‹ Vie de Sainte TérèsaChapitre 34 sur 52 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Elle reprend la suite do sa vie. — Vision intcUecluclle où elle connaît que Jésusc;hrist est aujinés d'elle. — Manière admirable dont Notre-Scigncur lui parle et l'instruit sans paroles, mais par lumière infuse. — Prix de ces grâces; aveuglement du monde. — Particularités sur la vie et sur la mort de saint Pierre d'Alcantara.

Je reviens à la relation de ma vie ; j'étais, comme je l'ai dit , sous le poids de celte affliction causée par tant de peines, et l'on priait beaucoup pour moi , afin qu'il plijt au Seigneur de me conduire par un autre chemin , puisque celui-là était , disait-on , si suspect. Je le lui demandais instamment et je \oulais en avoir le désir ; mais , à dire vrai , à la vue du progrès si sensible de mon âme, ce désir m'était impossible, quoiqu il fôt constamment l'objet de mes demandes; il n'avait quelque entrée en mon cœur qu'en certains moments où j'étais accablée de ce qui m'était dit et des craintes qu'on m'inspirait. Je voyais le changement complet qui s'était opéré en moi ; l'unicjue chose en mon pouvoir était de m'abandonner entre les mains de Dieu ; il savait ce qui me convenait , je le conjurais de dis[)0ser absolument de moi selon sa sainte volonté. Je voyais que par cette voie j'allais au Ciel el qu'auparavant j'allais en enfer ; (juel motif avais-je donc d'en désirer une autre, et de croire que c'était le démon qui m'y avait fait entrer? Pour avoir ce désir el faire entrer celle pensée dans mon esprit . il n'était pas d'efforts que je ne fisse , mais toujours en vain. J'offrais à Dieu , dans celte vue , mes bonnes

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œuvres ; jo conjurais les Saints aux(|iicls j'avais une dévolion particulière de cnc défendre contre le démon. Je faisais des neuvuines, je me recommandais à ^aint Hilarion et à l'Archanjie <ainl Michel . que j'invoquai dès lurs avec un redoublement de confiance ; j'imporlunaij plusieurs autres Saints pour que Notre-Seigneur, fléchi enfin par eux , daignât manifester la vérité. Or, au bout de deux ans , |)end&nt lesquels je n'avais cessé, de concert avec d'autres |)ersonnes, de demander au Seigneur, ou qu'il me conduisit par un autre chemin , ou qu'il daignât , puisqu'il me parlait si souvent , faire connaître la vérité , voici ce qui ra'arriva.

Le jour de la fête du glorieux saint Pierre , étant en oraison , je vis , pour mieux dire , car je ne vis rien ni des yeux du corps ni de ceux de l'àme , je sentis près de moi Notre- Seigneur Jésus-Christ , et je voyais que c'était lui qui me parlait. Comme j'ignorais complètement qu'il put y avoir de semblables visions , j'en conçus une grande crainte au commencement , et je ne faisais que pleurer. A la vérité, dès que cet adorable Maître me disait une seule parole pour me rassurer, je demeurais comme de coutume , calme , contente , et sans aucune crainte. Il me semblait qu'il marchait toujours à côté de moi ; néanmoins , comme ce n'était pas une vision imaginaire , je ne voyais pas sous quelle forme. Je connaissais seulement d'une manière fort claire qu'il était toujours à mon côté ; qu'il voyait tout ce que je faisais ; et pour peu que je me recueillisse ou que je ne fusse pas extrêmement distraite, je ne pouvais ignorer qu'il était près de moi.

Je m'en allai aussitôt , quoiqu'il m'en coûtât beaucoup , le dire à mon Confesseur. Il me demanda sous quelle forme je le voyais. Je lui dis que je ne le voyais pas. Comment donc, répliqua-t-il , pouvais-je savoir que c'était Jésus-Christ ? Je iui dis que je ne savais pas comment , mais que je ne pouvais ignorer qu'il fût près de moi ; je le voyais clairement , je le sentais; le recueillement de mon âme dans l'oraison était plus |)rofond et plus continuel ; enfin il était évident que celte divine

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présence produisait en moi des effets bien différents de ceux (|ue j'éprou\ais d'ordinaire. J'avais recours à diverses comparaisons pour me faire comprendre ; mais , à mon gré, il ne s'en trouve cerlainomenl aucune qui ait beaucoup de rapport à une vision de ce genre. J'ai su depuis qu'elle est de l'ordre le plus élevé. C'est ce (jui m'a été dit par un saint homme , fort spirituel , je veux dire le Frère Pierre d'Alcantara dont je parlerai plus au long dans la suite , et par d'autres grands savants ; ils ont ajouté que de toutes les visions c'est celle où le démon peut avoir le moins d'accès. Ainsi rien d'étonnant que de pauvres femmes sans science , comme moi . manquent de termes pour l'exprimer; les doctes . sans nul doute, en donneront pins facilement rintelligpncc. Que si je dis que je ne vois Notre-Seigneur ni des yeux du corps ni do ceux de l'âme , attendu que la vision n'est point imaginaire . on me demandera sans doute comment je puis savoir et affirmer qu'il est près de moi avec plus d'évidence que si je le voyais de mes ()ropres yeux. Je réponds que c'est comme quand une personne aveugle ou dans une très-grande obscurité n'en peut voir une aulre qui est auprès d'elle ; toutefois ma comparaison n'est point exacte , elle n'exprime qu'un faible rap- [lort . car la personne dont je parle acquiert par le témoignage des sens la certitude de la présence de l'autre . soit en la louchant , soit en l'entendant |)arler ou se remuer. Dans cette vision il n'y a rien de cela; |)oint d'obscurité pour la vue; Notre-Seigneur se montre présent à l'ùme par une connaissance plus claire que le soleil. Je ne dis pas qu'on voie ni soleil , ni clarté , non ; mais je dis que c'est une lumière qui , sans qu'aucune lumière frappe nos regards , illumine l'entendement, afin que l'âme jouisse d'un si grand bien. Celte vision porte avec elle de très- précieux avantages.

Ce n'est pas comme une présence de Dieu qui se fait souvent sentir , surtout à ceux qui sont favorisés de l'oraison d'Union et de Quiétude ; l'âme ne se met pas plutôt en prière qu'elle trouve , ce semble , à qui parler ; elle comprend qu'on

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récoutp , |i;ir les eftels inti'ricMjrs de i^rricc (juVIIc rt'SM'nl , par un artlcnl amour . uni' foi vivo . de l'ermos rôsolulioiis cl une grande tendresse spiriluelle. Celte grâce est sans doute un grand don de Dieu . et ceux (|ui la riçoivenl la doivent cxirùmeuicnl estimer , parce que c'est une oraison irès-élcvée ; mais ce n'est pas une vision. Les effets seuls indiquent la présence de Dieu ; c'est une voie par laquelle il se fait scniir à l'Ame. Mais dans la vision dont je parle , on voit clairement que Jésus-Christ , Fils de la Vierge , est là. Dans la double oraison mentionnée , certaines influences de la Divinité se rendent sensibles ; ici , outre ces influences , l'àme voit que la très-sainte Humanité de Notre-Seigneur nous accompagne , et qu'elle a la volonté de nous favoriser de ses grâces.

