‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 13 sur 112 · ci · texte numérisé non relu

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Jusqu'alors les Espagnols avaient interdit cette province aux étrangers, surtout aux lrançais. Ils voulaient, disaient-ils, empêcher la pénétration de l'hérésie calviniste : c'était vrai; mais ils voulaient aussi se réserver les richesses du pays et faire le silence sur les méfaits de la conquête.

Champlain va d'une province à l'autre, étudie, décrit, : dessine les ports, havres, îles, rivières, les oiseaux et les quadrupèdes, des fêtes, des danses, la flagellation d’Indiens qui ont manqué à la messe, l’autodafé d’hérétiques, le supplice des mines.

La faune fantastique du moyen âge ne l’étonne pas. Il décrit, sur oui-dire, comme se trouvant au Mexique, un caméléon à deux pattes, un griffon, un monstre ayant ailes de chauve-souris, tête d’aigle et queue d’alligator.

Sa plume, son crayon, son pinceau sont également inhabiles mais sincères.

Passant dans l'isthme de Panama, il découvre les deux océans et conçoit le projet d’un canal « par lequel », dit-il, « l’on accourciroïit le chemin de plus de 1 500 lieues ! ».

l Brief discours des choses plus remarquables que SanueL CHaM- PLAIN de Brouage a reconnues aux Indes occidentalles au voyage qu'ilen à f'aict en icelles en Lannee mil ve tiij® mix, et en l'année mil ve j. comme en suit.

Ce précieux n\anuscrit appartiut à M. P.-J. Féret, ancien bibliothécaire de Ja ville We Dieppe. Il a été plusieurs années entre mes mains. À la mort de M. Féret, il a été acquis par la librairie Maisonneuve, de Paris.

L'Hakiuyt Society l'a publié en 1859. Il forme le premier volume des œuvres de Champlain publiées, en 1870, par M. l'abbé Laverdière.

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V. — Champlain revient au Louvre, présente à Henri IV le manuscrit de la relation de son voyage, est nommé géographe du roi, et reprend à la cour ses inutiles fonctions.

Il y avait alors à Dieppe, comme gouverneur, un vétéran des guerres civiles, Aymar de Chastes. Chastes était bon catholique et n'en combattit pas moins contre la Ligue, Toujours dévoue à Henri IV, qui représentait pour lui le parti national, il a rendu possible, en conservant au roi la place de Dieppe, le succès de la j'urnée d'Arques-la-Bataille. Les Ligueurs pensaient que le gros Mayenne, avec ses trente mille hommes, ne ferait qu’une bouchée des sept mille de Henri, et déjà, pour voir le Béarnais pieds et poings liés, les bons Parisiens louaient des fenêtres dans le faubourg Saint-Antoine?. Leur espoir fut déçu, et Henri, qui n’était pas ingrat, disait volontiers qu'il devait, à Chastes, son salut et celui de la France.

Bien que ce brave guerrier « eust la teste chargée » autant de cheveux gris que d'années », il résolut d'aller en Canada pour y mourir en servant Dieu et son roi ?,

A la mort de Chauvin, il avait obtenu le monopole du trafic du Canada.

1 Miougcer, Histoire de France. — La Ligue et Ilenri IV ; Paris, 1857, p. 359.

2 Les voyages de la Novvelle France occidentule, dicte Canada, faits par le St ne CnamPLaiN Xaintongeois, Capitaine pour le Roy en la Murine du Ponant, et toutes les Descowuertes qu'il à faites en ce pais depuis l'an 1603, iusques à l'an 1629 ; Paris, Louis Sevestre, M. DC. XXXII, ire part., p. 38.

C'était une bonne affaire, mais elle exigeait une grande mise de fonds et l'argent était très cher. M. Charles Bréard, chercheur intrépide et souvent heureux, a trouvé des actes de prêt aux capitaines du Don de Dieu et de l'Espérance, que Chauvin conduisit en 1602. L'intérêt convenu était de 35 pour cent !. Cela paraît usuraire, Il n'en est rien. Il faut, comme autrefois, traduire « intérêts » par « risques .». En effet, quand l'affaire réussissait, le placement était admirable ; mais il y avait des pirates, des tempêtes, des écueils, souvent le navire ne revenait pas et le prêteur perdait capital et intérêts. Nous verrons une compagnie prêter à une autre au taux de 40 pour cent. Dans le langage des tabellions, les prets aux « gens de la mer » étaient désignés sous la rubrique caractéristique de « prèts à la grosse aventure? ».

