‹ Vie de Sainte TérèsaChapitre 8 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Grâces dont Dieu la prévient dés sa plus tendre enfance. — Désir du martyre. A douze ans , perdant sa mère , elle conjure la sainte Vierge de lui en tenir lieu.

L'émincnte piété de mes parents (1) , et les faveurs dont Dieu me combla dès mon enfance , auraient dû suffire , si je n'avais été si inGdèle. pour me fixer dans le sentier de la vertu. Mon père se plaisait infiniment à la lecture des bons livres , et il tenait à en avoir d'écrits en langue castillane , afin que ses enfants pussent les lire. Cette pieuse industrie , le

(J ) Les parents fortunes auxquels Dieu , dans ses desseins éternels, avait réservé la gloire de donner à l'Église et au Ciel la séraphique Térèse de Jésus , furent Alphonse Sanchez de Cepeda et Béatrix de Ahumada , ijlustres tous les deux par la noblesse de leur origine , et plus encore par l'élévation de leurs sentiments chrétiens (1).

Térese naquit à Avila, en Espagne , lan 1515 , sous le pontificat de Léon X et la régence de Ferdinand V , qui gouvernait en Castille pour Jeanne , sa fille , mère de Charles-Quint. Par une disposition de la Providence , ce fut la veille même de saint Berthold , premier général des Carmes parmi les Latins , le 28 mars , que la future Réformatrice du Carmel vit le jour. En outre , son berceau parut comme abrite entre deux grands ordres religieux de l'Église , l'ordre des Dominicains et celui des Bénédictins , car la maison de ses parents se trouvait en face du monastère du glorieux saint Dominique , qui devait protéger Térèse dune manière si éclatante , et auprès du sanctuaire de sainte Scholastique , qui devait voir en elle une si parfaite imitatrice de sa vie contemplative. La foi vive d'Alphonse et de Béatrix ne put .souffrir de différer un instant le bonheur de la régénération chrétienne à l'enfant de bénédiction que Dieu venait de leur donner. Ainsi , incontinent après sa naissance , elle fut portée à l'église de la paroisse Saint-Jean , où elle reçut , avec le

(i) Sur la famille de sainte Térèse , voyez a la fin du volume la note A.

>oiii avei- It'cjui'l ma tnère nous faisait prier Dieu , et nous inspirait de la dévot ion envers Notre-Dame ainsi qu'envers quelques Saints , excitèrent , en mon âme , comme les premières étincelles de piété , à l'âge , ce me semble , de six ou sept ans. Cel élan d'une vertu naissante se trouvait soutenu par l'exemple des auteurs de mes jours. Modèles de vertu , ils n'accordaient qu'à elle leur estime et leur faveur. On voyait en mon père une admirable charité envers les pauvres , et la

baptême , ce beau nom de Térése , qu'elle devait immortaliser par la sainteté de sa vie.

Nous avons eu le bonheur de nous agenouiller et de prier devant ces fonts baptismaux , où le Saint-Esprit vint prendre possession de ce cœur virginal qu'il devait éternellement garder pur et sans tache.

Dieu a voulu glorifier le berceau de sainte Térèse ; c'est aujourd'hui un des plus beaux sanctuaires du Carmel. Une église et un monastère de Carmes-Déchaussés s'élèvent là où était l'antique habitation des Cepeda. Dans le plan de l'église , on a respecté l'appartement où nacjuit la Sainte et celui qu'elle habita près de quinze ans. Ils forment un petit sanctuaire , enclavé dans le grand , et (|ui se trouve à coté de la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel. L'art et la piété ont à l'envi conspiré à embellir cet oratoire aimé du Ciel. Au-dessus de l'autel , on voit une m;>gnirique statue delà Sainte. On l'a représentée au moment où elle vit, avec un si profond sentiment de douleur , Notre-Seigneur couvert de plaies. Sa figure respire quelque chose de cette indéfinissable tristesse qu'on voit peinte sur les traits d'une Mater dolorosa. Divers tableaux retracent les époeiues solennelles de la vie de la séraphique vierge du Carmel. C'est dans cet asile sanctifié par sa naissance et son séjour , (|ue les Carmes conservent les reliques qu'ils possèdent de leur glorieuse Fondatrice. Ces reliques , gardées avec toutes les saintes jalousies d'un filial amour , et entourées de tant d'hommages , sont 1" Un doigt de la main droite ; 9" son rosaire ; 3° une alpargate ou sandale^ 4» le bâton dont elle se servait dans ses voyages. On voit en outre , à côté de la porte , une croix de quatre à cinq pieds faite avec le bois de l'appartement où naquit la Sainte. Jour et nuit , des lampes brûlent dans ce sanctuaire ; chaque matin , l'adorable sacrifice y est offert, et la prière y monte sans Cesse vers le Ciel. Il nous a été donné d'immoler l'Agneau sans tache et de l'offrir sur cet autel, pour remercier le Très-Haut de la magnificence de ses dons envers la séraphiquc Térèse.

