirs accomplis. Si par quelque imperfection . ma demande s'écartait tant soit peu du but de la gloire divine , il la redressait admirablement, dans la vue de m'en faire retirer un plus grand bien.

Si j'avais autorité pour écrire , je goûterais un [)laisir bien pur à raconter , (lans un récit détaillé , les grâces dont tant de personnes sont comme moi redevables à ce grand Saint. Mais pour ne pas sortir du cercle où l'obéissance m'a renfermée , je devrai , contre mon désir, passer rapidement sur certaines choses ; sur d'autres je serai peut-être trop longue, tant je suis inhabile à rester dans les limites d'une parfaite convenance. Je me contente donc de conjurer, pour l'amour de Dieu, ceux

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. qui ne me croiraient pas.dcn faire l'épreuve ; ils verront par expérience combien il est avantageux dese rcjomnianderà ce f^loricux patriarciic , et de l'honorer d'un culte particulier. Les personnes d'oraison surtout devraient toujours l'aimer avec une filiale tendresse. Je ne comprends pas comment on peut penser à la Reine des Animes et à tout ce qu'elle essuya de tribulations durant le bas àçe du divin Enfant Jésus , sans remercier saint Joseph du dévouement si parfait avec lequel il vint au secours de I un et de l'autre. Que celui qui ne trouve personne pour lui enseigner l'oraison . choisisse cet admirable Saint pour niaîlre , il n'aura pas à craindre de s'égarer sous sa conduite. Plaise au Seigneur que je ne me sois pas égarée moimôme en portant la témérité jusqu'à oser pailer de lui ! Je publie, il est vrai, le culte particulier dont je l'honore (1) ;

(I, Une des gloires de la mission providentielle de sainte Térèse dans ces derniers siècles , a été de propager le culte de saint Joseph dans toute l'Église catholicjue.

« Sainte Térèse. dit le célèbre Patri.cnani , a été une étoile des plus resplendis- » santés , un des plus beaux diamants do la couronne de saint Joseph. Elle a été » choisie de Dieu pour étendre son culte dans le monde entier , et pour mettre en » quelque sorte la dernière main à ce grand ouvrage. » — Dévot, à saint Joseph , liv. I , chap. XI.

C'est elle qui a fait bâtir le premier temple chrétien en son honneur. Les BoUandistes parlent bien de chapelles érigées è ce grand Saint ; ils citent en particulier colle qui lui fut consacrée au x v« siècle dans l'église de Saint-Agricole à Avignon , et celle qu'on lui dédia à Rome dans l'église de Sainte-Maric-aux-Martyrs, l'an f5A8. Mais ces savants investigateurs, en remontant l'antiquité chrétienne , ne semblent pas avoir trouvé de tmce d'aucune église dédiée a saint Joseph. Celle de saint Jose|)h d'Avila, berceau de la Réforme du Carmel , parait donc avoir été la première. Sur di.x-sept monastères que sainte Térèse fonda après celui d'Avila , il n'y en a que cinq qui ne soient pas dédies à saint Joseph ; mais elle implantait dans tous son culte , les mettait tous sous sa garde , et faisait toujours placer au-dessus d'une des portes la statue de ce glorieux protecteur. De plus , comme on le lit dans les informations juridi(|ues pour sa canonisation , elle mil de ses mains, h la porte d'entrée de tous ses monastères , l'image de la sainte Vierge et do saint Josejjh fuyant en F^gypte , avec cette inscription ;

PAIPERI SI VIT.KM GERIMIS , SED Ml'LTA BONA HABEBIMIS , SI TIMl KBIMl S DEl M. —

Tobiœ , IV , 23.

« Nous menons une vie pauvre , mais nous posséderons de grands biens . si nous » craignons Dieu. »

Dans tous ses écrits perce cette tendre et filiale dévotion ((u'clle avait pour .saint Joseph , et par la ravissante naïveté de ses paroles enflammées , elle la conimuni- «juc à l'ùme du lecteur.

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mais pour les actes (enJanl à le glorilier , et |)uui' l'imiluliuii (le ses veilus , je suis toujours restée bien en arrière. Kntin . il Gt éclater h mon égard sa puissance et sa honte : grâce à lui . je sentis renaître mes forces, je me levai , je marchai , je n'étais plus frappée de paralysie ; mais hélas ! je neûsque trop tôt connaître toute la profondeur de ma misère , en faisant un mauvais usage d'un tel bienfait.

Après tant de faveurs , aurait-on pu me croire si voisine d'une chute ? Quoi ! après avoir reçu de Dieu des vertus qui m'excitaient à le servir . après m'ôtre vue aux portes de la mort et en si grand danger de me perdre , après avoir été ressuscitée corps et âme à la grande stupeur de tous ceux qui me virent , tomber si tôt et devenir infidèle ! Quel est ce mystère , Seigneur ? et de combien de périls est semée cette triste vie ! Au moment où je trace ces lignes , je pourrais, ce me semble.