Aymar de Chastes, pour ne pas payer ces intérets ruineux, forma une compagnie de gentilshommes et de gros marchands, pour la plupart de Rouen.

Une exploration préliminaire lui paraît utile, et il en charge FrançoisGravé, sieur du Pont, dit Dupont-Gravé 5 ou Pontgravé, « Homme sage, habile, infatigable, et » d’une grande expérience { ». be

Tous les ans, de 1600 à 1630, il a parcouru le Saint-

1 Cu. Bréarp, Le vieux Honfleur et ses marins ; Rouen, Léon Gy, 1897, p. 59.

? Pau Tourain, Les anciens marins de l'estuaire de la Seine, dans le Bulletin de la Société normande de Géographie, 1898. t. XX, p. 134.

3 Cn. BréarnD, op. cit., p. 91.

1 CHARLEVOIX, 0p. cit., t, I, p. 185.

Laurent, Sur des coquilles de quarante à cent tonneaux, il bravait les colères de l'Océan, les dangers du grand fleuve, les glaces, les vents, les corsaires, la famine, les révoltes de matelots. Quand on le hêlait suf l'océan, il jetait son cri de guerre : Malouins ! et PAR en siffant quelque refrain breton !.

Il était de naturel complaisant, jovial, et, avait, dit le P. Sagard, toujours le petit mot pour rire. Il se laissait facilement aller, au gré de ses amis, à boire un bon coup sans eau, puis il criait à l’aide contre ses gouttes ?.

Ï1 a été, pendant plus de trente ans, le compagnon de Champlain, qui le respectait « comme son père ? ».

VI. — À l'époque où le brave Pontgravé attendait à Honfleur, « ville fort renommée par toutes les parties du » monde‘ », Champlain était à Dieppe, anprès d’Ay mar de Chastes, qu'il visitait souvent.

Le vieux soldat lui propose d'accompagner Pontgravé pour voir ce qui se passe là-bas et ce qu'on peut y faire. Champlain, qui.ne demandait qu'à faire œuvre utile, accepte avec empressement, sous réserve de l'approbation du roi dont, disait-il, « j'estois oblige tant de naissance, » que d’une pension de laquelle elle (sa Majesté) m'ho-

1 BensamN SuLrE, Pages d'histoire du Canada; Montréal, Granger, 1891, p. 85. — mice Souvesrrr, Loin du pays. — CHARLEVOIX, 0p. (EL ANR EN 2 à a 57 1 1

2? SaaarD, Hist. du Canada, 1636, pp. 844 et 982,

3 CnameLaIN, Voyages, 1632, 1'° part., p. 224.

4 JEAN ALFONSE, cité par Pierre Margry, op. cit., p.275.

» noroit pour avoir moyen de m’entretenir près d'elle ! ».

Le roi approuve et délivre les lettres nécessaires. Champlain se rend à Honfleur, où se trouve toujours Pontgravé. La rencontre de ces deux braves marins, comme le dit Benjamin Sulte, fut un bonheur pour le Canada.

Ils mettent à la voile le 15 mars 1603 et arrivent à Tadoussac le 24 mai.

VII. — Quelques bandes de Montaignais et d'Algonquins attendaient à la pointe aux Alouettes. Pontgravé avait avec lui deux sauvages qu'il avait emmenes en France. Le lendemain il les conduisit à la cabane du sagamos Anadabijon. Il y eut grande tabagie.

