‹ Vie de Sainte TérèsaChapitre 2 sur 52 · VI .\VKUIIS>KMK.\r · texte numérisé non relu

VI .\VKUIIS>KMK.\r

Knlin . dans la Huile de canonisation , (irégoirc XV , saclrcssant à toute l'Eglise, prononce ce jugement solennel, tt Outre tous ces présents de sa divine muniBcence dont le « Tout-Puissant voulut orner son Kpouse bien-aimée comme « d'autant de précieux joyaux , il se plut encore à l'enrichir « avec largesse [>ar d'autres grâces et par d'autres dons ; il la « remplit de l'esprit d'intelligence , afin que non-seulement « elle laissât dans l'Eglise de Dieu les exemples de ses vertus, « mais qu'elle l'arrosât en même temps par autant de sources « fécondes de la divine sagesse , qu'elle nous a légué d "écrits « sur la théologie mystique et sur d'autres sujets ; écrits em- « preints de la plus éminenle piété , dont les fidèles retirent « les fruits les plus abondants . et qu'ils ne sauraient lire sans « sentir s'allumer dans leurs 5mcs un désir ardent de la céleste (( patrie. « Priuler haîc omnia divinte beneficentiœ munera , <( quibus hanc dilectamsuam quasi pretiosis monilibusdecora- « tam osse voluit Omnipotens , aliis eliam gratiis et donis « abunde ipsam locupletavit : adimpicvit cnim cam spiritu «< inlelligentiaî , ut non solum bonorum opcrum in Ecclesia « Dci exempla relinqueret , sed et illam cœleslis sapientiaB « imbribus irrigaret , editis demystica iheologia aliisque etiam « multa pielale refertis libellis ; ex quibus fidelium mentes « ubcrrimos frnctus percipiunt . et ad supernee patria) desi- « derium maxime cxcitanlur. »

Catholique , qui que vous soyez , vous pouvez maintenant ouvrir les écrits de sainte Térèse; l'Eglise , votre Mère, vient de vous dire ce qu'ils sont : vous savez à l'avance que vous y trouverez une doctrine céleste, que vous en retirerez les fruits spirituels les plus abondants . enfin que votre âme s'y embrasera du désir du Ciel. Toile , lege ; prenez le livre et lisez (1).

(Ij Conf. S. Aug., lib. VIII , vi}]>. xii.

Dl TRADUCIEL'R. VIF

Depuis près de trois siècles les paroles du Vicaire de Jésus- Christ s'accomplissLMit : les ouvrages de sainte Térèse exercent un apostolat fécond dans l'Kglise , et ils l'exerceront jusqu'à la fin des temps.

De tels ouvrages sont une propriété sacrée de l'Eglise et le trésor de tous les fidèles. La doctrine qu'ils renferment élant émanée du Ciel, ils sont dignes du plus profond respect. De là l'obligation pour quiconque les imj)rime ouïes fait passer dans une autre langue, de les reproduire dans leur intégrité : la gloire de Dieu , l'Kglise , la vérité le demandent. Muliler un pareil texte ou en altérer la doctrine serait une sorte de profanation. Mais s'il en est ainsi, quel catholique en France ne sera profondément conlrislé, en acquérant la certitude que la traduction qui a cours parmi nous depuis deux siècles (1 ) se trouve

