‹ Vie de Sainte TérèsaChapitre 38 sur 52 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Terèse Toit dans l'enfer la place où ses péchés l'auraient conduite , si elle n'eut changé de vie. — Première idée de la fondation de Saint-Joseph d'Avila ; concours «le Marie de Ocanipo , nièce de la Sainte , et de Guiomar de Ulloa. — Notre-Seii;neur commande à Térèse de jeter les fondements de la Réforme du Carmel, et lui en prédit la grandeur future. — Saint Pierre d'Alcantara l'encourage à exécuter cet ordre. — Sur l'avis ilu P. Balthasar Alvarei, Térèse soumet son dessein au P. Ange ide Salasar , son Provincial , qui l'approuve. — Tempête qui s'élève. — Pierre Ibatiet , Religieux de l'Ordre de Saint'Dominique, se déclare en faveur de la fondation et prèle a la Saintç le plus ferme appui. — Une jxjtite maison est achetée pour y '•tablir le nouveau Monastère.

Déjà depuis longtemps Notre-Seigneur m'avait accordé la plupart des grâces dont j'ai parlé, et d'autres encore fort insiî^nos , lorsqu'il me favorisa de celle que je vais dire. Etant un jour en oraison . je me trouvai en un instant , sans savoir de quelle manière , transportée corps et âme dans l'enfer. Je compris que Pieu voulait me faire voir la place que les démons m'y avaient préparée , et que j'aurais méritée par les péchés cil je serais lomlx^e si je n'avais changé de vie. Cela dura trèspeu : mais quand je vivrais encore plusieurs années ,il me serait impossible d'en perdre le souvenir.

L'entrée de ce lieu de tourments me parut semblable à une do ces petites rues longues et étroites , ou pour mieux dire , à un four e.\trêmemcnt bas , obscur, resserré. Le sol était wne horrible fange, d'une odeur pestilentielle , et remplie de rcpliles venimeux. A l'extrémilés'élevait une muraille dans laquelle

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on avait creusé un réduit très-étroit où je mo vis enfermer. Tout ce qui jusqu'à ce moment avait frappé ma vue , et ilonl je n'ai tracé qu'une faible peinture, était délicieux en comparaison de ce que je sentis dans ce cachot. Nulle parole ne peut donner la moindre idée d'un tel tourment , il est incompréhensible. Je sentis dans mon âme un feu dont, faute de termes, je ne puis décrire la nature, et mon corps était en même temps en proie à d'intolérables douleurs. J'avais enduré de trèscruelles souffrances dans ma vie , et de l'aveu des médecins les plus grandes que l'on puisse endurer ici-bas ; j'avais vu tous mes nerfs se contracter d'une manière effrayante, à l'époque où je perdis l'usage de mes membres ; en outre j'avais été assaillie par divers maux dont quelques-uns , comme je l'ai dit, avaient le démon pour auteur ; tout cela néanmoins n'est rien en comparaison des douleurs que je sentis alors : et ce qui y mettait le comble était la vue qu'elles seraient sans 6n , et sans adoucissement. Mais ces tortures du corps ne sont rien à leur tour auprès de l'agonie de l'âme. C'est une étreinte , une angoisse, un brisement de cœur si sensible , c'est en même temps une si désespérée et si amère tristesse , que j'essaierais en vain de le dépeindre. Si je dis qu'on endure à tous les instants les angoisses de la mort^ c'est peu : car, au dernier soupir, c'est une puissance étrangère qui semble nous ôter la vie, mais ici c'est l'âme elle-même qui se larrache et qui se déchire. Non, jamais je ne pourrai trouver d'expression pour donner une idée de ce feu intérieur et de ce désespoir qui sont tomme le comble de tant de douleurs et de tourments. Je ne voyais pas qui me les faisait endurer, et je me sentais brûler et comme hacher en mille morceaux ; je ne crains pas de le dire, le supplice des supplices c'est ce feu intérieur et ce désespoir de l'âme.

Toute espérance de consolation est éteinte dans cet effroyable séjour ; on y respire une odeur pestilentielle , et on y manque d'espace pour s'asseoir ou pour se coucher. Telle était ma torture dans cet étroit réduit creusé dans le mur . où I on

KCiuTE PAU i:i.i.i.-mi;mi:. .J/[>

m'avîul enfermée; les murailles de ce cachot, clTioi des yeux, me [«ressaient elles-mômes de leur poids. Là tout vous étoulFe; point de lumière ; ce ne sont que ténèbres de la plus sombre obscurité ; et cependant , 6 mystère ! sans qu'aucune clarté brille, on aperçoit tout ce qui peut être le plus pénible à la vue.