Le monastère est beau', et entouré de vastes jardins. Le cloitre est très-remarquable ; des peintures à fresciue retracent la vie de sainte Térèse et de saint Jean de La Croix. Une des scènes qui frappent le plus les regards , c'est celle où la Sainte , h l'âge de sept ans , est rencontrée sur la route de Salamanque par un de ses oncles , lorsque , avec son jeune frère Rodrigue , elle s'en allait , à pas pressés, au pays des Maures chercher la palme du martyre. Il y a une expression céleste sur cette figure radieuse de beauté , d'innocence , que l'amour divin colore de ses feux. Faut-il donc, semble dire l'angélique Térèse , que j'immole au devoir d'obéir, tant de bonheur et de gloire que me promettait le martyre !

Dans le plan de ces édifices , on a également respecté cet endroit du jardin où , avec son cher Rodrigue , elle bâtissait des ermitages. C'est aujourd'hui un parterre

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compassion la plus vive pour les malades. Sa bonté à Jéiiard de SCS serviteurs allait si loin , que jamais il ne put se résoudre n prendre des esclaves , son Ame était tro|) flétrie à la vue de leur sort. Aussi , ayant eu quelque temps dans sa maison une esclave d'un de ses frères , il la traitait à l'égal de ses enfants, et il était si touché de ne pas la voir libre , qu'il en éprouvait, disait-il , une intolérable douleur. Dans ses [)aroles se fit toujours remarquer un respect souverain pour la vérité. Nul ne

contigu h l'église. Nous y avons vu une vigne qui de ses branches tapissait les murs , des rosiers et quelques fleurs. En entrant dans cette petite Thébaïde , on est saisi ; on n'ose fouler ce sol où l'œil de la foi découvre l'empreinte toute récente des pas de Térèse. L'âme s'épanouit ensuite en respirant dans cette solitude , moins le parfum des roses et des fleurs, que les parfums d'innocence que cet ange semble y répandre encore. Malgré soi on est attendri , on se recueille ; on entend Térèse et Rodrigue parlant du Ciel et s'encourageant au martyre. Ce cri qui s'échappait de leurs cœurs embrasés: Quoi! pour toujours I toujours! toujours! semble retentir encore ; il trouve un écho fidèle dans le cœur du fortuné pèlerin , et le fuit .soupirer après les joies éternelles de la Patrie.

Il faut le dire cependant , une tristesse profonde vient se mêler aux pures et suaves émotions qu'inspire l'aspect de lieux si chers. La tourmente révolutionnaire , comme on le sait , a supprimé en Espagne tous les ordres religieux d'hommes , et frappé d'une mort lente les ordres religieux de femmes , par la défense de recevoir des novices. Un délire impie et sauvage , en renversant pres<iue toutes leurs églises et leurs monastères , n'a pas craint de renverser les monuments des beaux-arts. En quelques jours , il a abattu l'ouvrage des siècles. De Fontarabie jusqu'à Sévillc , ce sol catholique n'ofl"re à l'œil consterné du chrétien et de l'homme civilisé qu'une lamentable traînée de ruines. Le berceau de sainte Térèse a trouvé grûce; mais, hélas I il n'y a aujourd'hui que trois religieux Carmes sécularisés qui veillent à sa garde. On leur a laissé l'église , quelques cellules et le cloître ; le reste du monastère leur est enlevé. La Sainte , nous l'espérons , saura défendre son glorieux berceau et ranger une seconde fois autour de lui une tribu florissante de religieux qui fera revivre la sainteté des plus beaux jours du Carmel.