L'un des sauvages rapatriés raconte, dans une

longue et belle harangue, comment il a été reçu en France. Le roi, dit-il, désire peupler leur terre, faire la paix avec les Iroquois ou les soumettre par les armes. Le grand sagamos explique à son tour les avantages d’une alliance avec le grand sagamos des Français. Comme le dit Benjamin Sulte, on ne saurait trop insister sur cette alliance, « l'un des actes les plus adroits et les moins » barbares que la politique ait produits ». Elle explique le rùle prépondérant des Canadiens, pendant un siècle et demi, dans les vastes régions de l'Amérique du Nord. Les Sauvages détestent les Anglais, qui les ont poursuivis et les poursuivent comme des plantes nuisibles ; ils aiment

1 CnaMPLaIN, Voyages, 1032, lre part., pp. 39, 40.

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les Français, qui ne les ont jamais maltraités. « Parcourez » l’ouest et le nord-ouest, si vous parlez français, les » Sauvages vous recevront comme des frères ? ».

Mille personnes étaient réunies à Tadoussac. C'était plus qu’il n’en fallait pour sceller un pacte durable. La danse et le calumet, symboles suprêmes, valaient tous les cachets de cire jaune, rouge ou verte des secrétaires du roi?.

Quand la traite fut à peu près terminée, Champlain et Pontgravé remontèrent le Saint-Laurent, à la découverte, dans des bateaux de 12 à 15 tonnes.

Champlain remarque, en passant, le site de Québec et celui de Trois-Rivières ÿ.

En 1599, Pontgravé proposait à Chauvin d'établir à Trois-Rivières un postepermanent. Les Sauvages tiennent à éviter le Saint-Laurent, qui est infesté par les Iroquois.

1 BENJAMIN SULTE, Histoire des Canadiens-Fr'ançais, 1608-1880 ; Montréal, Wilson, gr. in-40, t. I, p. 47.

En 1154, les Indiens du parti français, réunis à Montréal, disaient : « Ignorez-vous, nos frères, quelle différence il y a entre notre Père » (le gouverneur de la Nouvelle-France) « et l’Anglois? Allez voir les » forts que notre Père a etablis, et vous y verrez que la terre sous les » murs est encore un lieu de chasse, ne s'étant placé dans ces endroits » que nous frequentons que pour nous y faciliter nos besoins, lorsque » l'Anglois, au coutraire, n’est pas plutôt en possession d'une terre que » le gibier est forcé de déserter, les bois tombent devant eux, la terre » se decouvre et nous trouvons à peine chez eux de quoi nous mettre » la nuit à l'abri ». (Ricuar WappiN@ron, Louis XV et le renversement des alliances. — P:éliminaires de lu Guerre de Sept Ans. — 1754-1756; Paris, Firmin-Didot, 1886, p. 8.

? BäNJAMIN SULTE, Op. cit. t. I, p. 47.

8 Des Savvages ov Vorage de Samuez CHaMPLaiN, de Brouage, faict en la France nouuelle, l'an mil siæ cent trois; Paris, 1604. pp. 15-18.

Ils remontent le Saint-Maurice, dont les sources sont sur ! les mêmes hauteurs que celles de plusieurs des rivières qui se jettent dans le lac Saint-Jean ; puis, par quelques sauts et un portage de cinq à six lieues, ils arrivent à ce lac et, par le Saguenay, à Tadoussac. Il est évident qu'un poste à Trois-Rivières éviterait un long et difficile trajet et appellerait le commerce de l'Ottawa. Champlain y pense.

Le 2 juillet il touche à Hochelaga, où Jacques Cartier vint en 1535. Dans une petite barque, manœuvrée par cinq hommes, il arrive au pied des rapides Saint-Louis. Le torrent est furieux, semé de rocs, si dangereux qu’il n'ose l’affronter. Il le longe à pied jusqu’à son sommet, examine J’aspect, la parure, le modelé du sol, se renseigne, auprés des sauvages, sur les peuples et les lieux des environs, sur l'origine des principaux tributaires du Saint-Laurent. Ne pouvant faire plus, il revient à Tadoussac !.

Tandis que Pontgravé complète son chargement, Champlain étudie Tadoussac, la rivière et le pays de Saguenay.