Il ne plut pas h Notre-Seigneur de me donner alors une plus grande connaissance de l'enfer. Il m'a montré de[)uis des chAtimenls encore plus épouvantable? infligés à certains vices; comme je n'en souffrais point la peine, mon effroi fut moindre : dans la première vision , au contraire , ce Divin Mailre voulut me faire éprouver véritablement en esprit, non-seulement l'affliction intérieure , mais les tourments même extérieurs comme si mon corps les avait soufferts. J'ignore la manière dont cela se passa , mais je compris bien que c'était une grande grâce, et que mon adorable Sauveur avait voulu me faire voir de mes propres yeux de quel supplice sa miséricorde m'avait délivrée. Car tout ce qu'on peut entendre dire de l'enfer, ce que j en avais lu , ou apj)ris dans mes |iro|)res méditations , quoique j'aie assez rarement approfondi ce sujet, la voie de la crainte ne convenant pas à mon âme ; tout ce que les livres nous disent des déchirements et des supplices divers que les démons font subir aux damnés, tout cela n'est rien auprès de la réalité : il y a entre l'un et l'autre la même différence qu'entre un portrait inanimé et une personne vivante ; et brûler en ce monde est peu de chose en comparaison de ce feu qui , dans I enfer , brûle les réprouvés.

Il s'est écoulé à peu près six ans depuis celte vision , et je suis encore saisie d'un tel effroi en l'écrivant , que mon sang se glace dans mes veines. Au milieu des épreuves et des douleurs, j'évoque ce souvenir, et dès lors tout ce qu'on peut endurer ici-bas ne me semble plus rien , je trouve même que nous nous plaignons sans sujet. Je le répète, celle vision est , à mes yeux , une des plus grandes grâces que Dieu m'ait faites; elle a admirablement contribué à m'enlever la crainte des iribuliitions et des contradictions de cette vie ; elle m'a ilonné du

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roiirajj;c pour les soiiiïiir ; cnlin elle a allumô dans mon cœnr la plus vive reconnaissance envers ce Dien cjui m'a »léli\rée, comme j'ai maintenant sujet de le croire, de maux si terribles, el dont la durée doit être éternelle.

Depuis ce jour tout me paraît facile à supporter en comparaison d'un seul instant à passer dans le supplice auquel je fus alors en proie. Je ne puis assez ra'étonner de ce qu'ayant lu tant de fois des livres qui traitent des peines de l'enfer . j'étais si loin de m'en former une idée juste et de les craindre comme je l'aurais dû. A quoi pensais-je alors , ô mon Dieu , et comment pouvais-je goûter quelque repos dans un genre de vie fjui m'entraînait à un si effroyable abîme! 0 mon adorable Maître, soyez-en éternellement béni ! Vous avez montré de la manière la plus éclatante que vous m'aimiez infiniment plus que je ne m'^aime moi-même. Combien de fois m'avez-vous délivrée de celle noire prison , et combien de fois n'y suis-je point rentrée conire votre volonté !

Cette vision a fait naître en moi une indicible douleur à la vue de tant d'âmes qui se perdent, et en particulier de ces Luthériens que le baptême avait rendus membres de l'Eglise. Klle m'a donné en outre les plus ardents désirs de travailler à leur salut; pour arracher une âme à de si horribles supplices , je le sens, je serais prêle à immoler mille fois ma vie. Je m'arrête souvent à cette pensée : nous sommes naturellement touchés de compassion quand nous voyons souffrir une personne qui nous est chère , et nous ne pouvons nous empêcher de ressentir vivement sa douleur quand elle est grande. Que doit donc nous faire éprouver l'infortune d'une âme en proie pour une éternité à un tourment qui surpasse tous les tourments? Qui pourrait soutenir une pareille vue? Quel cœur n'en serait déchiré? Émus d'une commisération si tendre pour des souffrances d'un jour , que devons-nous sentir pour des douleurs sans terme? lit pouvons-nous prendre un nioment de repos , en voyant la perte éternelle de tant d'âmes que le démon entraîne chaque jour avec lui dans l'enfer ?

ECRITE J'All ELLE-MÊME. .'H 7

Un désir non moins arilenl dont je brûle , c est t|iio I iilliiiic si imporlnnle de noire propre salul nous occupe loul entiers. Non . point de réserve : faisons tout ce qui dépend de nous pour plaire à Dieu , cl ne cessons de lui demander à celle fin le secours de la i^ràce. Je l'avoue . après ce que j'ai vu , je ne saurais élre sans crainte. Toute njéclianle que j'étais , j'avais quelque soin de servir Dieu ; j'évitais certaines fautes que l'on compte pour rien dans le monde. Noire-Seigneur me faisait aussi la izrAce de supporter de grandes maladies avec une inaltérable patience; je n'étais portée ni à murmurer, ni à médire; il m'aurait été . ce me semble , impossible de vouloir du mal à qui que ce soit ; je n'étais point travaillée par la convoitise , mon cœur ne connaissait pas l'envie, ou , s'il en éprouvaquelque atteinte . jamais du moins je ne me sentis coupable en cela d'aucune faute grave ; il y avait en moi quelques autres dispositions à la vertu , que je passe sous silence ; enfin , quoique irès-misérable , j'avais presque toujours devant les yeux la crainte du Seigneur ; et, malgré tout cela, j'ai vu la triste demeure que les démons m'avaient [)réparée ; et, si le supplice que j'endurai fut terrible , il me semble , à vrai dire , que par mes fautes j'en avais mérité un plus grand. N'ai-je donc pas raison de dire qu'il est dangereux de se contenter de médiocres etîoris , quand il y va de l'éternité ! Comment surtout une ame fjui , à chaque pas . tombe en péché mortel . peut-elle goûter un seul moment de repos et de bonheur ? .\u nom de Dieu , (ju'elle se hâte de fuir les occasions , et ce Dieu de bonté ne manquera pas de venir à son secours , comme il l'a fait à mon égard. O doux Sauveur, qui m'avez tendu une main si secourable, daignez me soutenir désormais , afin que je ne tombe plus , j'ai vu 1 affreux abîme oîi mes chutes me feraiiTit descendre ; préservez-moi d'un tel malheur , je vous en conjure au nom de voire bonté infinie. Ainsi soit- il.