Avila est une noble et ancienne ville de la Vieiile-Castille. Le célèbre Clusius pense que c'est 1' Afibu^jc de Ptolémée. Sa situation est pittoresque ; bâtie sur la pente d'une colline , elle domine de cette hauteur une vaste plaine que borne au loin une chaîne grandiose de montagnes. Elle est environnée de remparts flan(]ués de distance en distance d'élégantes tours. Non loin de ses murs coule une rivière , l'Adaja, qui arrose ces fertiles campagnes. Le ciel y est presque toujours sans nuage; c'est le beau ciel d'Espagne. L'air qu'on y respire est très-vif et tres-pur ; les eaux y sont limpides et d'une admirable fraîcheur. C'est de la route de Salamanqui> qu'il faut considérer Avila ; son plan se dessine , tout ce que sa situation a de gracieux , de pittoresque , de beau , se découvre ; c'est un coup d'œil ravissant. Ses principaux ornements sont les édifices sacrés; la cathédrale est imposante; la basilique des saints martyrs Vincent , Sabine et Christéte est un des monuments antiques d'Espagne qui présentent h la science le plus d'études à faire et de merveilles à admirer. On peut consulter sur cette basilique le Mémoire historique-descriptif publié par

l'entendit jamais ni jurer, ni médire ; la plus parfaite décence de mœurs respirait dans toute sa vie.

Dieu avait également orné ma mère des plus belles vertus. Les grandes infirmités dont sa vie ne fut qu'un enchaînement firent éclater sa [)alience. Une ravissante modcslic trahissait au dehors tout ce que son âme avait de pudique. Douée d'une beauté rare . jamais elle ne parut en faire la moindre estime ; comptant à peine trente-trois ans quand elle mourut , elle avait déjà adopté cette sévérité de costume qui convient au dernier Age de la vie. Elle charmait par la douceur de son caractère , et par les grâces de son esprit. Sa vie tout entière s'était écoulée au sein de grandes souffrances , la mort la plus chrétienne en fut le terme et la couronne.

Nous étions trois sœurs et neuf frères. Grâce à la bonté divine , tous , par la vertu , ont ressemblé à leurs parents ,

D. Andres Hernandez Gallcjo , Arquitcrto do la Real Acadeniia de San Fernando. Madrid, 1849.

L'église et le monastère des Dominicains étaient une des plus superbes décorations d'Avila. Ce magnifique asile de la sainteté et de la science a été visité depuis le marbre du sol jusqu'à la cime de ses clochers par la main sacrilège de la spoliation. Ces édifices sont pourtant debout, mais déserts et en deuil. Ce monastère de saint Thomas , où Térèse pria si souvent, où elle trouva tant de secours et de lumières , où elle reçut des grâces si insignes , appelle et attend encore les fils de saint Dominique.

Outre l'église et le monastère des Carmes , qui glorifient le lieu de la naissance de Térèse , deux autres monuments perpétuent dans Avila les souvenirs de sa sainte vie. C'est le monastère de l'Incarnation , où elje" passa plus de trente ans , et le monastère de Saint-Joseph , fondé par elle , et qui fut le premier de la Reforme du Carmel. Il en sera souvent question dans le cours de cet ouvrage. Par ces trois sanctuaires , laséraphique Térèse de Jésus enferme en quelque sorte la ville dans un triangle de sainteté.

En compulsant les annales de l'Espagne , on voit que les habitants d' Avila se distinguèrent toujours ])ar la noblesse de leur caractère et par leur amour pour la sainte Église de Jésus-Christ. A l'héroïsme de la foi et de la valeur, ils joignirent l'élégance des manières et la politesse du langage; ils parlèrent ce mélodieux idiome castillan dans toute sa pureté et sa grâce. Cette cité fut surnommée la cité des Chevaliers , Avila de los Caralleros ; mais sa plus belle gloire , c'est d'avoir mérité le surnom de Ville des Saints, Avila de los Santos , c'est d'avoir été le berceau de sainte Térèse et celui de la Reforme du Carmel. Voilà ce qui la rend à juste titre la ^erle de la Vieille-Castille , l'orgueil du royaume de saint Ferdinand , l'amour et l'envie du monde catholique.

KCRITE PAK KLLE-MÈME. 'M

«•xceplé moi. J'étais cependant la plus chérie de mon père ; cl tant que celle première candeur n'avait pas clé Icrnie par le péché , sa prédilection pour moi , n'était pas , ce scmijie , sans quelque fondement. Aussi , lorsque je me rappelle celte pente heureuse vers la vertu que le Seigneur m'avait donnée , et le trislc usa^e que j'en ai fait , mon Ame se hrise de douleur. J'étais d'autant plus coupable que . pour être toute à Dieu , je ne trouvais aucun obstacle dans la société de mes frères.

