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du Canada, dressée en 1744, pour le P. de Charlevoix, fait encore du « Kinibeki » et :le la Chaudière un large canal qui relie la mer du Maine au Saint-Laurent !.
Champlain dit que le Kennebec est de navigation difficile, très poissonneux, bordé de chênaies et de terres labourables médiocres, puis il ajoute : « Voilà ce que j’ay » peu apprendre de ce lieu, lequel je croy n’estre meil- » leur que les autres? ».
XIX. — Cette appréciation s'applique à la Péninsule canadienne tout entiere.
Huit ou neuf siècles avant Champlain, les Scoto-Irlandais plaçaient, dans les lointains de la mer Ténébreuse, un Eden et la Tér nan-0g ou Fontaine de Jouvence. Plusieurs homimnes « dignes de foi » l'avaient vu. On savait mème qu'Enoch et le prophète Elie, ravis au ciel, y vivaient encore daus une ville dont les murailles, les maisons, les églises étaient en or pur.
L'homme qui pouvait entrer dans ce merveilleux pays restait éternellement jeune et beau, à condition de n’en pas sortir. Les arbres y produisaient simultanément des fleurs et des fruits ; le miel et le vin y coulaient à discrétion ; l'or, l'argent, les pierres précieuses s’y trouvaient en abondance. Tous les jours étaient jours de fête et les cordes de la harpe résonnaient melodieusement. Un jour valait une de nos années, uue année un de nos siècles.
1 CHARLEVOIX, op. cit., t. II.
2? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, lre part., pp. 70, 71.
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Et parce que, sans Eva, l’homme ne peut être heureux,
les femmes édénites étaient d’une beauté divine, aimables et bonnes, toujours jeunes et toujours voluptueuses !.
Les Papæ(moines et prêtresscoto-irlandais), persécutes par les catholiques romains, y viennent les premiers. La réalité ne réponi! pas aux récits des légendaires. Cependant la terre est bonne et, en la travaillant un peu, ils en tirent de quoi vivre. Et puis, point capital, ils peuvent prier Dieu à leur façon. L’Eden va devenir, à cause de leurs surplis, le Hvitramannaland ou « Terre des
hommes blancs ».
Derrière eux viennent les Ecossais qui donnent au pays le nom d'Æscotiland « Terre des Ecossais ». Les Irlandais suivent, probablement en plus grand nombre, car ils remplacent, par Z/land-it-Mikla ou « Grande-Irlande », l'ancienne appellation d’Escotiland.
Au x*siècle, les Scandinaves piratent sur les côtes de la Grande-[rlande, puis la prennent et en changent encore
le nom.
Le pays, coupé en deux par la baie Fundy, fut appelé Norambègue « contrée du Nord », Sudriki « province du Sud » ou « Pays des Souriquois », et Markland « Pays des forêts », Le nom de Norambègue s’appliquait
à une partie du Maine, au New Brunswick et à la Gas-
l Eua. Beauvois, L'Elysée transatlantique et l'Eden occidental;
Paris, E. Leroux, 1884. — Pauz Garrarez, Les Irlandais en Amé-
rique avant Colomb, daus la Revue de Géographie, Drapeyron, 1890.
pésie ; celui de Sudriki ou Markland à l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse '.
XX. — Plusieurs pilotes ont connu le nom de Norambègue, mais nul, avant Champlain, n’a décrit le pays.
Jean Parmentier l’a vu en 1529 ? et comprend, sous le nom de Norumbega *, toute la région qui s'étend du cap Breton à la Floride ‘.
Après de vaines tentatives pour découvrir un passage à la Chine, Jean Alfonse visite les côtes orientales depuis le cap Breton jusqu’au cap Montauk, c’est-à-dire du 47° au 41° degré de latitude nord. Il donne le nom de
1 Euc. Bkauvois, La Découverte du Nouveau-Monde par les Irlandais, dans les Mém. du Congr. intern. des Amér. de 1875. — La colonie européenne du Markland et de l'Escociland, dans les Mém. du Congr. intern. des Améric, de 1877. — Les derniers vestiges du Christianisme préché du Xe au XI V°® siècle, dans le Markland et la Grande Irlande. — Les Porte-Uroix de la Gaspésie et de l'Acadie, dans les Annales de philosophie chrétienne, 1877. — Les Voyages transatlantiques des Zeno, dans le Museon, t. IX, 1890, — La Norambèque — Découverte d'une quatrième colonie précolombienne dans le Nouveaw Monde, dans les Mém. du Congr. intern. des Améric. de 1880. — Paur Garrarez, Etude sur les rap ports de l'Amérique et de l'ancien continent avant Christophe- Colomb ; Paris, Thoriu, 1869. — Les voyages de Saint Brandan et des Papæ dans l'Atlantique aw moyen âge, dans le Bull, de la Soc. de Géogr. de Rochefort, 1880-81.— GaBriez GRAVIER, Découverte de l'Amérique par les Normands au X° siècle; Paris, Maisonneuve, 1874.