Cette mystérieuse vision et d'autres non moins insignes sur la félicité future des justes et les peines des méchants , portèrent dans mon âme la plus vi\e lumière. Je ne cessais de

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soupiror après un nouveau genre de vie où je pusse l.nre pénitence de mes péchés et me reniirc tant soit peu digne de celte gloire du Ciel qui m'avait été montrée. Fuir tout commerce avec les créatures , et me séparer entièrement du monde, était mon unique vœu. Cette pensée occupait sans cesse mon esprit , mais loin de le troubler , elle v versait un»' paix délicieuse : il était manifeste qu'elle venait de Dieu . ainsi que cette nouvelle ardeur dont je me sentais enflammée pour son service. Recherchant donc ce que je pourrais faire pour sa gloire , il me sembla que je devais commencer par satisfaire aux devoirs de ma vocation , en gardant ma règle avec la plus parfaite fidélité dont je serais capable.

Quoique le monastère où j'étais fût bien réglé et comptât un grand nombre de fidèles épouses de Notre -Seigneur , il était si pauvre que les Religieuses se voyaient souvent obligées d'en sortir pour aller passer quelque temps soit chez leurs parents, soit dans d'autres maisons où toujours du reste elles pouvaient vivre en tout honneur cl toute religion. Ce monastère n'avait pas non plus été fondé dans la rigueur de la première règle ; on n'y observait, comme dans tout l'Ordre, que la règle mitigée autorisée par une bulle du Pape. Je menais , ce me semblait , une vie trop douce et trop commode , parce que la maison était vaste et fort agréable. Mais de tous les inconvénients, le plus grave, à mes yeux, était ces fréquentes sorties auxquelles j'étais condamnée plus que d'autres; car certaines personnes , à qui nos Supérieurs ne pouvaient rien refuser, souhaitant de m'avoir en leur compagnie, l'obtenaient d'eux par leur imporlunilé. Il résultait de là que je restais peu dans mon monastère. Le démon devait sans doute y contribuer aussi, jaloux du grand bien que je faisais à quelques-unes de mes Sœurs , en leur faisant part des instructions que me donnaient les Maîtres spirituels avec qui je communif|uais.

Les choses étant dans cet état, une personne (1 ) dit un jour

(I) La Sainte flésigno ici une doses nièces. Marie de Ocanipo, fille de .lanine» Ho Cepeda et do Héatrix do la Crux y Ocampo

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dans un entretien à moi cl à quelques autres réunies dans nui cellule , que si nous clions déterminées à vivre coniinc les Religieuses Déchaussées , il serait j)Ossible de fonder un monastère. Charmée d'une proposition qui répondait à mes vœux les plus intimes . je me hAtai d'en parler à celte dame veuve qui était tant de mes amies , et dans les mômes sentiments que moi. Elle goûta si fort un tel dessein , que sur-lechamp elle s'occupa des moyens d'assurer des revenus au

Marie de Ocampo, ainsi que son angélique sœur Eléonoro de Cepeda , avaient été placées dès leur plus tendre enfance dans le monastère de l'Incarnation pour y être élevées sous les yeux de leur Tante. Térése cultiva ces deux âmes avec tout le dévouement de la sainteté , et eut le bonheur do préparer à Jésus-Christ deux Epouses dignes de lui. La jeune Marie devait néanmoins , avant de se lier jjar des nœuds éternels à lEpoux des Vierges , remporter sur elle-même une éclatante victoire. Comme elle avait reçu de Dieu les plus belles qualités de l'esprit et du cœur, et qu'en outre elle était douée de toutes les grâces de la nature, elle se laissa vaincre à un sentiment de secrète complaisance en elle-même ; cédant à la légèreté irréfléchie de son âge , elle s'appliquait à rehausser ces avantages extérieurs , elle aimait à se parer avec une exquise élégance , et trouvait , pour y réussir , de merveilleuses industries ; ùme candide , elle ne voyait pas sans doute grand mal dans une pareille conduite. Cependant le moment de la grâce n'était pas loin.