Je les chérissais tous de l'affection la plus tendre , et ils me payaient de retour. Toutefois , il v en avait un à peu près de mon c\geque j'aimais plus que les autres (1). Nous nous réunissions pour lire ensemble les vies des Saints. En voyant les divers genres de supplices que les martyrs enduraient pour Dieu . je trouvais qu'ils achetaient à bon compte le bonheur d'aller jouir de lui, et j'aspirais , moi aussi , à une mort si belle, de toute l'ardeur de mes désirs. Ce n'était pas l'amour de Dieu qui faisait ainsi palpiter mon cœur, je voulais seulement me voir au plus tôt au Ciel , en possession de cette ineffable félicité dont les livres nous offraient la peinture. Nous délibérions ensemble sur les moyens d'atteindre notre but. Le parti qui nous souriait davantage était de nous en aller . demandant notre pain pour l'amour de Dieu , au pays des

[i'i Ce frère était Rcnlrigue de Cepeda , né quatre ans, jour pour jour , avant Térèse. La grâce , comme on le voit , unit ces deux âmes par des liens incomparablement plus forts et plus intimes que ceux de la nature. Rodrigue suivit la carrière des armes ; avant de partir pour le Nouveau-Monde , voulant donner à cette sœur si tendrement aimée un gage de son amour , il la laissa héritière de tout son bien. Il servit dans les armées du roi, dans l' Amérique-Méridionale , et se montra toujours aussi vaillant capitaine que chrétien magnanime. C'est au Rio de la Plata qu'il succomba les armes a la main et reçut du Ciel le prix de sa fidélité et desa valeur. La Sainte l'a constamment considéré comme un martyr , parce qu'il fut moissonné en combattant pour la cause de la religion catholique.

C'est dans le même sens et pour la même raison que saint Louis, dans sa lettre sur sa captivité et sa délivrance , donne a son frère le nom de martyr. Il regarde comme certain , et il a la ferme espérance que le comte d'Artois , mort dans la guerre, s'est envolé au ciel avec la couronne du martyre, et que , dans la Patrie, il se voit avec les saint.s martyrs en possession des joies éternelles.

« Cum corona martyni ad cœlestem evolasse Patriam et ibi cum SS. martyribiis perenniter congaudero. « Gesta Dei per Francos , tom. i , pag. < 197.

Maures, djins l'espoir (ju'iis feraient tomber nos tôles sous In glaive (1). Dans un Age aussi tendre , le Seigneur nous donnait, ce me semble . assez de courage pour exécuter im le! dessein, si nous avions pu gagner le sol infidèle , mais nous avions un père et une mère , et c était là le plus grand obstacle à nos yeux. Nous étions frappés d'un étonncmcnl étrange en lisant dans ces livres que les châtiments comme les récompenses devaient durer à jamais. Que de fois celle pensée fut lobjet de nos entretiens! Nous aimions à redire, sans nous lasser, quoi ! pour toujours ' toujours! toujours! Mi lorsque j'avais ainsi pas.sé un certain temps à répéter ces paroles , Dieu , malgré ma tendre enfance, faisait briller la vérité au fond de mon Ame, et m'enflammait du désir de marchera sa lumière.

Dès que je vis qu'il nous était impossible d'aller au lointain pays des Maures . moissonner la palme du martyre . nous résolûmes de mener la vie des ermites du désert. Dans un jardin (2) , attenant à la maison , nous nous mîmes à bâtir de notre mieux des ermitages , en posant l'une sur l'autre de petites pierres qui tombaient presque aussitôt. Ainsi , toute tentative de réaliser nos désirs demeurait impuissante. Maintenant encore, je me sens délicieusement attendrie en vovant combien Dieu se hâtait de me donner de bonne heure ce que je perdis par ma faute.

M) La Sainte semble jeter adroitement un voile sur la tentative qu'elle fit avec son frère de voler au pays des Maures pour y moissonner la palme du martyre. Elle n'avait que sept ans, lorsqu'un jour elle s'échappa avec le jeune Rodrigue de la maison paternelle , pour exécuter ce magnanime dessein. Ces deux héroïques enfants, embrases du feu de l'amour divin, avaient déjà franchi le pont de l'Adaja, et marchaient h pas rapides sur la route d'Avila à Salamanque . s'entrctenant du bonheur du martyre. Ils étaient à peine à un quart de lieue d'Avila . lorsqu'un de leurs oncles les rencontre et les ramène h leur mère , désolée de leur absence. A l'endroit même où nos deux candides martyrs se virent forcés de reprendre le chemin de la maison paternelle , la piété a élevé un modeste monument : c'est une croix sous un dôme de pierre supporté par quatre colonnes.