Dans ses admirables avis , elle dit : « Quoique vous honoriez plusieurs Saints » comme vos protecteurs , ayez cependant une dévotion toute particulière envers 1) saint Joseph , dont le crédit est si grand auprès de Dieu. » — Avis 65.

La séraphique Térèse a légué à son Ordre tout entier les saintes ardeurs de son zèle pour la gloire de saint Joseph. A son exemple , le Carmel n'a cessé de travailler à étendre son culte , et on peut dire qu'il a rivalisé de zèle avec l'ancien Carmel , auquel Benoît XTV décerne cette palme : « C'est lui , dit ce grand Pape , qui , d'après le sentiment commun des érudits, a fait passer d"Orient en Occident la louable coutume d'honorer saint Joseph du culte le plus solennel. »

« Qucm constat , e communi eruditorum sententia , ab Oriente in Occidentem I) Iranstulisse laudabilem consuetudinem prœstandi amplissimum multuni S. Jose- » pho. » — De liealif. et Canoniz. , lib. iv . part, ii , c. xx , n. 17.

A la fin du xviii' siècle , on comptait déjà dans l'Ordre seul du Carmel , plus do 150 églises sous l'invocation de saint Joseph.

Dès que sainte Térèse eut levé la bannière , tous les Ordres religieux tra\aillèrent h lenvi à proposer ce culte. Bientôt . de tous les points du monde catholique . on invo(iua le glorieux saint Joseph et on se pressa autour de ses autels.

Par cette page céleste où la plume séraphique a tracé l'éloge de saint Joseph , Térèse donna comme le signal et ouvrit la carrière aux écrivains. Que de livres , depuis lors, offerts à la piété, et qui ne sont qu'un [)ieux ou savant commentaire de ce qu'elle a écrit ! Et afin que rien ne manque sous ce rapport , le prince des orateurs sacrés dans ces derniers siècles , Bossuet , dans d'immortels panégyriques , a parlé des grandeurs de saint Joseph , avec toute la majesté et toute la hauteur de langage des anciens Pères de l'Eglise.

C'est donc à sainte Térèse qu'appartient la gloire d'avoir porté un culte si cher à la piété catholique , à ce degré do splendeur et d'universalité où nous le voyons aujourd'hui.

KOUlIt l'.\!l ELI.E-MLMK. / /

■ i;ràcc à voire bonté cl à voire miséricorde , dire comme saiiU Paul . sinon avec autant de perfection du moins avec la môme xérilé. Ce n'est plus moi qui vis. Vous seul , ô mon adorable ("réaleur, vivezdaiis mon àme, si j'en juge parla tendre sollicitude avec laquelle , de|)uis quelques années , vous me tenez do votre main ; si j'en crois à des désirs et h des résolutions dont plus d'une l'ois dans ces derniers temps, la sincérité a été prouvée par des œuvres. Ah ! sans doute il doit m'écliapper, sans le connaître, bien des offenses contre votre Majesté ; mais dans l'intime de mon Ame je trouve une ferme résolution de ne blesser en rien votre volonté sainte, l'our votre amour , je me sens prête à tout entreprendre , à tout exécuter avec courage ; et iléjà dans certaines entreprises, vous m'avez soutenue , vous a\ez couronné mes efforts par le succès., Je n'ainu» ni le monde . ni rien de ce qui est à lui. Vous seul , ô mon l)i<Mi, êtes le bonheur de mon âme, et hors de vous, tout m'est une pesante croix. Je puis me tromper , et de tels sentiments sont peut-être loin de moi. Vous m'en êtes cependant témoin, ô mon Maître : je .'îonde mon cœur, et il me dit que je ne mens pas. Je tremble néanmoins et avec beaucoup de raison de me voir encore abandonnée de vous. Je sais combien faible est mon courage , je connais mon peu de vertu ; pour ne pas vous devenir infidèle . j'ai besoin de sentir sans cesse votre secours et ra|)|)ui de votre main. Kn ce moment même, ne suis-je pas abandonnée de vous ? mes sentiments ne me ti"ompenl-i!s j)as ? Ah ! je vous en conjure , ne le permettez point , () Dieu de bonté ! Je ne sais quel attrait peut avoir pour nous une vie où tout est si incerlain.il me semblait impossible. mon tendre Maître . de jamais me voir si loin de vous. Mais comme je vous ai si souvent délaissé , je ne puis me défendre d'un sentiment de crainte. Hélas, à peine étiez-vous tant soit peu éloigné de moi . je faisais les plus tristes chutes. Soyez éternellement béni de celle ineffable clémence dont vous avez usé à mon égard ! Je vous abandonnais , et vous , loin de m'abandonner entièrement , vous me tendiez sans cesse la main pour me donner la force de me relever. Souvent . Seigneur ,

78 VIE ni". SAINTE TÉnÈSE ÉCRITE PAR ELLE-MÊME.

je la repoussais , cl je ne voulais pas entendre votre voix qui me pressait avec tant d'amour de revenir.

Ce que je vais dire sera la preuve de la vérité de ces dernières paroles.

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