A peine âgé de dix-sept ans , elle allait être toute à Jésus-Christ , et coopérer à l'accomplissement d'un de ses plus grands desseins.

Le 16 juillet de l'année 1560 , le jour même de la fête de Notre-Dame du Mont- Carme! , Marie de Ocampo passait les dernières heures d'une si belle journée dans la cellule de sa tante : là se trouvaient sa sœur , Eléonore de Cepeda , d'autres parentes et nièces de la Sainte, les unes Séculières , les autres Religieuses, et enfin Jeanne Suarez, cette grande amie de Térèse. La conversation s'étant engagée sur les obstacles qu'on rencontrait h une vie sainte et recueillie dans un monastère si nombreux , Marie de Ocampo prit soudain la parole , et dit avec une admirable vivacité : « Eh bien ! nous toutes ici réunies , allons ailleurs pour mener une vie » plus solitaire, à la manière des ermites du désert : si vous vous sentez le cou- » rage de vivre comme les Franciscaines Déchaussées , il y aura bien moyen de fon- » der un monastère. » Comme ces paroles venaient du Ciel à l'insu de celle qui les prononçait , elles produisirent une profonde impression sur tous les cœurs; c'était un trait de lumière et de grâce. A cette seule pensée , toutes ces^vierges avaient tressailli de joie. I>a conversation devint plus vive , déjà l'on parlait de trouver des fonds : la jeune Marie tranche d'un mot la difficulté : «J'offre, dit-elle, mille ducats de mes biens, n Térèse était payée en ce moment des soins prodigués à son élève , et voyait s'élever déjà l'édifice de la Réforme du Carmel.

De son côte, Marie de Ocampo recevait le salaire de son magnanime dévouement ; à l'instant même où elle promettait les mille ducats, Notre-Seipneur lui apparaissait , et lui témoignait sa satisfaction. A cette vue, cette âme grande cl généreuse se sentant détachée île tout ce qui passe, prit linébraiilalile résolution do se consacrer tout entière a son Dieu dans la vie religieuse. Six mois après la fondation de Saint-Joseph d Avila , vers la fin de février do l'an 1563 . oIIp

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nouvCfiu iiionaslèic. Comme je le vois mainlonanl, il n'v avail guère d'apparence de succès ; mais avec l'ardeur de nos désirs, tout nous semblait possible. D'un autre côté . vivant très-t'ontcnte dans la maison où j'étais , la trouvant fort à mon i^oùt, et ma cellule tout à fitil au gré de mes désirs , je balançais encore; il fut néanmoins convenu entre cette dame (1) et moi que nous recommaniierions beaucoup l'affaire à Dieu.

eut le bonheur de recevoir le saint habit ; Tannée suivante , le 21 d'octobre , elle fit profession. Elle porta dans leCarmol le nom de Marie-Boptiste. Sainte Térésc ne pouvait se lasser d'admirer ses rapides progrès dans la perfection , et tant d'amabilité unie h une vertu si ferme ; elle la regardait^ à juste titre, comme une des plus fortes colonnes de la Réforme naissante. On Voit par les lettres qu'elle lui écrivit la tendre affection qu'elle lui portait. Tous ceux qui la connurent étaient ravis de voir en elle , avec les plus riches trésors do la grâce céleste , une telle grandeur d'àme , un esprit si élevé , et une sagesse si consotnmée. Le couvent de Valladolid eut le bonheur de l'avoir longtemi» pour Prieure. Telle était l'idée qu'on avait de sa sainteté , que Philippe III et la ixùne sa femme s'estimèrent heureux de voir au Carmel de Valladolid cette grande servante de Dieu sur son lit de mort , et de recommander à ses prières leurs personnes et leurs états. Quand la gloire du Ciel commença à lui apparaître , quel souvenir pour elle que ces paroles prononcées à dix-sepl ans! (juel magnifique enchaînement de grâces Dieu attache parfois à une résolution magnanime prise à ce bel âge de la vie I

Voir Ribera , vie de sainte Térèse , liv. I" , chap. XIII. — Hist. gén. des Carmes , liv. II, chap. II.

Nous avons vu au Carmel de Valladolid l'urne qui renferme les précieux ossements de Marie deOcampo ; elle est placée au haut de la grande grille du chœur , ayant à droite et à gauche les urnes où sont les ossements de quelques autres Carmélites mortes en odeur de sainteté. Pensée vraiment ingénieuse et charmante , que ces tombeaux en quelque sorte suspendus en l'air ! Ces Vierges qui se sont i^ndormies dans le Seigneur reposent entre leurs sœurs bien-aimées de l'exil , et le Tabernacle du Dieu vivant ; suspendues entre le Ciel et la terre , elles ont déjô pris l'essor pour voler , au dernier jour, au devant du Juge qui doit les couronner.