Le Confesseur m'adressa celle question : Qui vous a dit que c'était Jésus-Christ ? Lui-même, plusieurs fois . répondis-je ; mais avant qu'il me l'eût dit , c'était déjà imprimé dans mon entendement ; antérieurement à celte impression , il me le disait , et je ne le voyais pas. J'ajoutais pour me faire comprendre : Si étant aveugle ou dans une obscurité profonde , j'étais visitée par une personne que je n'aurais jamais vue , mais dont j'aurais seulement entendu parier , pour croire que c'est elle il me suffirait qu'elle me le dît ; mais je ne pourrais pas l'affirmer avec autant d'assurance que si je l'avais vue. Dans celle vision, je le puis ; sans se montrer sous une forme sensible , Notre-Seigneur s'imprime dans l'entendement par une connaisance souverainement claire , qui exclut le doute. Il veut que celte connaissance y demeure si profondément gravée qu'elle produise une certitude plus grande que le témoignage des yeux ; car , pour ce qui frappe notre vue , il nous arrive quelquefois de douter si ce n'est point une illusion. Ici le doute peut bien se présenter au premier instant , mais il reste d'autre part une ferme certitude que ce doute est sans fondement.

Ainsi en est-il d'une autre manière par laquelle Dieu enseigne l'âme , et lui parle sans paroles en la façon que je viens

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(lo (lire, (l'est un liingag(; tollomeat du Ciel (juc nul cfroit humain ne le peut faire comprendre, si le Divin Maître ne nous l'enseigne par expérience. Il met bien avant dans l'intime de l'Ame ce qu'il lui veut faire entendre; et là il le lui présente sans image , ni forme de paroles, mais par le même mode que dans la vision dont je viens de parler. Et que l'on remarque bien cette manière par laquelle Dieu fait entendre à l'âme ce (ju'il veut , tantôt de grandes vérités, tantôt de profonds mystères ; car souvent , lorsque Notre-Seigneur m'accorde une vision et me l'explique , c'est de celte sorte qu'il m'en donne I intelligence. A mon avis , c'est là que le démon trouve le moins d'accès ; voici mes raisons ; si elles ne sont pos bonnes, c'est moi qui me trompe apparemment. Cette vision et ce langage sont quelque chose de tellement spirituel , qu'il n'y a ni dans les puissances de l'àme , ni dans les sens, aucun mouvement où le démon puisse trouver [)rise. A la vérité , ce Ravissement simultané des puissances et des sens , qui leur enlève tout mouvement pro|)re , ne se manifeste que de temps en temps, et il est de courte durée; souvent les puissances ne sont point suspendues, ni les sens ravis . mais conservent parfaitement leurs opérations naturelles. Ce Ravissement complet et général n'a pas toujours lieu dans la Contemplation , il est même fort rare ; mais dès (ju'il existe , je le répète , il n'y a plus de notre part aucune opération , aucun acte , et Dieu fait tout en nous (i). l'ar ce langage divin , la vérité nousc^t infuse de la môme manière que se trouverait en nous un aliment que nous n'aurions pas mangé , ignorant par quelle voie il nous a été incorporé , mais bien certains du fait. H y a néanmoins cette différence : ici la nature de l'aliment nous resterait inconnue , ainsi que celui qui l'a mis en nous , tandis que pour cette vérité infuse je sais ce qu'elle est . et qu'elle me vient de Dieu; seulement j'ignore comment il l'a mise en moi, car je ne l'ai point vu , je ne puis le comprendre, mon ûme n'en avait jamais eu le désir, ilnem'était pas môme venu dans l'esprit que cela pût être.

Ij C'ost cv que la Sainto arfirmo iii iiliisieurs endroits : au cliap. XXV , pag<; i82 ; au cliap. XX . papn 295 . .<tP.

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Dans ces paroles dont j'ai traité |)récédcmmcnl (1) , Oicn rend rontendcmcnl malgré lui attentif à C(M|u'il lui dit. Donnant à l'unie comme une faculté nouvelle d'entendre , il la force à écouler et l'empôche de se distraire. Elle est à peu près comme une personne d'une ouïe excellente . à laquelle on parlerait de très-près et à haute voix , sans lui permettre de se boucher les oreilles: bon gré, mal gré, il faudrait qu'elle entendît. Toujours serait-il vrai qu'elle fait quelque chose, puisqu'elle est attentive à ce qu'on lui dit. Mais ici l'ùme ne fait absolument rien , elle ne prête môme pas ce petit concours qui consiste à écouler. Sans aucun travail d'attention , elle trouve en elle la vérité, elle l'y trouve infuse , en sorte qu'elle n'a qu'à jouir. C'est comme si quelqu'un sans apprendre , sans môme avoir rien fait pour savoir lire, et sans avoir jamais rien étudié, trouvait en lui toute la science parfaitement comprise, ignorant de quelle manière et d'où elle lui est venue , puisque auparavant il n'avait jamais travaillé même à connaître l'A, B, C. Cette dernière comparaison explique , ce me semble , quelque chose de ce don céleste. L'âme se voit en un instant savante ; pour elle le mystère de la très-sainte Trinité et d'autres mystères des plus relevés demeurent si clairs , qu'il n'est pas de théologien avec lequel elle n'eiît la hardiesse d'entrer en dispute pour la défense de ces auuustes vérités. Elle en demeure dans un saint effroi. Une seule de ces illuminations suffit pour opérer en elle un changement complet. Renonçant à l'affection de toutes les créatures , elle ne saurait plus aimer que ce Dieu qui, sans exiger d'elle aucun concours , la rend capable de si grands biens, lui révèle de si profonds secrets , et lui prodigue les témoignages d'un amour si tendre que de semblables grâces ne se peuvent écrire. Quelques-unes de ces faveurs sont si admirables qu'à moins d'avoir une foi très-vive , on ne pourrait croire qu'il les accorde à une personne qui les a si peu méritées ; aussi mon dessein est de ne rapporter qu'un petit nombre de ces grâces insignes que Notre-Seigueur m'a faites, à moins que l'on ne me

(J; Au chap. XXV.

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commande autre chose. Je me contenlerai de raconter quelques visions dont le récit ne sera pas sans utilité. D'abord elles pourront empêcher les personnes à qui Dieu en accorderait de semblables , de s'en effrayer et de les regarder comme impossibles, ainsi que cela m'est arrivé ; ensuite elles feront connaître la manière ou la voie par laquelle le Seigneur m'a conduite, et c'est là précisément ce que l'on me commande d'écrire.

Par ce genre de langage , le Seigneur veut , selon moi , donner à l'âme une certaine connaissance de ce qui se passe au Ciel. Il l'initie à ce parler sans paroles qui est la langue de la Patrie. Qu'vnie telle langue existât , je l'avais toujours complètement ignoré , jusqu'à ce qu'il plut au Seigneur de m'en rendre témoin , et de me le montrer dans un ravissement. Ainsi , des l'exil , Dieu et l'âme s'entendent par cela seul qu'il veut être entendu d'elle , et ils n'ont besoin d'aucun autre artifice pours'exprimer leur mutuel amour. Ici-bas , deux personnes d'esprit et qui s'aiment beaucoup s'entendent même sans signes, seulement en se regardant. C'est apparemment ce qui se pas.'^e entre Dieu et l'âme ; mais il ne nous est pas donné de voir de quelle manière ils portent l'un sur l'autre ce regard où se lit tout leur amour , comme je pense l'avoir entendu dire de l'Epoux et de l'Epouse dans les Cantiques.