? Non en 1539, comme Ramusio l’a écrit par erreur. (Discorso sopra la terra ferma del l'Indie occidentale, dans les Navigationi, t, III, Venetia, 1603, f. 348.
3 Le nom de la Norambévue est écrit de douze manières différentes.
4 Ramusio, Discorso d'un gran capitano di are francese del luogo di Dieppa, dans les Naviguiioni, t, IT, 1606, fol. 355.
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Norombègue au cap de Sable, à la baie Fundy et à une ville qu’il suppose sur cette baie !.
1 Le récit d'Alfonse ayant aujourd'hui une certaine importance historique, nous allons essayer d'en dissiper les apparentes contradictions.
« Je ditz que le cap de Saint-Jehan, dict cap à Breton, et le cap de » la Franciscane sont nord-est et sud-ouest et prennent un quart de » est à ouest, et y a en la route cent quarante lieues et icy fait ung » cap appelé cap de Norombègue. Le dict cap » (de la Franciscane) « est par qguarante-et-ung degrez de la hauteur du pole artique..... » Audelà du cap de Norombègue descend la rivière dudict Norom- » bègue, environ vingt et cinq lieues du cap. Ladicte rivière est large » de plus de quarante lieues de latitude en son entrée et ceste largeur » au dedans bien trente ou quarante lieues et est toute pleine d'isles » qui entrent bien dix ou douze lieues en la mer et est fort dange- » reuse de rochers et baptures. Ladicte rivière est par quarante et » deux degrez de haulteur du polle artique... Je me doubte que la » dicte riviere va entre en la rivière de Hochelaga » (le Saint-Laurent), « car elle est sallée plus de quarante lieues en dedans selon le dict » des gens de la ville » (de Norombègue), (Cosmographie de Jehan Allefonse et de Raulin Sécalart, cosmographe de Honnefleur, 1545, Ms. de la Bibl, Nat., fonds français, n° 676, fol. 187 de l'anc. pagination, cité par Eug. Beauvois).
D'aprés le contexte de la première phrase, les 140 lieues comptées du cap Ereton donnent la distance de ce cap au cap Norombègue. Quand il commence sa seconde phrase par « le dict cap et par qua- » rante et ung degrez », il entend désigner le cap de la Franciscane ou Montauk, qu'il ne confond pas avec le cap Norombègue.
I ne pouvait pas compter 140 lieues du cap Breton au cap Franciscanc : il y en a 180 en latitude et 300 en itinéraire. Pareille différence est inadmissible de la part d'un pilote qui passait pour le plus habile de son temps.
Il faut donc reconnaître que ses 140 lieues représentent la distance du cap Breton au cap Norombègue,
Où est ce cap? Beaucoup d'anciens cartographes appliquaient à toute la presqu'île canadienne le nom de Norombègue. Ce nom convenait donc à la pointe sud-est de l'Acadie, aujourd’hui nommée cap de Sable,
XXI. — La ville de Norambègue, que Champlain cherchait sur le Penobscot, et que les cosmographes représentaient par des tours et des clochers, Alfonse la supposait sur la baie Fundy, à quinze lieues de son entrée. Elle aurait donc dû se trouver sur la baie de Port-Royal ou sur celle de Passamaquoddy.
Les Français ont eu des établissements sur ces deux baies et ils n’ont rien vu qui ressemble aux ruines d’une ville.
A l’époque où Jean Alfonse conversait, à ce qu'il dit, avec des citoyens de Norambègue, Membertou, Sagamos des Souriquois, qui avait connu Jacques Cartier !, était marié, père de famille, chef. Si une grande ville avait
et située juste à 140 lieues du cap Breton et à 25 lieues de la baie Fundy. La baie Fundy a les dimensions et les particularités qu’Alfonse attribue à la rivière de Norombègue.
I1 faut encore remarquer que, du cap Franciscane au cap Breton, les principales rivières : Charles, Kenebec et Penobscot, n'approchent pas des dimensions qu'Alfonse donne à la rivière Norombègue; qu'aucune n’est salée jusqu'à 40 lieues en amont de son embouchure et n’a de grands affluents ; que si le Kenebec et le Penobscot ont Icurs sources à quelques lieues du Saint-Laurent, on ne peut en dire autant de la Charles River.