VUI. — Tadoussac est au confluent du Saguenay avec le Saint-Laurent. C'est, dit Champlain, le lieu le plus désagréable et le plus stérile du pays. Il est rempli de pins, de sapins, de bouleaux et entouré de roches presque inaccessibles. Le sol est sablonneux, incultivable, la

l CHaMPLAIN, Voyages, 1632, 1'e part., p. 40.

temperature des plus rigoureuses. « S'il y a une once de » froid à 40 lieues à mont la rivière, il y en a là une » livre : aussi combien de fois me suis-je étonné, ayant » veu ces lieux si effroyables !? »

Quand, en 1600, Pierre Chauvin fondait Tadoussac (en langue Cri Totussac « les Mamelles ») il n’était pas si mal inspiré. Ce port est à 90 lieues en amont de l’entrée du golfe Saint-Laurent, à l'endroit où les anciens marins plaçaient le « bout de mer », dans l'estuaire d'un grand fleuve.

Les Montagnais venaient tous les ans à Tadoussac pour vendre leurs peaux de caribous, d’élans, d'ours, de castors, de martres, de loutres et de chats sauvages. Ils servaient d’intermédiaires entre les Francais et les chasseurs du haut Saguenay. Les affaires n’allaient pas mal et devaient aller mieux quand les marchands auraient appris la discipline et l’art d'hiverner.

Cette installation n’était pas du goût de Champlain. « Tout ira assez bien », dit-il, « hormis qu’il n’y aura » que des Ministres et des Pasteurs Calvinistes..... Ce » qui fut à blasmer dans cette entreprise, est d'avoir > donné une commission à un homme de contraire reli- » gion pour pulluler (sie) la foi Catholique, Apostolique » et Romaine, que les hérétiques ont tant en ho:reur et » abhomination ? ».

Tadoussac n’a pas réalisé les espérances de Chauvin;

1 CiramPLaIN, Voyages, 1632, 1re part., pp. 35, 36. 2 CnamPeLaix, Voyages, 1632, 1re part., p. 37.

cependant il sert d'escale aux bateaux à vapeur: il possède, dans l’anse à la Barque, un établissement de pisciculture qui produit, par an, plus de deux millions de saumons ; les Américains y possèdent de belles et nombreuses villas ; il est question d'établir, sous les rochers de la rive droite de l'estuaire, un port d'hiver pour les transatlantiques qui s’arrêtent aujourd’hui à Halifax et à Saint-John *.

IX. — Champlain a visité le Saguenay et en fait une description. Un jésuite et un récollet décrivent aussi cette rivière, peut-être d’après lui. |

Elle est grande, disent-ils, profonde de 80 à 100 brasses, belle comme la Seine, quasi rapide comme le Rhône. A cinquante lieues de sonembouchure, ily a un grand saut, et le courant est si rapide, si impétueux, qu’à trois quarts de maréeil porteencore dans le Saint-Laurent. Son entrée est parfois dangereuse. Pontgravé en a fait l'expérience. Pris dans une tourmente, il lutta vaillamment, habilement, comme ille savait faire. Mais ses efforts étaient vains, sa science ne lui servait de rien. Il ne pouvait trouver fond ni sortir, et n’attendait que la vague qui devait le briser sur les roches. Le bon père Sagard, qui aimaità rire, nous fait cette confidence : Dieu se souvint à propos que le brave marin était ami des Reécollets, eur pitie de lui et jeta le quos ego libérateur?.

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* CuamPLaix, Voyages, 1632, lre part., pp. 119,120. — Relution du

Ces descriptions du Saguenay sont exactes, mais incomplètes.

Le Saguenay, en cri Sakinipi « Eau qui sort », ne ressemble guère à notre rivière de Seine. Il prend ses sources à 400 kilomètres du Saint-Laurent, à 400 ou 500 mètres d'altitude.

Au nord de la coulée du Saguenay, le sol forme une vaste cuvette. Sept ou huit rivières en drainent la surface, rayonnent vers son centre et forment le lac Saint-Jean, qui mesure 28 kilomètres de long sur 25 de large. Les Indiens donnent à cette ravissante méditerranée le nom de Pikouagami ou « Lac Plat », sans doute parce que sa profondeur moyenne ne dépasse pas 15 à 20 mètres. Buies le compare à un crabe énorme dont les rivières sont autant de tentacules tendus vers les immigrants.