O humilité admirable d'un Dieu ! O mon tendre Maître, que je suis loin de celte vertu , puisque mon cœur ne se brise pas , en considérant que vous vous laissez regarder par des yeux aussi inlidèles que ceux de mon âme ! Que cette vue , ô mon Dieu , les détourne pour jamais de celle des choses basses , et que rien , si ce n'est vous seul . ne soit plus capable de leur plaire! O ingratitude des mortels! n'aura-t-elle jamais de terme? Et faut-il qu'elle aille jusqu'à méconnaître de si étonnantes faNCurs? O mon Divin Maître ! l'expérience me permet de le publier ; ces grâces sont si grandes , que tout ce que I on en peut rapporter n'est rien en comparaison de ce que vous faites à l'égard d'une âme que vous conduisezjusqu'à l'intimité de ce dis in conunerje.

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Oàmc^s (Hii avez commencé à vous appliquer à l'oraison, «'l vous qui avez une véritable foi , pouvez-vous , carjoncvou-. parle pas de ce que vous i,'agnez pour l'éternilé , pouvez vous . tians celte vie mème.aspirei' à des biens comparables au moin (ire de ces biens? Considérez celle munificence infinie dr Dieu ; il se donne lui-même à ceux (jui abandonnent tout pour son amour. Il ne fait acception de j)ersonne; il aime tout !<• monde. Nul n'a d'excuse , quelque misérable qu'il soit , puis- (|ue mali^ré la profondeur de ma misère , il me comble de '•i hautes faveurs. Songez que ce que j'écris ici do cet étal sublime auquel il m'a élevée , n'est qu'un point du tableau que je pourrais mettre sous les yeux ; je me suis bornée à ce qm était nécessaire pour faire comprendre la nature de celle vision de Nolre-Seigncur .lésus-Christ , et celle de ce langage céleste que Dieu adresse à l'ame. .Mais dire ce que l'on éprouve lorsque le Seigneur nous révèle ses secrets et nous dévoile ses perfections adorables , je ne le puis. C'est un plaisir tellement élevé au-dessus de tous ceux que la pensée |)eut concevoir icibas , qu'il nous inspire , ajuste titre , une souveraine horreur pour les plaisirs de la vie qui , tous ensemble , ne sont que de la fange. La jouissance de ces plaisirs fût-elle assurée pour une éternité , ils n'exciteraient encore qu'un |)rofond dégoût dans l'âme qui a savouré ces joies célestes; et Dieu , cependant , ne fait tomber en elle qu'une goutte du grand fleuve de délices qu'il nous prépare. Mais , ô honte de nos prétentions ! Pour moi j'en rougis , et si l'on pouvait é|)rouver de la confusion dans le Ciel , j'y paraîtrais un jour , à juste titre , plus confuse que qui (jue ce soil. Comment osons-nous prétendre à de si grands biens , à ces ineffables délices , à une gloire éternelle . uniquement aux dépens du bon Jésus? Si nous n'avons pas le courage , comme Simon le Cyrénéen , de lui aider à porter sa Croix, n'aurons-nous pas du moins , comme les filles de Jérusalem, des larmes à donner à ses douleurs? Les plaisirs et les fêles doivent-ils nous conduire à la jouissance de ce bonheur qui lui a coûté tant de.-ang?Cela n'est pas possible. Pensons-nous . en poursuivant de vains honneurs, lui offrir une juste répara-

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lioii ilu iiu'pris (|iril i-ndurj pour nous, laiie rogner clcrnelleiniMil ? Ce sernil folie do le croire ; jamais , non jamais . un toi chomin ne nous conduira au Ciel. Jo vous en conjure , mon Père, faites retentir ces vérités , puisque Dieu ne m'en a pas donne le pouvoir. l*uissenl-ollos du moins désormais être toujours présenlos à ma pensée ! Hélas ! c'est bien tard , conmie on le verra par cet écrit , que je les ai comprises et que j'ai préié l'oreille à la voix de mon Dieu ; c'est pourquoi je suis si confuse d'en parler , que j'aime mieux m'en taire.

Je me contente de consigner ici une considération (jue jo fais assez souvent sur la félicité des Bienheureux dans le Ciel ; daigne mon Dieu me faire la grâce d'en jouir un jour ! De quel éclat brillera leur gloire accidentelle , de quel conlentcmont ils se sentiront tressaillir , lorsqu'ils verront (jiie s'ils commencèrent lard à servir Dieu, du moins depuis leur retour, ils n'omirent pour lui plaire rien de ce qui était en leur pouvoir ; ils lui liront rollVandedelout , par toutes les voies |)0ssibles , chacun selon ses forces et son état ! Qu'il se trouvera riche celui qui laissa toutes les richesses pour Jcsus-Chri^t ! Q'J il se verra honoré celui qui, pour son amour, ne voulut point d'honneurs, cl mil ses délices à se voir dans une profonde abjection ! Qu'il se trouvera sage celui qui s'estima heureux de passer pour un insensé, et de |)artager ce titre avec la Sagesse elle-même ! Mais hélas ! en punition de nos péchés , qu'ils sont aujourd'iiui peu nombreux ceux qu'animent de tels sentiments ! Us ont disparu du milieu de nous ces hommes que les peuples regardaient comme des insensés, en leur voyant faire les œuvres héroïques des vrais Amants de Jésus-Christ.

O monde, ô monde, que lu gagnes du côté de ton faux honneur à être si peu connu! Mais (juoi? Pcnsons-nous mieux servir Dieu lorsqu'on nous regarde comme des sages et dos modèles de discrétion? On est si discret aujourd'hui , que c'est là sans doute ce que l'on pense. On croit mal édifier , si chacun , selon sa condition . ne s'olForcc de paraître au meilleur étal (ju il peut, et ne se maintient pas dans son rang. Il n'y

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a pas justju'aux licclésiasliques . aux Relii;ieux . aux Religieuses qui ne s'imaginent que c'est introduire une nouveauté et donner du scandale aux faibles . de porter des habits vieux et rapiécés ; on craint même d'être profondément recueilli et de niener une vie d'oraison, tant le monde est perverti , tant on a mis en oubli cette perfection et ces grands transports de ferveur qui éclataient dans les Saints ! Voilà , à mon avis . ce qui aggrave les calamités de notre temps , et non les prétendus scandales de Religieux qui annoncent, parleurs œuvres comme par leurs paroles . le mépris que l'on doit faire du monde. De ces scandales le Seigneur retire de grands avantages ; quelques esclaves du monde s'offensent , il est vrai , mais d'autres sentent des remords. Et plùt au Ciel qu'il nous fût donné de voir un de ces hommes de Dieu qui retraçât dans sa personne la vie de Jésus-Christ et de ses Apôtres! Plus que jamais nous en aurions besoin de nos jours.