La baie Fundy, au contraire, répond exactement à la description de la rivière de Norombègue,
Alfonse place sur le 42e parallèle l'embouchure de la Norombèrue, alors que l'entrée de la baie Fundy est par 43027". Cette indication est uue erreur matérielle de trauscription. Autrement, il faudrait identifier la Charles River avec la Noromb: te d’Alfonse; il faudrait admettre que la Chuürles River est à 165 lieues du cap Breton, que son embouchure à 40 lieues de largeur et qu'elle entre dans le Saint-Laurent,
En somme, Fundy Bay est la riviere Norombègue d'Alfonse.
1 LescarBor, op. cit., 1612, p. 995.
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existé sur la rive nord ou sud de la baie Fundy, il en aurait eu connaissance et s’il en avait eu connaissance, ses bons amis les Français en auraient su quelque chose.
On sait que Fundy Bay se termine au nord-est par deux cornes : la baie de Chignecto et le bassin des Mines. Champlain est le premier qui en ait fait une représentation correcte. Avant lui, les cartographes faisaient de ces deux cornes une seule rivière qui avait à peu près la forme d'un Y. Les uns plaçaient la ville de Norambègue tantôt dans la bifurcation, tantôt sur la coulière, les autres sur la baie ie Port-Royal, sur celle de Passamaquoddy ou sur le Penobscot.
Dans ses cartes de 1612 et de 1619, Champlain la marque sur le Penobscot ; il ne la fait plus figurer sur celle de 1632.
XXII, — Si Champlain n'a découvert aucun vestige de la ville de Norambègue, il a recueilli, autour de la baie française, des traces du séjour des Scandinaves.
Il a trouvé, dans le bassin des Mines, une « croix qui » est fort vieille, toute couverte de mousse et presque » toute pourrie qui monstroit un signe évident qu'autre- > fois il y avoit esté des Chrestiens! ». Lescarbot pense que les Souriquois « recevront fort facilement la doctrine » chrétienne », et croit « que la trompette des Apôtres » pourroit avoir été jusque la ? ».
1 CHaMPLAIN, éd. Laverdière, t. III, p. 135.
* LescarBor, op. cit, 1612, p. 676.
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Le même auteur dit que les Souriquois chantaient à Poutrincourt, quand il leur donnait à diner, qu'il « estoit » un brave Sagamos qui les avoit bien traité, et qu'illeur » estoitbonami; ce qu'ilscomprenoient fort mystiquement » sous ces trois mots : epigico taton edico ». « Je croy », ajoute Lescarbot, « que c’est du vieil langage de leurs » pères ! », sans doute de cette « langue particuliere qui » est seulement à eux connuë », dont il parle ailleurs *.
M. Eugène Beauvois, qui connaît à fond les langues du Nord, a reconnu dans epigico taton edico trois mots de l’ancienne langue islandaise qui forment deux vers dans le mètre runhenda et signifient « nous avons » fait un copieux festin? ».
XXIIT. — Champlain a recueilli une fable qui était très répandue au nord de la baie Française : celle du Gougou.
Le Gougou avait sa tanière dans une ile de la baie des Chaleurs. Il était du sexe féminin et horriblement laid. Les plus hauts mâts des plus grands navires ne lui arrivaient pas à la ceinture. Il avait une poche et cette poche pouvait contenir un vaisseau. Il y jetait, pour les manger à sa faim, les sauvages qu'il attrappait. À certains jours, par certains vents, il hurlait et sifflait épouvantablement. Quelques Indiens disaient l'avoir vu, et tous
1 Liscargor, op. cit., 1612, p. 762.
? Lescargor, op. cit., 1612, p. 694.
3 KE. Beauvois, la Norambéque, pp. 20 et suiv, du tirage à part.
tremblaient à son nom. Le capitaine Prévert, de Saint- Malo, le plus audacieux conteur de bourdes de son temps, assurait avoir entendu ses horribles sifflements, et avoir vu les sauvages qui étaient à son bord se cacher partout de peur d'être aperçus, saisis et mangés par le monstre.
Tous les sauvages, dit Champlain, craignent le Gougou « et en parlent si estrangement que si je mettois tout » ce qu’ils en disent, l’on le tiendroit pour fables ». Et le bon Champlain non moins crédule que les sauvages, ajoute : « mais je tiens que ce soit la résidence de quel- » que diable qui les tourmente de la façon! ». « Cham- » plain ne pouvoit pas comprendre », dit Charlevoix, « qu’un homme qui n’avoit aucun intérêt à mentir, le » fit de gayeté de cœur, et crut de bonne foi tout ce que » lui disoit Prevert? ».