Ce qu'il y a do plus fraiipant , c'est que cet endroit se trouve en face même de ce monastère de l'Incarnation où Dieu réservait à Térèse un martyre d'un ordre plus élevé ; Va , le dard enllanmié du Séraphin , remplaçant le glaive de l'infidèle , devait transpercer son cœur et prolonger pendant près de trente ans la sublime agonie de son amour.

(2) 'Voyez h la note de la page 28 ce qui y est dit sur l'état actuel de ce jardin.

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Je faisais l'auniùnc autant que je le pouvais , mais mon pouvoir était [)etit. Je savais liouver des heures de solitude pour mes exercices de piété , qui étaient nombreux ; je me plaisais surtout à réciter le saint rosaire ; c'était une dévotion que ma mère avait extrêmement à cœur, et elle avait su nous l'inspirer. En jouant avec des compagnes du môme ùge, mon grand plaisir était de construire de petits monastères et d'imiter les religieuses. J'avais . ce me semble , quelque désir de l'être , mais ce désir était moins vif que celui de \ivre dans le désert et de donner ma vie [)Our Dieu.

Quand ma mère mourut , j'avais , je m'en souviens . près de douze ans. J'entrevis la grandeur de la perte que je venais de faire. Dans ma douleur, je m'en allai à un sanctuaire de Notre-Dame (<) , et me jetant aux pieds de son image . je la conjurai avec beaucoup de larmes de me servir désormais de mère. Ce cri d'un cœur simple et naïf fut entendu : j'avais une mère dans IaKeinedu Ciel ! Depuis ce moment . jamais je ne me suis recommandée à cette Vierge Souveraine , que je n'aie éprouvé d'une manière visible son tout puissant secours ; et si je suis revenue de mes égarements , mon retour a été son ouvrage. Une amère tristesse s'empare en ce moment de mon âme, quand ma pensée se reporte sur les causes qui me rendirent infidèle aux bons désirs de mes jeunes années. 0 Dieu de mon cœur ! je le vois , vous avez résolu de me sauver ; que votre divine bonté achève son ouvrage ! Mais pardonnez un soupir qu'arrache à mon amour l'intérêt seul de votre gloire. Pourquoi faut-il qu'une àme à laquelle vous réserviez tant de faveurs, où vous deviez habiter d'une manière si continue, ait profané par tant de souillures la sainteté de votre demeure?

(1) La sainte Vierge y était honorée sous le nom de Notre-Dame de la Charité. Ce titre lui convenait admirablement dans ce sanctuaire , car c'était léglise d'un hôpital où la charité accueillait les pauvres et les pèlerins. Ce monument est aujourd'hui en ruines , comme tant d'autres ; mais la statue de la Vierge a été transportée dans une des églises d'Avila. Elle est toujours l'objet de la vénération et des hommages des fidèles. On aime à venir s'agenouiller, à prier, en quelque sorte à côté de la candide Téreso orpheline, devant rette même Vierge qui, touchée de ses larmes, l'adopta pour sa fille et l'abrita pour toujours sous son manteau maternel.

VIE s. TÉIIÈSE. ^

3i ME DR SAINTK TÉRÈSE.

Je ne puis môme prononcer ces paroles sans douleur , parce (jue je sais (jue loute la faule en fut à moi. Ouanl à vous . Seigneur, vous n'aviez rien omis, je le reconnais , pour m'enchaîner tout entière, dès cet ûge , à votre service. Pourrais-je me plaindre de mes parents ? non. Ils ne m'offraient que l'exemple de toutes les vertus, et ils vcilluicnt avec une tendre sollicitude au bien de mon âme.

Enfin , après cet âge si pur, vint le moment où mes yeux s'ouvrirent sur les grâces de la nature ; et Dieu , disait-on , en avait été prodigue envers moi. En découvrant ces nouveaux gages de son amour, j'aurais dû l'en bénir ; hélas! je ne m'en servis que pour l'offenser, comme on va le voir par mon récit.

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