Ah ! quel parfait imitateur de Jésus-Christ Dieu vient de nous ravir , en appelant à la gloire ce Religieux béni , Frère Pierre d'Alcantara ! Le monde, dit-on, n'est plus capable d'une perfection si haute: les santés sont plus faibles, et nous ne sommes plus aux temps passés. Ce Saint était de ce temps , sa mâle ferveur égalait néanmoins celle des siècles passés , et il avait en souverain mépris toutes les choses de la terre. Mais sans aller nu-picds comme lui , sans faire une aussi âpre pénitence , il est une foule d'actes, comme je l'ai souvent dit , par lesquels nous pouvons pratiquer le mépris du monde, et que Notre-Seigneur nous fait connaître dès (ju'il \oit en nous du courage. Ah ! qu'il dut être grand celui que reçut de Dieu le Saint dont je parle , pour soutenir pendant quarante-sept ans celle pénitence si austère que tous connaissent aujourd'hui. En voici quelques détails que je me plais à rapporter , et dont la vérilé m'est parfaitement connue ; c'est de sa propre bouche que je les ai entendus avec une autre personne dont il se cachait peu. Quant à moi , je dus cette ouverture à l'afleclion qu il me portait ; Noire-Seigneur la lui

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nvail donnée . afin qu'il prît ma défense , et ni encourai^eàt dans un temps uù son appui m'était si nécessaire , comme on l'a vu et comme on le verra encore par mon récit. Il avait passé quarante ans , nous dit-il , sans jamais dormir , tant de nuit que de jour , plus d'une heure et demie ; de toutes ses mortifications , celle (jui lui avait le plus coûté dans les commencements était de vaincre le sommeil ; dans ce dessein , il se tenait toujours ou à genoux ou debout. Le peu de repos qu'il accordait à la nature, il le [trenait assis , la tôte appuyée contre un morceau de bois fixé dans le mur ; eût-il voulu se coucher , il ne l'aurait pu . parce que sa cellule , comme on le sait , n'avait que quatre pieds et demi de long. Dans le cours de toutes ces années , jamais il ne se couvrit de son capuce , quelque ardent que fût le soleil , quelque forte que fût la pluie. Jamais il ne se servit d'aucune chaussure. Il ne portait qu'un habit de grosse bure , sans autre chose sur la chair ; encore cet habit était-il aussi étroit que possible. Par-dessus il mettait un petit manteau de même étofle ; il me disait que dans les grands froids il le quittait , laissait ouvertes la porte et la petite fenêtre de sa cellule , afin que , les fermant ensuite, et reprenant son mantclet , il réchiiuiîùt son corps et le fît reposer plus à l'abri, il lui était fort ordinaire de ne manger que de trois en trois jours ; et comme j'en paraissais surprise , il me dit que c'était très-facile à quiconque en avait pris la coutume. Un de ses compagnons m assura qu'il passait quelquefois huit jours sans prendre aucune nourriture. Cela devait arriver . je pense, dans l'oraison et dans ces grands ravissements où le jetaient les brûlants transports de son amour pour Dieu ; je l'ai vu moi-même une fois entrer en extase. Sa pauvreté était extrême, et sa mortification telle, en sa jeunesse, qu'il avait passé, me disait-il , trois ans dans une maison de son Ordre sans connaître aucun «les Religieux , si ce n'est au son de la voix , parce qu'il ne levait jamais les yeux ; aussi ne pouvait-il , qu'en suivant les Frères , se rendre aux endroits où la règle l'appelait. Il gardait celle même modestie par les chemins. Il passa plusieurs

MK MF, i«.\l!iTK TKRKSE

nnnccs t.ans janwiis regarder de feininos ; mais il me confessa »|u'à rîige où il était parvenu , c'était pour lui la nii^iuc chose «le les voir ou de ne pas les voir ; à la vérité , il était déjà très-vieux quand je vins aie connaître, el son corps était tellement exténué , fpi'il tremblait n'élre formé (juo de raciner^ d'arbres. Avec toute cette sainteté, il était trèîj-aflable ; il parlait peu , à moins qu'on ne l'interrogeût ; mais la justesse cl les grâces de son esprit donnaient à ses paroles je ne sais quel charme irrésistible. Je raconterais volontiers beaucoup d'autres particularités, si je n'appréhendais, mon Père. (|u'une plus longue digression ne m'attirât un re|)roche de votre part. Je n étais pas même exempte de cette crainte en écrivant ce que j'ai déjà dit. J ajouterai donc seulejnent que ce saint homme est mort comme il a vécu , en instruisant et en exhortant ses Frères. Quand il vit que son ferme approchait , il récita le Psaume « Lœlatus sum in his qua) dicta y> sunt mihi (1) , » et s'étant mis à genoux , il expira.

Le Seigneur a voulu dans sa bonté qu'à partir de ce jour il m'ait encore plus assistée que durant sa vie : j'en ai reçu des conseils en diverses circonstances. Je l'ai vu plusieurs fois tout éclatant de gloire. Il me dit dans la première de ces apparitions : « O bienheureuse pénitence qui m'a mérité un si grand salaire ! » Ces paroles furent suivies de plusieurs autres. Un an avant sa mort , il m'apparut malgré l'éloignement qui nous séparait, el je sus qu'il devait bientôt nous être enlevé. Je l'en avertis en lui écrivant dans l'endroit où il était à quelques Fieues d'ici. Au moment où il rendit le dernier soupir , il se montra à moi , et me dit qu'il allait se reposer. Sans croire à celle vision , j'en fis part néanmoins à quelques personnes, et huit jours a[)rès nous venait la nouvelle qu'il était mort , uu plutôt (lu il avait commencé à vivre pour toujours. Le »o»là donc le terme de cette vie si austère, une éternité de gloire ' De[)uis qu'il est au Ciel , il me console beaucouj) |»lus,

I) .1 ai licàsailli dcjoic a ces paroles fjuc lonm'a dites : Nous irons dans U mai- 9r>A du Seigneur P», CXXl.

kCIUIE PAU EI.r.K-MKMI-:. 3l.'l

ce me semble, quc(|uarnl il élail sur In Icrrc. Notre Soigneur me (lil un jour (|u'on ne lui (Icmandortiil rien au nom de son xrxileiir. (|u il ne l'accordai. Je l'ai Irès-souvent [)rié de présenter au Seigneur mes demandes, et je les ai vues toujours exaucées. Louange , et louange pans fin à ce Dieu de bonté ! Ainsi soit-il !

Mais (juel long discours , mon l'ère , pour vous porter au n)é()ris de tout ce (|ui se passe , comme si Dieu ne vous en avait pas montré le néant , et comme si vous n'aviez pas déjà exécuté votre résolution de vous détacher de tout ! En parlant de la sorte , j'ai uniquement cédé à la douleur que me cause la vue des égarements du monde. Je ne gagnerai peut-être que de la fatigue ù écrire ces pages où tout , du reste , est contre moi ; mais du moins mon àme en sera soulagée. Daigne le Seigneur me pardonner les offenses que j'ai commises , et vous , mon l'ère , la ()cine que je vous donne sans raison : on dirait , en vérité, que je veux vous faire subir la pénitence de mes manquements.

ClIAPITUE XXVill.

Aux Visions intellectuelles sucrédent d'admirables Visions du second ordre , •Icsignées sous le nom d'imaginaires par les Théologiens mystiques. — Térèse voit d'abord les mains, puis le visage, enfin l'Humanité sainte de Jésus-Christ. — Beauté inénarrable decettoHumanité sacrée, lumière divine qui en émane, majesté souveraine qui éclate en elle. — Nature et effets de ces Visions. — Leur différence d'avec les fausses. — Angoisses de la Sainte qu'on croit trompée. — Sage conduite et lumières surnaturelles du Père Balthasar Alvarez, son Confesseur.