(I) Nous désignerons ici la traduclion des œuvres de sainte Tcrése par Robert Arnauld-d'Andilly , publiée à Paris en 1670. Robert Arnauld-d'Aiulilly , conseiller d'étal , naquit en 1589. Celui de ses oncles qui fit son éducation politique , Isaac Arnauld , était calviniste , comme Robert lui-même l'atteste dans ses mémoires. {Mém. d'Arnauld-d'Andilly , part. I , pag. 31.) Les membres de la famille des. Arnauld qui professèrent le calvinisme à Charenton furent nombreux : on en peut voir les noms dans l'ouvrage intitulé : La Vérité sur les Arnauld, par Pierre Varin, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal , toni. I, notcB, page .3.37. Robert Arnauld-d'Andilly fut un des plus fermes soutiens et un des plus ardents propagateurs du jansénisme. Lié de bonne heure , comme le déclare Lancelot dans ses mémoires^ avec le célèbre abbé de Saint-Cyran , il fut un de ses plus puissants auxiliaires. {Mém. de Lancelot, tom. I , pag. 281 , et Mém. d'Arn.-d'Andilly , part. I , page 147.) Ils travaillèrent l'un et l'autre avec une infatigable ardeur à étendre la secte. Le premier exerçait son prosélytisme à la Cour ; le second dans le clergé , et , de préférence, au sein des Congrégations religieuses. Vers l'année 1644, selon l'opinion la plus répandue , en 1646 , comme le démontre l'auteur de la vérité sur les Arnaud , Robert quitta le monde pour se retirer dans le boulevard du jansénisme, c'est-à-dire , dans la solitude de Port-Royal , où étaient déjà entrés sa mère , le plus célèbre de ses frères Antoine .\rnauld , six de ses sœurs , cinq de ses neveux , trois de ses cousines germaines , et où entrèrent deux de ses fils et six de ses filles. Quoique Robert Arnauld-d'Andilly fût le patriarche de la secte, il n'en fut pas néanmoins le héros. Le porte-étendard et le chef fut son frère le Docteur Antoine Arnauld , moins âgé que lui de viiij;t-trois ans. Ce fut à Antoine que les sectaires et leurs amis décernèrent le nom de (îrand , titre bien tristement conquis, puisqu'il fut moins le prix des taleats que de « cette inébranlable obstination dans l'erreur , » de cet invincible et systématique mépris de l'autorité , caractère éternel de la

vin AVERTISSKMKNT

empreinte de la double tache que nous venons de signaler ? Malheureusement le fait n'est que trop facile à démontrer.

Et d'abord le texte de sainte Térése se trouve tronqué dans la traduclion de 1 C70. Le traducteur, au lieu de suivre les éditions les plus fidcles d'Espagne . a suivi , comme il le déclare , l'édition espagnole d'Anvers. Or, dès l'année 1644, l'auteur de l'Histoire Générale des Carmes Déchaussés, François de Sainte- Marie, flétrissant au nom de son Ordre les retranchements que l'on avait fait subir au lexie de sainte Térèsedans le Livre des Fondations imprimé successivement à Bruxelles et à Saragosse, déplorait qu'il eût été imprimé à Anvers avec les mêmes mutilations ; et il signalait l'édition entière d'Anvers comme mutilée , renfermant des passages falsifiés , et indigne des presses du successeur du célèbre Plantin(l). En effet, sans [)arler des passages falsifiés , cette édition avait supprimé, dans le Livre des Fondations , plus de la moitié du chapitre X et le chapitre XI tout entier ; ce qui constitue , selon la remarque des Bollandistes, une partie notable de l'ouvrage.

Ainsi donc le traducteur . en suivant une édition tronquée, désavouée par l'Ordre des Carmes , n'a présenté au public qu'un texte tronqué, et même falsifié. Il va plus loin ; par un de ces artifices oîi le sectaire se décèle , il mutile cette édition tronquée elle-même, quand l'esprit de sa secte le demande. On va en voir la preuve.

>' secte , » suivant l'expression du comte de Maistre. Antoine Arnauld , comme le f;iit observer le même écrivain , soutint jusqu'au dernier soupir ce caractère de révolte contre l'Eglise. « Mourant h Bruxelles plus qu'octogénaire , il veut mourir » dans les bras de Quesnel , il l'appelle à lui ; il meurt , après avoir protesté dans » son testament , qu'il persiste dans ses sentiments. » 'M. de Maistre, Eglise Gall., liv. I , chap. 9.) La carrière de Robert no fut pas moins longue : né en 1 589 et mort en 1 674 , il avait plus de quatre-vingts ans quand il publia , en 1 670 , la traduction de sainte Térèsc. Ce fut un de ses derniers ouvrages.

l'I) Histoire Générale des Carmes Déchaussés , par le R. P. François de Sainte- Marie, traduite en français par le R. P. Gabriel de la Croix. Liv. VI, chap. vin et x.

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