Saitite Terèse ayant séjourné à différentes époques au Carmel de Valladolid , la cellule qu'elle sanctifia a été changée en un oratoire où l'art et la piété n'ont rien oublié pour rendre encore la Sainte présente. C'est dans ce sanctuaire que fut tiécouverte devant nous l'urne dépositaire des ossements de Marie de Ocampo ; et c'est là que nous avons eu le bonheur de tenir dans nos mains et de vénérer cette tête que la foi nous montrait déjà couronnée de rayons.

Les CarVnélites de Valladolid ont voulu donner une preuve éclatante de leur tendre affection pour le Carmel de France ; elles nous ont cédé la partie inférieure de ce chef V('ni'rable d'où , par le conseil éternel du Très-Haut , partirent les paroles qui donnèrent la première impulsion à la Réforme de l'Ordre d'Elie. Cette relirpie insigne était destinée au Carmel de Toulouse . et elle est maintenant au pouvoir He la Révérende Mère Marie-Térèsc du Bourg , Prieure de ce Monastère.

'1) Guiomar de L'Iloa , dont la Sainte aura encore si souvent a parler. Voir»* t)iographiC) page Hlîi.

ÉCRITE l'Ail KI.I.K-MÉMK. 'AS\

t'n jour , au momont où je venais t)c communier, Nolro- Scigneur me commanda ox|iressémenl « de m cm[»lovor do » toutes mes fo^cc^ à I étahlissemenl de ce monastère , me » donnant la formelle assurance qu'il réussirait et que la fer- » veur avec laquelle il v serait servi lui procurerait beaucoup 0 de gloire; il voulait qu'il fût dédié sous le nom de Saint- » Joseph ; ce Saint veillerait pour notre garde à l'une des » portes , et la très-sainte Vierge à l'autre , tandis que lui ,

Environ douze ans après le mémorable entretien de l'Incarnation , et tandis que la Sainte était Prieure de ce Monastère . l'angélique Eiéonore de Cepeda , sous les youx de sa Mère bien-aimée, quittait l'exil et moissonnait la palme des Vierges. Téréso lovait toujours tendrement chérie , parce qu'elle avait toujours été pure tomme un Ange ; elle avait fait de bonne heure d'admirables progrès dans l'oraison. Souverainement détachée de tout ce qui passe, et embrasée de l'amour de son Dieu, elle ne soupirait qu'après le moment de le posséder dans la Patrie.

La veille même du beau jour qui devait combler tous ses désirs, Térèse vit combien sa mort serait précieuse devant le Seigneur ; elle connut qu'elle irait droit au (hel. sans passer par le Purgatoire. Qu'on juge de ce que dut éprouver la Sainte, lorsque tenant dans ses bras sa chère Eiéonore mourante , elle la remettait en quelque sorte de main en main au Divin Epoux des Vierges ! Au moment où les Sœurs transportaient ce corps virginal au chœur, pour les funérailles, Terése vit une multitude d'Anges qui portaient avec elles le saint fardeau , circonstance qui faisait dire plus tard à la Sainte racontant cette \ ision : C'est afin que Von voie combien Dieu honore les corps où ont été des dmes justes. Aussi elle voulut que l'enterrement se rhangeàt en une pompe triomphale. La circonstance était parfaite pour son des- .•iein : on était dans l'octave de la Fête-Dieu ; l'Eglise du monastère était magnifiquement parée. Au lieu d'une messe de mort , on dit la messe du très-saint Sacrement qui était celle du jour ; elle fut solennellement chantée, avec accompagnement d'orgue. L' Alléluia , plusieurs fois répété , semblait célébrer l'entrée de cette âme dans le séjour des joies éternelles. La Procession du très-saint Sacrement qui devait avoir lieu , acheva de donnera ces funérailles l'aspect d'une fête du Ciel. Eiéonore , revêtue des saints habits des Vierges du Carmel , apparaissait dans son cercueil parsemé de lis et de Heurs , comme sur un trône de gloire. L'n rayon de la Majesté divine brillait sur ce front d'une ineffable blancheur. Ses yeux semblaient fixer encore la Beauté souveraine qui l'avait ravie ; un céleste sourire était peint sur ses traits ; on n'eût pas dit qu'elle était morte , mais en extase. La Procession faisant lentement le tour du cercueil, lors<iue le très-saint Sacrement fut près d'elle, Térèse et toutes les Religieuses purent à loisir contempler une dernière fois cette figure qui semblait se ranimer et briller d'une beauté plus vive. Après que Jésus- Christ ainsi porté en triomiihe eut lui-même béni la sainte dépouille de son Epouse, les Religieuses la descendirent dans les caveaux du monastère où elle repose. *

Comme l'angélique Eiéonore de Cepeda , Jeanne Suarez , la tendre et fidèle amie de Térèse , précéda la Sainte dans le séjour de la félicité. Après sa mort , elle lui apparut toute rayonnante de gloire , et lui adressa ces paroles : Par toi, Térèse , je suis sauvée ! Por ti , soy salva !