Je reviens à mon sujet ; cette vision qui me montrait Notre- Seigneur à côté de moi fut presque continuelle durant quelques jours. J'en retirais un très-grand profit ; je ne sortais pas d'oraison , et je tâchais dans toutes mes actions de ne pas (lé[)laire à celui que je voyais clairement en èlre témoin. A la vcrilé , je craignais de temps en temps d tjtre trompée , à cause de tout ce qu'on me disait ; mais cette crainte ne durait guère , parce que Notre-Seigneur me rassurait.

Il lui plut un jour , tandis que j'étais en oraison , de me montrer seulement ses mains ; la beauté en était si ravissanle, (jue je n ai [)oint de termes pour la peindre. J'en fus saisie de crainte comme je le suis toujours , lorsqu'il commence à me faire quelcjuc grAce surnaturelle. Peu de jours après je vis ce visage divin , et je demeurai entièrement ravie. Je ne pouvais d'abord comprendre pourquoi cet adorable Sauveur qui, plus tard . devait m'apparailre tout entier, se montrait ainsi peu à peu. Je l'ai compris depuis ; c'était à cause de ma faiblesse

} I 0 VIE DE SAINTE lÉUKSE

niUluolIo. Une créature aussi abjecte et aussi infidèle que moi n'aurait pu sii|)[)orler tant de gloire réunie. Il le savait . et dans sa tcnilre compassion il m'y disposait peu à peu. (Ju'il en soil éternellement béni !

Il vous semblera peut-être . mon Père , (pi" il ne me railail pas un granil cfibrt pour contempler des mains et nn sisagc; dune telle beauté. Mais , sachez-le , les corps glorifiés sont si beaux . l'éclat surnaturel dont ils brillent est si vif , que l'âme en demeure hors delle-mrme ; ainsi celte vue me jetait dans un saint effroi , j'en étais troublée et profondément émue. Mais ensuite la certitude de la vérité de la vision et les iicureux effets qu'elle produisait en moi , faisaient succéder à la crainte le sentiment de la plus entière assurance.

Le jour de la fête de saint Paul , pendant la Messe , Jésus- Christ daigna ra'apparaître dans toute sa très-sainte Humanité , tel qu'on le peint ressuscité , avec une beauté et une majesté ineffable ; je vous en parlai dans une de mes lettres pour obéir au commandement exprès que vous m'en aviez fait ; mais ce ne fut pas sans peine ; car on sent , quand on veut écrire de telles choses , une impuissance qui tue. Je le fis toutefois de mon mieux, et ainsi il serait inutile de le répéter en cet endroit. Je dirai seulement que quand il n'y aurait dans le Ciel, pour charmer la vue , que la grande beauté des corps glorieux, et celle surtout de l'Humanité sainte de Jésus-Christ, le [)lrtisir serait indicible. Si dans cet exil, où il ne nous montre de l'éclat de sa majesté que ce que notre misère ne peut soutenir, cet adorable Sauveur nous jette par sa vue dans de tels transports , (|ue sera-ce dans le Ciel , lorsque notre âme le contemplera dans toute sa beauté et toute sa gloire ?

Je nai jamais vu des yeux du corps ni cette vision , quoique imaginaire, ni aucune autre, mais seulement des yeux de 1 âme. .\u (lire de ceux qui le savent mieux que moi , la vision précédente est plus parfaite que celle-ci , et celle-ci l'emporte de beaucoup sur toutes celles (|ui se voient des yeux du corps; ces dernières , ajoutcnt-ils , sont les moins élevées et les plu-

KCRITE l'AU RLI.E-MEMR. A] i

suji-ltcs nii\ illii-^ioiis du d/'mon. Comme alors javais de I;» pciiu; à lo croire , je désirais . je i'avouc , ilc voir des yeux dti corps , ce que je ne voyais qu'avec ceux de l'àmo . afin que mon Confesseur ne pût pas me dire que ce n'était qu'une rêverie. Au reste . c'était souvent aussi ma crainte dans les comnjcncements, (juand la vision était passée; il n)e venait en penfée que ce n'était peut-être qu'un jeu de l'imagination , et iavais rei^ret de l'avoir dit à mon Confesseur, craignant de lavoir trompé. Nouveau sujet de larmes ; j'allais le retrouver, et je lui disais ma peine. Il me demandait si j'avais cru les choses comme je les lui avais rapportées, ou si j'avais eu dessein de le tromper. Je lui ré|)0ndais , ce qui était vrai . que je lui avais parlé fort sincèrement, sans aucune intention de le tromper, et ((ue pour rien au monde je ne voudrais dire un mensonge. Il le savait très-bien, c'est pourquoi il tachait de me tran(|uilliser. De mon côté , il m'en coûtait tant d'aller lu! parler de semblables faveurs, que je ne comprends pas comment le démon eût pu me mettre dans l'esprit de les feindre , pour me tourmenter ainsi moi-même.

Mais Notre-Seigneur, redoublant de bonté , daigna si souvent m'apparaîtrc dans cet état de gloire , et me fit si bien voir la vérité d'une telle faveur, qu'en très-peu de tem|)s je me vis affranchie de toute crainte d'illusion. Je reconnus alors combien peu j'avais eu d'esprit , car cette pensée aurait dû se présenter à moi : quand bien même je me serais elTorcée durant des années entières de me figurer une beauté si ravissante . je n'aurais jamais pu en venir à bout, tant sa seule blancheur et son éclat surpassent tout ce que l'on peut s'en imaginer ici-bas. C'est un éclat qui n'éblouit point ; c'est une blancheur ineiïablement pure et suave tout ensemble ; c'est une splendeur infuse qui cause à la vue un indicible plaisir , sans l'ombre de fatigue. C'est une clarté (|ui rend l'âme capable de voir cette beauté si divine, ("est une lumière infiniment diftcrente de celle d'ici-bas , et auprès de ses rayons qui inondent l'œil ravi de l'Ame , ceu.v «lu soleil perdent tellement leur lustre , qu'on voudrait ne les plus regarder.

348 VIF. DE ;>AIME TÉRkSK

Il y a la môme dilTérencc entre ces deux lumières qu'entre une eau irès-limpidc qui coulerait sur le cristal , et dans laquelle se réfléchirait le soleil ; et une eau Irès-trouhle qui coulerait sur la surface de la terre , et qui serait couverte d'un épais nuage. Mais cette divine lumière ne ressemble en rien à celle du soleil ; elle seule paraît à l'ùmc une lumière naturelle, tandis que celle de cet astre ne lui semble en comparaison que quelque chose d'artificiel. Cette lumière est comme un jour sans nuit , toujours éclatant , toujours lumineux , sans que rien soit capable de l'obscurcir. Enlin elle est telle que l'esprit le plus pénétrant , même après les efforts d'une longue vie , ne pourrait jamais s'en former une idée. Dieu la montre si soudainement que si, pour la voir, il fallait seulement ouvrir les yeux , on n'en aurait pas le loisir. Mais il n'importe qu'ils soient ouverts ou fermés. Quand Noire-Seigneur veut . malgré nous celte lumière se voit ; et il n'y a ni distraction , ni résistance , ni industrie , ni soin qui l'empêchent d'arriver jusqu'à nous. J'en ai fait bien souvent l'expérience , comme on le verra par mon récit.