Son tributaire principal, l’Ashuapmouchouan, qui est très abondant, coule du nord-ouest au sud-est, juste dans le prolongement du Saguenay. Entre l'embouchure du premier et la brèche par où s'échappe le second, il y a une crevasse longue de 1 600 mètres et profonde de 62 à 75. Cette crevasse se continue dans les terres avec le lac Vert, lelac Kenogami, qui est profond de 300 mètres, la baie de Ha-Ha et la large fissure du bas Saguenay. « Il est impossible », dit Elisée Reclus, « de ne pas voir dans » cette série de fissures un fjord que les glaces emplirent

voyage fait en Canada pour la prise de possession du port de Québec, dans le Mercure françois, 1632, t. XVIII p. 59. — Sacarp, Hist. du Canada, 1636, p. 172; Le Grand Voyage au pays des Hurons, 1632, pp. 46, 41.

autrefois et qui s’est en grande partie oblitéré depuis que les rivières ont charié les débris des moraines : à l’est du lac Saint-Jean, la fosse, continue jadis, s’est partagée en plusieurs bassins, et dans le fond le lit s'exhausse peu à peu! ».

Le Saguenay proprement dit sort du lac Saint-Jean par les rapides et cascades de la Grande et de la Petite Décharge. Des Décharges à la « Terre Rompue », Champlain comptait dix-huit sauts ou rapides. Près de la Terre Rompue, le Chicoutimi, appelé par les Sauvages Zskotimiw, « jusque-là l’eau profonde », apporte au Saguenay, par une puissante cataracte, les eaux du lac Kenogami. Le Saguenay, large alors de 1 020 mètres, coule entre de hauts rochers. Au moment des marées, il porte, jusqu'à Chicoutimi, les bateaux à vapeur qui viennent charger des bois. Plus loin, il s'largit encore. A la rencontre de la baie de Ha-Ha, il devient un bras de mer, un fjord comme ceux de la Norvège. Sinueux, toujours large de plusieurs kilomètres, il coule entre une double rangée de roches de gneiss ou de sveénite, hautes de plusieurs centaines de mètres, ou entre des parois verticales qui s'élèvent jusqu’à cinq cents mètres au dessus du courant. Quelques arbustes se cramponnent aux escarpements ; les sommets arrondis se parent d'arbres touffus ou de squelettes de pins incendiés. Au fond, le Saguenay roule une eau noire qui se précipite, comme une «mer d'encre »,

1 Eusée RecLus, op. cit., t. XV, pp. 457, 458.

dans le flot verdätre du Saint-Laurent. Il est d'aspect sinistre. Les Montagnais l’appellent « Fleuve de la mort ». On dit que les animaux de la forêt n'osent le regarder, que les oiseaux n’osent voler au-dessus, que les moustiques le fuient.

Le Saguenay n'est pas « sans fond », comme le croient les Indiens, mais il est de profondeur énorme. En aval de la baie de Ha-Ha et près de son embouchure, la sonde donne 269 mètres. De même que tous les fjords, dit Elisée Reclus, il se termine dans l'estuaire du Saint-Laurent par des hauts-fonds, des amas de détritus repoussés hors de la fissure : la sonde n’y mesure que d'une douzaine à une vingtaine de mètres !.

Chaque été, les Américains viennent en foule contempler cet étonnant bras de mer, qui fut le siège de notre premier établissement canadien.

X.— Champlain n'a vu, dans le pays de Saguenay, que des montagnes couvertes de sapins et de bouleaux, des plaines stériles, désolées, où il ne trouve que des oiselets et des oiseaux de rivière. Il avait entendu parler d’un grand lac; il aurait voulu le voir, mais il ne le pouvait sans l'aide des Sauvages, et les Sauvages n'ont pas voulu le conduire, malgré leurs promesses *.

Il y à quarante as, on croyait encore que le bassin du lac Saint-Jean ne pouvait nourrir que des animaux a

1 Erisée Reczus, op. cût., t. XV, pp. 458-460. 2 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, l'e part., pp. 119-120:

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