Voir Ribera , vie de sainte Térèse , liv. IV , chap. V et chap. XT.

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» Jésus-Christ , serait au milieu de nous. Celte maison serait » une éloilo qui jetterait une grande splendeur. Quoique les » Ordres religieux n'eussent point leur ferveur première , je » ne devais pas croire qu'il en tirait peu de gloire, ni peu de » service : et que deviendrait le monde , s'il n'y avait des » Religieux? Enfin il m'ordonnait de déclarer à mon Confes- » seur (1) le commandement qu'il venait de me faire , et de lui » dire de sa part de ne pas s'y opposer , et de ne pas m'en » détourner. »

Cette vision et ces paroles agirent d'une manière si puissante sur mon âme , que je ne pus douter que Dieu n'en fût l'auteur. Je ne laissai pas néanmoins de ressentir une peine très-vive , parce que mon esprit me représenta en ce moment une partie des travaux et des croix que devait me coûter une pareille entreprise. Je me trouvais d'ailleurs Irès-contenle dans le monastère où j'étais ; et, si j'avais commencé à traiter de celle afiPaire , ce n'avait été ni avec une détermination arrêtée , ni avec certitude qu'elle réussirait. Ici Notre-Seigneur me donnait un ordre pressant ; et , comme j'entrevoyais les grandes difficultés que j'allais rencontrer , je balançais encore sur ce que j'avais à faire. -Mais le Divin Maître me commanda tant de fois la même chose , et me présenta des raisons si nombreuses et si évidentes pour l'entreprendre , que , ne pouvant douter que ce ne fût sa volonté , je n'osai différer davantage d'en parler à mon Confesseur. Je lui donnai môme par écrit la relation de tout ce qui s'était passé. Quoique , d'après les lumières de la raison , il ne vît guère d'apparence de succès dans un tel dessein , à cause du peu de ressources de mon amie pour subvenir aux frais de la fondation , il n'osa pas me donner le conseil d'y renoncer ; il me dit de le proposer au Provincial de notre Ordre (2) , et de m'en remettre à sa décision. Je me conformai à cet avis ; mais comme je n'avais pas coutume de parler à ce Supérieur des visions et des grâces

(I; Lp IVre IJaltliJibiir Alvarez, ^'oir sa biographie, pag. 294. (2; Le Père Ange dcSalazar , Provincial de Castille.

ÉCnilE PAU KLLE-.MKME. 38.'i

oxlraorilinaircs (juc je recevais , ce l'ut cette dame qui lui déchira nolro dessein de fonder un couvent de la règle priniilivc. Ce l'ère . qui a à ca>ur tout ce qui tient à la perfection de I elal religieux , entra aussitôt dans les intentions de ma compagne, lui promit de l'aider et de consentir à la fondalion. Ils (tarlèrent du revenu nécessaire au nouvel établissement , et du nombre des Religieuses qui y seraient admises ; il fut convenu, pour diverses raisons, que ce nombre ne dépasserait jamais celui de treize. Avant d'en venir là , nous avions écrit au bienheureux Père Pierre d'Alcantara pour l'informer de l'état des choses ; et non-seulement il nous avait conseillé de poursuivre cette entreprise , mais il nous avait donné ses avis sur la conduite que nous avions à tenir (1).

Notre projet fut à peine connu , qu'il s'éleva contre nous une persécution qui serait bien longue à raconter. Que de mots piquants, que de railleries ! On disait de moi que j'étais folle de songer à sortir d'un monastère où je me trouvais si bien ; mais on se déchaînait avec plus de violence contre ma compagne. Elle avait peine à le supporter , et je ne savais que devenir non plus qu'elle , voyant qu'en certaines choses on

I Voici , d'après Ujbcra , l'adresse que portait une des lettres de saint Pierre d'Alcantara à sainte Térésc :

n A la trôs-magnifique et religieuse Dame , Dona Tercsa de Ahumada , à Avila , u que Notre-Seigneur fasse d'elle une Sainte. «

La Sainte consulta aussi vers cette épo(iuc , saint Louis Bertrand , cette grande lumière de l'Ordre de Saint-Dominique. Le Saint était alors à Valence, en Espagne, où il exerçait la charge de Maître des novices; après avoir recommandé à Dieu , pendant trois ou quatre mois , une aussi importante affaire , il répondit en ces termes :

« Mère Térèse , j'ai reçu votre lettre ; et , parce que l'afTaire sur laquelle vous u me demandez mon avis , est de si haute importance au service de Notre-Sei- •> gneur, j'ai voulu la lui recommander dans mes pauvres prières et aux saints sacri- » fiées ; c'est la raison pour laquelle j'ai tardé ii vous répondre : maintenant je vous » dis , au nom du même Seigneur , de vous armer de courage pour exécuter une si » grande entrej)riso dans laquelle il vous aidera et vous favorisera; et je vous assure » de sa part qu'avant que cinquante ans se soient écoulés , votre Ordre sera un des « plus illustres de l'Eglise de Dieu lequel vous ait en sa sainte garde.