Ce que je désirerais maintenant de pouvoir faire connaître , c'est la manière dont Noirc-Scigneur se montre dans ces visions ; mais je n'entreprends pas de dire de quelle sorte il illumine l'œil intérieur de l'àme de celte puissante lumière, et montre à noire esprit une image de lui-même , si vive et si claire , qui! nous paraît être véritablement présent. C'est aux savants de l'expliquer ; il n'a pas plu au Seigneur de m'en donner l'inlelligence. Je suis si ignorante , et d'un esprit si peu ouvert, que malgré toutes les explications que l'on a bien voulu m'en donner, je n'ai pu encore parvenir à le comprendre. Ce qui vous prouve , mon Père , que je n'ai nullement cette vivacité d'esprit que vous me croyez ; je l'ai vu en mille circonstances , je ne saisis que ce qui est sans ombre de diiliculté. Mon Confesseur était quelquefois surpris de mon ignorance, et jamais il ne s est mis en peine de me faire comprendre comment Dieu agit. De mon côté , je ne désirais point de le savoir;

ÉCHUE l'AK K1,LK-MKMK. iJ I U

ol jamais je ne l'ai demandé . quoique depuis plusieurs années j'aie eu , comme je !'ai ilil , l'avanlage de traiter avec des gens doctes. Je me contentais de m'informer d'eux si une chose était péché ou non ; pour le reste, il me suflisait d'être assurée (juo Dieu fait tout. Ainsi , au lieu de m'étonner des merveilles de ses œuvres , je n'y voyais qu'un sujet de louanges; et plus ces merveilles sont incompréhensibles , plus elles me ravissent et me donnent de dévotion.

Je me contenterai donc , mon Père, de rapporter ce que j'ai vu , et vous abandonnerai le soin d'expliquer le mode de ces visions , comme aussi d'éclaircir ce qu'il y aurait d'obscur dans mes paroles : vous le ferez beaucoup mieux que moi. En certaines circonstances , ce que je voyais ne me semblait être qu'une image ; mais en beaucoup d'autres , il m'était évident que c'était Jésus-Christ lui-môme : cela dépendait du degré de clarté dans lequel il daignait se montrera moi. Quelquefois, quand cette clarté était moins vive, il me semblait que ce que je voyais n'était qu'une image, mais une image très-différente des portaits les plus achevés. Comme j'en ai vu plusieurs , je puis dire qu'il y a entre celteimage divine et le travail du plus habile peintre, toute la différence qui existe entre une personne vivante et son portrait : l'artiste eût-il fait im chef-d'œuvre sous le rapport de la ressemblance , on ne peut s'empôcher de voir que c'est une chose morte. (>eci explique parfaitement ma pensée, et est de la plus exacte vérité ; je ne m'étends donc pas davantage sur ce sujet. Je ne donne pas ce que j'ai dit comme une simple comparaison , car jamais elles ne sont justes en tout ; c'est une vérité certaine , qu'il y a autant de différence entre cette image de riIommc-Dicu et les portraits faits de main d'homme , cju'cntre une personne vivante et ses traits peints sur la toile. En effet, si ce que je voyais était une image, c'était une image vivante , et non pas morte ; c'était Jésus- Christ môme vivant qui se faisait voir à moi , Dieu et homme tout ensemble , non comme il était dans le sépulcre, mais tel qu'il était après sa résurrection.

;J20 VIE l)K SAINTE TÉRÉSE

Quol(|nofois il se montre avec une si grande ir.ajcsic , (|ii il l'.st impossible (le lioiiUM- que ce ne soil lui. Le plus souvcni cela arrive de la sorte après la communion , la foi nous assurant qu'il est alors présent. Il se montre tellement maîlre de l'Ame, qu'elle en est comme anéantie , et se sent consumer tout entière en son Dieu. 0 mon Jésus ! qui pourrait peindre celte ^plendcur de gloire avec laquelle vous vous faites voir en ce moment ! Comme l'Ame reconnaît en vous l'arbitre absolu dila terre et du Ciel ! Qu'elle comprend bien , à la vue de tant de majesté, que(iuand mille mondes nou\ eaux, quand des mondes et des cieux sans nombre sortiraient du néant à voire parole . tout ce domaine ne serait encore rien pour un Souverain tel que vous ! Là se voit clairement, ô mon Jésus , le peu de pouvoir de tous les démons en comparaison du vôtre, et comment on peut, dès qu'on vous contente, fouler aux pieds tout l'enfer. On ne s'étonne plus de la terreur de ces esprits de ténèbres . à votre descente dans les limbes , et de leur désir de trouver mille enfers nouveaux plus profonds les uns que les autres, pour fuir loin d'une mnjeslé si redoutable. Vous la faites éclater alors aux yeux de l'âme , et vous voulez qu'elle connaisse le souverain pouvoir de votre Humanité très-sainte unie à la Divinité. \À elle se forme une idée de ce que produira , au jour du Jugement . la vue de votre majesté suprême , et de votre courroux contre les méchants. Là , Seigneur, elle devient véritablement humble par la vue intime et forcée de sa misère. Là elle trouve la confusion et le vrai repentir de ses péchés. O mon Divin Roi, vous ne lui donnez que des témoignages d'amour, et néanmoins devant tant de grandeur elle ne sait où se mettre , et elle se consume tout entière.

Pour moi j'en suis convaincue , quand il plaît à Notre-Seigneur de nous découvrir une grande partie de sa tnajeslé et de sa gloire , celte vision agit avec une force telle qu'aucune âme ne pourrait la soutenir, si Dieu ne la fortifiait par un secours très-surnaturel en la faisant entrer dans le ravissement et l'extase. Car alors la vision se perd dans la jouissance. Dans la

K«:RITK l'AR ELI.E-MKMB.

suite , il est vrai , on oublie ce qu'avait d'accablant cet excès de gloire; mais celte majesté et cette beauté de Notre-Scigncur demeurent tellement empreintes dans l'Ame , qu'elle ne peut en perdre le souvenir : j'excepte néanmoins le temps où, soumise à une épreuve dont je dois parler, elle se trouve en proie à une sécheresse , à une solitude si efTravantc . que tout s'efface de sa mémoire . jusqu'au souvenir mémo de son Dieu.

L'âme . après cette vision , se voit toute changée . elle est toujours dans une douce ivresse ; elle sent un nouvel amour de Dieu , qui l'embrase en un très-haut degré. Sans doute la vision j)récédenteoù , comme je l'ai dit. Dieu se montre à nous sans image , est plus élevée ; mais celle-ci me semble plus en harmonie avec notre faiblesse ; car en laissant peinte et gravée dans l'imagination cette divine présence, elle nous aide admirablement à conserver le souvenir et l'utile pensée d'une si haute faveur. Au reste , ces deux visions viennent presque toujours ensemble : ainsi , par la vision imaginaire, on voit des yeux de l'Ame l'excellence . la beauté et la gloire de la très-sainte Humanité de Notre-Seigneur ; par la vision intellectuelle . on voit en lui le Dieu qui peut tout , ordonne tout, gouverne lout^ remplit tout de son amour.