Lescarbot a bon droit le railla. Cependant, en rapportant ce mythe, Champlain a rendu service à l’histoire.
M. Beauvois a trouvé chez les anciens Scandinaves, sous le nom de Gygjar, des monstres ayant la taille, le sexe, la laideur, les sifflements, la poche, les goûts anthropophagiques du Gougou ?.
La fable du Gougou est évilemment d'importation scandinave et prouve que les tils d'Odin ont vécu long-
! Des Savrages ou Voyage de Sauvir, CHamPrAIS de Brouugre, faict en la France novvelle, Van 1603; Paris, 1604, pp. 61, 62,
? CnarLevoix, op. cit., t. I, p. 308.
5 KE, Beauvors, La Norambèque, pp. 40, 41.
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temps, familièrement, avec les indigènes de la presqu'île canadienne.
XXIV. — En quittant le Kennebec, Champlain se dirige au sud-ouest, à travers un verdoyant archipel, et atteint la rivière Choüacoet. Il lui donne le nom de Gas (Guast), patronyme du sieur de Monts : c’est la Charles River des Américains.
Les indigènes se rasent le sommet de la tête et s’enroulent autour des tempes, en longues tresses, le reste de leur chevelure. Ils sont bien faits, agiles, se peignent le visage en rouge et noir. Ils ont pour armes la pique, l'arc et la massue. Ils labourent la terre, «ce que » n'avions encore veu », dit Champlain, et leurs charrues sont des bêches en bois très dur. Ils cultivent le maïs, les citrouilles, les courges, le pétun, les fèves du Brésil, et débarrassent les cultures de toutes les mauvaises herbes. En temps de guerre, ils se réfugient dans une grande cabane entourée de palissades faites de gros troncs d'arbres.
Ils portent rarement des fourrures et se couvrent seulement le milieu du corps. Quand les femmes viennent voir les Français, elles passent une robe, et cette robe est ouverte par devant.
Ils ont des canots d’une seule pièce, creusés à la hache de pierre et au feu, comme ceux de nos ancêtres des cités lacustres. « Ce lieu », dit Champlain, « est fort plaisant, » et aussi agreable que l’on en puisse voir ». On pourrait
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bâtir à l’entrée de la rivière, sur un îlot, une forteresse où l’on serait en sûreté !.
Champlain voyait juste. Autour de cet îlot s'élève aujourd’hui Boston, la quatrième ville des Etats-Unis par sa population, la première par son activité intellectuelle ; elle est appelée Hub ou « Moyeu » de la roue de la fortune scientifique, artistique et littéraire de la République; et parce que c’est surtout dans le rayonnement du célèbre Harvard College que fleurissent les sciences, les arts et Les lettres, Cambridge est nommée {he Hub of the Hub « le moyeu du moyeu ? ».
Six siècles avant que Champlain exploràt la rivière Charles, des Normands avaient fondé sur ses bords, à Watertown et à Weston, des établissements d'une certaine importance.
Les hommes, les forces atmosphériques, la végétation, ont enseveli ces constructions. Champlain n’en a rien vu et n'en pouvait rien voir. À M. Eben Norton Horsford revient l'honneur d'avoir découvert ces précieuses reliques. Il a élevé à Weston, en l'honneur des premiers découvreurs normands, une tour commémorative de style archaïque .
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, lre part., pp. 72-74.
2? Krisée RecLus, op. cit., t. XV, pp. 178-183.
3 Een NorroN Horsrorp, The discovery of the ancient city of Norumbega;: Cambridge, 1889. — The problem of the Northmen, a letter to judge Daly; Boston, 1890. — The defences of Norumbega; Boston, 1891. — Leif's house in Vinland, by EBex Norron Hors- FORD, et Graves of the Northnen, by miss CorNeLzra HorsForp,
XXV. — Passée la rivière Charles, qui conserve des reliques des vieux Normands, Champlain vogue au sud, double le cap Cohasset, qu’il nomme Saint-Louis, et entre dans une petite baie qu’il appelle port du Cap Saint- Louis : c’est aujourd'hui Plymouth.