» A Valence. Frère Lovis BnnTnAM). »

Les BoUandistes, dans la vie de saint Louis Bertrand , rapportent que la vérité de cette prédiction avait été regardée dans le procès de la canonisation de ce Saint comme une preuve authentique de l'esprit prophétique dont Dieu l'avait favorisé.

:{Hi VIR DP. SAINTE TÉtlÈSB

nvait hnruninomont raison. L'amo navrée de douIcMir . jr me rériii;i:n dans la prière, me rcconiinandanl au Divin Maître ; il daiiina me consoler , et relever mon courage. «Je verrais « par là. me dit-il, ce qu'avaient soufîert les Saints qui avaient « fondé des Ordres religieux ; il me restait encore beaucoup « plus de persécutions à essuyer que je ne pouvais penser ; « mais je ne devais point m'en mettre en peine. » Il ajouta quelques paroles particulières pour ma compagne , m'ordonnant de les lui transmettre. Que rclTet de ces paroles fui admirable ! A notre grand étonnement , nous nous trouvâmes soudains consolées de tout le passé, et pleines décourage pour résister à tous nos adversaires. Il faut le dire, il n'y avait dans la ville presque personne, même parmi celles d'oraison, qui ne nous fût contraire , et qui ne regardât notre projet comme le comble de la folie.

Cette atfaire flt tant de bruit et causa tant de trouble dans mon pro[)re monastère qu'il parut ardu au Provincial de lutter seul contre tous ; il changea donc d'avis et ne voulut plus consentir à cette nouvelle fondation. H nous dit que les revenus proposés n'étaient ni sûrs, ni suffisants, et que l'opposition à noire projet était trop grande. En tout cela, il semblait bien qu'il avait raison ; eniin il rétracta sa promesse et le consentement qu'il avait d abord donné. Ainsi , lorsque nous croyions ètie venues à bout des plus grandes difficultés , nous eûmes le déplaisir de voir que le Provincial de l'Ordre nous était contraire. J'en éprouvai en particulier une peine très-vive, parce que son approbation m'aurait suffi pour me justifier aux yeux de tout le monde. Quant à ma compagne , on ne voulait plus lui donner l'absolution, si elle ne renonçait à ce dessein, parce que, disait-on, elle était obligée de faire cesser le scandale.

Avant que notre Provincial eût ainsi changé d'avis, et dans le temps où, personne dans la ville ne voulant nous donner conseil , on nous accusait de ne suivre que nos tètes , cette dame était allée trouver un saint Religieux de l'Ordre de Saint-

KCRITE PAR EI.I.E-MKME. 385

Dominique (I) . l'homme lo plus instruit qui fut alors dans celte ville, ol auquel peu dans son Ordre étaient supérieurs, Désirant ardemment être aidée de ses lumières , elle l'avait informé de tout avec la [)lus grande exactitude, et lui avait dit ce qu'elle pouvait donner de son patrimoine pour la fondation du nouveau monastère. De mon coté . je lui lis connaître tout notre des>ein , mais sans lui pailer des révélations que j avais eues ; je me contentai de lui dire les raisons naturelles qui me déterminaient , désirant qu'il ne prononçait que d'a()rès cet exposé. Il demanda huit jours pour y réfléchir, et voulut savoir si nous étions résolues de suivre ses avis. Je lui répondis que oui ; mais malgré celte réponse qui était, ce me semble . l'expression vraie de mes sentiments, je demeurais toujours dans une ferme assurance que l'affaire réussirait. La foi de ma

) Ce saint Religieux est Pierre Ybancz , une des gloires de cet Ordre qui a donné à l'Eglise tant de grands hommes, tant de génies, tant d'Apùtrcs et de Saints. Il professa la théologie avec distinction , et il sut toujours allier la sainteté de la vie avec les labeurs de la science. Nous avons de lui un traité fort estimé , écrit en langue castillane, sur le Discertiemenl des Esprits. Jacques Echard , dans sa Bibliothèque des Ecrivains de l'Ordre de Sainl-Dominique , nous a laissé de cet éminent théologien un noble portrait que les Bollandistes ont reproduit dans leur ouvrage sur sainte Térèse.

Le premier il eut l'heureuse idée de donner à Térèse l'ordre d'écriri; I histoire de sa vie. Cette première histoire commencée au monastère de l'Incarnation d'Avila , et terminée en juin 1562 à Tolède, chez Louise de la Cerda, sœur du Duc deMedina Cœli , n'existe plus ; mais heureusement elle se retrouve tout entière quant au fond dans la seconde que la Sainte écrivit avec plus d étendue , par le commandement d'un autre Religieux non moins célèbre de l'Ordre de Saint-Dominique , le Père Garcia de Tolcdo. Ce fut dans le monastère de Saint-Joseph d Avila, fondé le 24' jour d'août , en 1562 , que sainte Térèse travailla pendant les années 1563 , 1564 et 1565 , à cette seconde vie qui est celle que nous possédons, el dont le manuscrit conservé à l'Escurial , a été entre nos mains.