On doit faire une très-grande estime de celte vision ; à mon avis , il ne s'y rencontre aucun péril , parce qu'il n'est pas au pouvoir du démon de |)roduire de tels effets. Il s'efforça dans les commencements , trois ou quatre fois , ce me semble , de me faire voir Notre-Seigneur de cette même manière par une fausse représentation. Mais s'il peut prendre la forme d'un corps qui serait de chair , il ne saurait contrefaire cette gloire qui resplendit dans le corps de Notre-Seigneur quand il se montre à nous. Son dessein par cet artifice serait de détruire les effets d'une véritable vision ; mais l'àme qui en a été favorisée repou.sse loin d'elle cette fausse image , elle se trouble , se dégoûte . s'inquiète ; enfin elle perd la dévotion et la douceur intérieure , et demeure dans rim[)uissance de faire oraison.

VIE DF. s. TÉHhSI::. - I

:Î22 VIH l>li SAIME TKRÉSE

Il y a donc cnlrc cos visions une souveraine différence ; cl je ne doute pas qiu? même une Ame qui n'est arrivée qu'à l'oraison de quiétude , ne les distingue facilement à l'aide do ce que j'ai dit des effets des paroles surnaturelles (I). Ces visions portent chacune des caractères propres , et comme rem|)reinte de leur auteur ; ainsi , pourvu qu'une âme ne veuille pas se laisser tromper, et qu'elle marche dans l'humilité et la simplicité, je ne crois pas quelle le puisse être. Il suffit d'avoir vu Noire-Seigneur une seule fois , pour reconnaître sur-lechamp une vision qui est l'ouvrage de l'esprit de ténèbres. En vain commence-l-il par faire goiJter un certain plaisir , l'âme le rejette avec je ne sais quelle horreur , elle le trouve souverainement différent de celui qu'elle goûte dans une vision vraie; elle voit en outre que l'amour qu'on lui témoigne ne porte pas les caractères d'un amour chaste et pur ; en sorte qu'en très-peu de temps elle découvre et reconnaît l'ennemi. C'est ce qui me fait dire que le démon ne saurait causer aucun mal à une âme qui a de l'expérience.

Mais l'imagination ne pourrait-elle pas se représenter ainsi la personne de Notre-Seigneur ? Non , c'est de toute impossibilité. Car la seule beauté et la blancheur d'une des mains de Jésus-Christ surpassent infiniment tout ce que nous saurions nous figurer. El puis, comment pourrions-nous nous représenter en un instant des choses qui jamais n'ont été dans notre pensée , et que l'imagination , après de longs efforts, ne pourrait même concevoir , tant elles sont élevées au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ici-bas? Cela n'est pas assurément possible. Admettons cependant que l'imagination puisse, jusqu'à un certain point, se représenter Notre-Seigneur ; qu'en résultera-i-il ? Outre que cela ne produira aucun de ces grands effets dont j'ai parlé, l'âme ne fera qu'y perdre ; car elle serait alors semblable à une personne qui essaierait de dormir , mais qui demeure éveillée , parce que le sommeil ne vient pas. Cette personne ayant un véritable désir de reposer , soit parce

(1) Auchap. X\V.

hCllUE l'Ail HI.LE-MÉME. 323

qu'elle en a hosoin. soit parcf' <|ir('llo a tuai à la tùto, fait l)ien lie son côté tout ce (juclli' peut [)Our s'endormir, et à certains moim'nts il lui semble en elTel qu'elle sommeille un peu : mais ce n'est pas un vrai sommeil . il ne la soulage pas , il ne donne pas do force à sa tête qui souvent m^-me en demeure plus épuisée. Tel serait en partie le résultat d un pur travail d'imagination. L'Ame en demeure aiïaiblie ; au lieu de nourriture et de forces , elle n'y trx)uve que lassitude cl dégoi'il : tandis que la vraie vision lui porte à la fois en tribut , et d'ineffables richesses spirituelles . et un admirable renouvellement des forces du corps.

J'alléguais ces raisons et quelques aulres à ceux qui me disaient si souvent que mes visions étaient l'ouvrage de l'esprit ennemi , et un jeu de mon imagination. Je me servais aussi , comme je pouvais , des comparaisons que le Seigneur présentait à ma pensée. Mais auprès d'hommes si saints , toutes les raisons d'une pécheresse telle que moi demeuraient inutiles ; et comme ils étaient conduits par une voie différente, ils ne pouvaient s'empêcher de craindre pour moi. ils .se communiquaient ces craintes lui» à l'autre, et bieniôt , en punition de mes péchés sans doute , l'état de mon âme ne fui plus une chose cachée , quoique je ne m'en ouvrisse qu'à mon Confesseur el à ceux h qui il m'ordonnait d'en parler. Je leur dis un jour que s'ils m'affirmaient qu'une personne à qui je viendrais de parler ., et que je connaîtrais fort bien , n'était pas celle que je croyais , et qu'ils étaient très-assurés que je me trompais , certainement j'ajouterais plus de foi à leur témoignage qu'à mes yeux ; mais que si cette personne m'avait laissé pour gage de son amitié des joyaux de grand prix que j'aurais encore entre les mains , et qui , de pauvre que j'étais auparavant . me rendraient riche , il me serait inipossible de croire à leur parole , quand bien même j'en aurais le désir. Or , c'était précisément ainsi que Notre-Seigneur en avait usé à mon égard ; et quant à ces joyaux reçus de sa divine main , je pouvais les leur montrer : c'étaient mes dispositions actuelles. Tous ceux

3i4 VIK DE >AINTK TKllfcSE

({ui me connaissaient voyaient manifestement que j'étais changée; mon ('onfesseur l'atlesiail ; ce changement si sensible en toutes choses , loin li'ùtre caché , élail dune clarté fnippante pour tout le moniio. Pour moi , il m'était impossible de croire que si cela venait du démon, il se servît, pour me perdre et me conduire en enfer , dun moyen aussi contraire à ses intérêts , que serait celui de déraciner mes vices , et de me donner en échange des vertus et un si mâle courage; car je voyais clairement qu'une seule de ces visions suûisail pour m'enrichir de tous ces biens.

Mon Confesseur qui était , comme je l'ai dit , un Père de la Compagnie de Jésus, Religieux d une éminente sainteté (1) . faisait absolument ces mêmes réponses, selon que je l'ai appris depuis. Il était fort prudent et fort humble ; mais sa grande humilité m'attira bien des peines. Quoiqu'il fût savant et homme de grande oraison , il ne se fiait pas néanmoins à luimême , Notre-Seigneur ne conduisant pas son âme par le môme chemin que la mienne. Il eut beaucoup à souffrir à mon sujet. Je sus qu'on lui conseillait de se défier de moi , de peur d'être trompé par le démon , en ajoutant quelque créance à mes paroles ; et on lui alléguait à ce propos divers exemples. Tout cela m'affligeait beaucoup. Je craignais de voir venir le moment où je ne trouverais plus de Confesseur , et où tous me fuiraient. Je ne faisais que pleurer. Ce fut une providence du Seigneur que ce Religieux voulût continuer de m'eniendrc en confession ; à la vérité, il était si grand serviteur de Dieu, que pour sa cause il se serait exposé à tout. C'est pourquoi il me recommandait de ne le point offenser , de faire exactement tout ce qu'il me dirait , et de ne pas craindre qu'il m'abandonnât. Il m'encourageait et me calmait toujours ; mais il ne cessait de me rappeler que je ne devais lui rien cacher, et j'étais fidèle à sa recommandation. Il m'assurait qu'en agissant de la sorte, je ne courais aucun danger ; quand

[K] Lo Pcre Balthasnr Alvnrcz. Voir sa biographie au chap. XXIll.

LtllIlL lAU LLLt-.MK.ME. 325

bien même CCS visions viendraient du démon . elles ne pourraient me nuire ; Notre-Seii^neur, au contraire, ferait tourner à mon profit le mal que l'ennemi voulait me faire. C'est ainsi qu'il travaillait de tout son pouvoir à perfectionner mon âme. Mes craintes étant >i iirandes . je lui obéissais en tout , quoique iniijarfaitement. Comme il me confessa pendant plus de trois années qui furent pour moi un enchaînement d'épreuves , la direction de mon àme lui aHira des irihulations sans nombre. Noire-Seigneur permettant que je lusse en butte à de grandes persécutions , et souvent mal jugée en des choses où j'étais innocente, l'on s'en prenait à lui, et on le condamnait comme res[)onsable de tout, rpioiqu'il fût exempt de faute. Sil n'eût eu pour lui une si grande sainteté, et Notre-Seigneur qui soutenait son courage , il lui eût été impossible de su[)|)orter tout ce qu'il eut a souftVir. Car d'un côté , il avait à réjjondre à ceux qui me croyaient hors du bon chemin , et ne voulaient point ajouter foi aux assurances qu'il leur donnait du contraire ; et d'autre part, il devait me tranquilliser et me guérir de la crainte où je vivais Cette crainte venait-elle à augmenter , c'était encore à lui à me rassurer ; or , le Seigneur permettait qu'à chaque nouvelle vision dont il me favorisait, je sentisse redoubler mes alarmes. Tout cela me venait, je n'en doute pas , de ce que j'avais été , et de ce que j'étais encore une si grande pécheresse. Ce saint homme me consolait avec beaucoup de compassion de mes soujffrances , et s'il se fût cru lui-même , elles n'auraient pas été si grandes : car Dieu lui faisait connaître la vérité en tout, et c'était, j'en suis convaincue, au Sacrement même de l'autel qu'il puisait la lumière (I).

(•) A ce témoignage si remarquable de la Sainte, nous joindrons celui du Vénérable Père Louis du Pont.

Le Père Balthasar Alvarez était un .\nge à l'autel. Il ravissait par sa modestie et par son recueillement durant les saints mystères. Sa ferNeur se communiquait à (eux qui le voyaient offrir l'adorable sacrifice.

La Bienheureuse mère Térèse de Jésus le vit un jour , ayant sur la tète , tout le temps qu'il fut à l'autel , un diadème de grande splendeur , symbole de l'ardente charitt- et do la tendre dévotion avec lesquelles il offrait la sainte Victime.

De temps en temps, sans doute quand il pressentait un redoublement de faNCurs,

326 \IH ItK SAIMK IKRESE

Les autres scrviitMiis; de Dieu étaient loin de uie croire dans une voie sure. Ils avaient avec moi de fr(''(|uenls eiUretieiis. Je parlais avec simplicité et avec abandon ; qu'en arrivait-il? Souvent ils prenaient mes paroles dans un sens que je ne leur donnais pas. Parmi eux il y en avait un qui m'était très-cher, parce que mon àme lui était infiniment redevable ; il désirait ardemment ma perfection , et demandait à Dieu qu'il daignAt m'éclairer de sa lumière ; mais je voyais qu'il ne me comprenait pas , et j'en avais une extrême douleur. Tous de concert attribuaient à un défaut d'humilité cette franchise et ce naif abandon de mon langage ; à la moindre faute qu'ils rae voyaient comriiettre, et j'en commettais sans doute beaucoup, ils me condamnaient aussitôt sur tout le reste. Us me faisaient quelquefois des questions ; comme je leur répondais d'une manière franche et sincère , ils se persuadaient que je voulais les instruire et faire la savante. Us le rap|)ortaient avec bonne intention à mon Confesseur, et il m'en faisait une sévère réprimande. Ces peines qui me venaient de divers endroits durè-

de la part du Divin Maître , il choisissait une chapelte solitaire pour offrir au Père céleste la divine hostie. Là , après la consécration , seul avec son Dieu , face à tace avec Jésus-Christ , il adorait , il contemplait , il s'embrasait ; ce regard d'amour , cet entretien du cœur , cet inénarrable commerce , cet écoulement de toute son àme en son Dieu se prolongeait plus ou moins , selon la grâce que Notre-Seigneur lui accordait. Aussi l'oblation sainte de l'Agneau sans tache était-elle son recours et son refuge universel. Dans ses peines , ses tentations , ses épreuves , ses difficultés, il se réfugiait dans les bras et dans le cœur de son Divin Maître immolé ; et Notre- Seigneur tantôt lui donnait de grandes lumières ; tantôt Tinondait de consolations intérieures ; il l'éclairait sur ce qu'il avait à faire , et il le fortifiait pour le préparer aux croix qui devaient lui arriver.

Ces saintes communications ne purent rester secrètes ; dans toute la province de (lastille, on disait que, tandis que le Père Ballhasar Alvarez était à l'autel , les Anges Gardiens lui faisaient connaître les besoins spirituels des personnes qu'il confessait ou qu'il dirigeait. C'est dans ce sens que la sainte Mère Tcrèse de Jésus a dit dans le livre de sa vie qu'il puisait la lumière au très Saint-Sacrement de l'autel ; voulant faire entendre par ces paroles que si le Père Bnlthasar Alvarez qui était son Confesseur , connaissait si parfaitement l'état de son ime et la nature des grâces ex.traordmaires dont elle était favorisée, il on était instruit par une lumière surnaturelle que Notre-Seigneur lui communiquait ou par lui-même ou par le ministère d'un Ange , pendant que ce grand serviteur de Dieu offrait le saint Sacrifice.

"Vie du Père lîalthasar Alvarez, rhap. VI.

tCKIlE l'AK ELI.t-MÉMK. 327

rent assez longtemps ; mais les faveurs tionl Dieu nie comblait lempéraienl admirablemenl l'épreuve.

Mon dessein, en rapporlanl ces particularités , est de faire voir combien soulTre une àme lors(|uelle manque , dans ces voies spirituelles, d'un maître (]ui en ait une connaissance expérimcntable Si Dieu ne m'eût soutenue par tant de faveurs, je ne sais ce (juc je serais devenue ; car mes angoisses étaient assez fortes pour me faire perdre l'esprit. Je me trouvais quelquefois dans une telle extrémité , que tout ce que je pouvais faire éiait de lever les yeux au Ciel, f^auvre femme , imparfaite, faible , craintive, je me voyais condamnée parles gens de bien. (>ette épreuve , dans la simplicité de mon récit, paraîtra peu de chose ;mais moi. qui en ai su|)porté de grandes dans ma vie, je la regarde comme une des plus sensibles, l'uisse-t-elle avoir procuré quelque gloire à Notre-Seigneur ! Qucînt à ceux qui me condamnaient et voulaient me convaincre d'illusion , ils ne chercliaienl en tout . j'en suis sûre , que la gloire de Dieu et le bien de mon àme.

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