Nous aimons à le dire avec un historien de la Sainte : Si Pierre Ybanez fut utile à Térèse pour le bien de son ûrae, et pour l'établissement du premier monastère de la Réforme , il dut de son côté aux grands exemples de cette Vierge séraphique les admirables progrès qu'il fit dans la vie spirituelle. Maître et disciple tout ensemble de Térèse , il s'éleva en peu d'années à la plus haute sainteté. Dieu se plut à le récompenser avec munificence de tout ce qu'il avait fait pour la Réformatrice du Carmel , et il ne cessa plus de répandre ses grâces avec profusion dans cette ûmc privilégiée.

Sainte Térèse, dans ce livre de sa vie, nous fait connaître quelques-unes des grâces extraordinaires dont Dieu favorisa ce glorieux fils de Saint-Dominique , et elle nous a laissé au chap. XXXVIII le ravissant tableau de sa sainte mort , arrivée en 1565, dans le couvent deTrianos.

VIF. DE s. TÉI\ÉS£. Î5

compagne éiait plus vive que la mienne ; rien de tout ce qu'on lui anrail pu dire n'aurait été capable de lui faire abandonner co dessein. Quant à moi , je croyais , je le répète , qu'il ne pouvait manquer de réussir ; mais tout en regardant comme vraie la révélation que j'avais eue . je n'y ajoutais foi qu'autant qu'elle n'aurait rien de contraire à la sainte Ecriture et aux lois de l'Église que nous sommes tenus de suivre. Ainsi . si ce savant Religieux eiît dit que nous ne pouvions , sans offenser Dieu et sans blesser notre conscience , poursuivre ce dessein , il me semble que je m'en serais départie à l'heure même, ou que j'aurais cherché d'autres voies pour le faire réussir. Notre-Seigneur ne me donnait pas alors d'autres lumières pour ma conduite.

Ce grand serviteur de Dieu m'a avoué depuis que, connaissant l'opposition de toute la ville, et ayant été averti par un gentilhomme de bien prendre garde de nous assister , il était entré dans ce sentiment général que notre projet était une folie, et avait résolu d'user de tout son pouvoir pour nous porter à y renoncer : mais qu'avant de nous répondre , ayant examiné l'affaire avec grand soin , considéré notre intention et la régularité que nous voulions établir dans ce nouveau monastère , il était demeuré persuadé que ce dessein était fort agréable à Dieu. Ainsi il nous répondit que , bien loin d'y renoncer, nous devions nous hâter de le mellrc à exécution ; il nous indiqua même la manière de nous y prendre et la conduite à tenir. Il ajouta que le revenu qu'on y affectait était insuffisant à la vérité , mais qu'il fallait bien donner quelque chose à la confiance en Dieu. Enfin , il s'offrait de répondre aux difficultés de tous ceux qui s'opposeraient à notre dessein. Depuis ce moment . en effet , il n'a jamais cessé de nous prêter le plus ferme appui, comme je le dirai dans la suite.

Extrêmement consolées par cette réponse, nous ne le fûmes pas moins en voyant quelques personnes de sainte vie . qui auparavant nous étaient contraires . non-seulement s'adoucir , mais nous prêter même leur concours. De ce nombre était ce

saint gentilhomme dont j'ai fait mention (1). Noire dessein lui semblait (l'une perfection très- relevée, attendu qu'il reposait tout entier sur le fondomcnl de I oraison ; et , si l'exécution avait à ses yeux de grandes difficultés , il ne laissait pas de juger que Dieu en pouvait bien être l'auteur. Je ne doute pas que Notre-Scigncurne lui ail inspiré des sentiments si favorables, de même qu'à cet Ecclésiastique auquel je m'étais d'abord adressée , et dont j'ai parlé plus haut (2) : car , il n'y a rien qu'il n'ait fait pour nous assister. C'était un homme dont tout le monde admirait la vertu , et que Dieu avait visiblement établi dans cette ville pour le salut d'un grand nombre d'âmes.

Les choses étant en ces termes , et nous trouvant secourues par beaucoup de prières , nous achetâmes une maison ; elle était dans un site favorable , mais fort petite ; c'est de quoi je n'avais nulle peine , parce que Notre-Seigneur m'avait dit : « Entre comme tu pourras , lu verras ensuite ce que je ferai.» Et , certes , je l'ai admirablement vu. Aussi , malgré la modicité du revenu , j'avais la ferme conviction que le Divin Maître viendrait à notre secours par d'autres voies , et favoriserait notre entreprise.

(1) François de Salcedo. Voir sa biographie au chap. XXIII.

(2) Le Maître Daza. Voir sa biographie au même chapitre.

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