Au printemps de l'an 1004, Thorvald, fils d'Erik Rauda, étant aux Leifsbudir, mit à la voile pour explorer les côtes orientales et septentrionales. Pris dans une tempête, il brisa sur des roches la quille de son navire, et s'arrêta, pour la remplacer, au cap qu'il nomma Kjalarness « Carêne » ou « Quille ». De ce point il se dirigea sur la côte orientale du continent qu’il apercevait à peu de distance, et entra dans une baie. Attaqué par des Skrælingar ou « Esquimaux », il fut blessé mortellement et se fit inhumer dans une île qu’il avait trouvée « très belle », où il aurait voulu, dit-il, « bâtir » sa demeure ». Selon son désir, le promontoire qu’il choisit pour sa sépulture reçut le nom de Arossanes ou « Cap des Croix ». C'est aujourd'hui Gurnet Point, à l'entrée de la baie de Plymouth.
Boston, 1893. — Voir aussi, de M. Horsford, Discovery of America by Northmen : Boston and New-York, 18388, appendice.
Tous ces ouvrages, édités avec luxe et magnifiquement illustrés, n'ont pas été mis dans le commerce, sauf le dernier.
Je rends hommage à l’érudition, au zèle et à la sagacité de M. Horsford. J'admets comme scandinaves les ruines de Watertown et de Weston. Mais je ne puis admettre que ces ruines soient celles des Leifsbudir « maisons de Leif » et des Thorfinnsbudir « maisons de Thorfinn », qu'il place sur la Charles River, dans un site qu'il nomme Norumbega City (Voir la note 1 de la p. 4let celle qui suit).
l Antiquitates american sive scriptores septentrionales rerum
RP ART GS TS NP er DE pu KO ge
Quand Champlain arriva dans le pays. les Esquimaux l'avaient abandonné depuis longtemps, et aucun des nouveaux venus n’avaient entendu parler de Thorvald,
ante-Colombianorum in America, par C. C. RAFN, pour la Soc. des Antig. du Nord ; Hafnisæ, 1837 : Saga d'Erik Rauda, pp. 41-46. — Euc. Brauvois, Découvertes des Scandinaves en Amérique; Paris, 1859, pp. 19-22.
Comme on le voit, pour aller des Leifsbudir à Krossunes, Thorvald a navigué à l'est, puis au nord, puis à l'ouest; c'est-à-dire qu'il a longé la côte sud du Massachusetts, contourné la péninsule de Barnstable, doublé le cap Cod et traversé la baie du cap Cod. Si les Leifsbudir eussent été situées sur la Charles River, il serait venu du Nord, et son voyage n'eut été que d'une douzaine de lieues.
En 1007, quatre ans après, Thorfinn Karlsefn part de Brattalahid pour le Vinland. Il a l'autorisation d'occuper les maisons de Leif. C'est donc sur ces maisons qu'il se dirige. Il voit le Helluland « Terre-Neuve » etle Markland « Nouvelle-Ecosse ». Il suit la côte, se dirigeant vers le sud, et arrive près d'un promontoir sablonneux qui s'avance en pente douce vers la mer. Il a la terre à bäbord. Or, au sud de la Nouvelle-Écosse, il n‘y à qu'un seul point où le marin puisse avoir à gauche la terre ferme : c'est la péninsule de Barnstable. Thorfinn y prend terre, y trouve la quille d'un navire et, comme Thorvald, il applique au cap Cod le nom de Kjalarnes, Il appelle le rivage Furdustrandir parce qu'il est extrêmement long. Plus loin, le rivage est coupé de baies. Il dépasse les Furdustrandir et entre dans ur golfe qu'il nomme Strammfjord « golfe des Courants », hors duquel est une île qu'il appelle Straumey « île des Courants ». Golfe et île sont baignés par le Gulf stream, et le Gulf stream ne touche pas à la côte orientale du Massachussetts. Il faut donc chercher, ailleurs qu'aux environs de Charles River, le Straumfjord et la Strauney. On les trouve et on ne peut les trouver qu'au sud du Massachussetts, dans Buzzard's Bay et Martha’s Vineyard.
Thorfinn passe l'hiver dans le Straumfjord. Au printemps de l'an 1008, son compagnon Thorhall veut retourner au nord, « en doublant les Furdustrandir et le Kjalarnes ». C'est clair : il ne part pas de Charles River. Thorfinn veut aller au sud « en longeant les côtes »,
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La baie de Plymouth ne séduit pas le sieur de Monts. Quinze ans plus tard, les Anglo-Saxons furent moins difficiles. Ils y fondèrent leur première colonie; aujourd’hui, les Américains ne prononcent qu'avec respect le nom de la Old Colony, et, sur la colline qui domine les maisons, ils ont élevé à la « Foi » une statue colossale.
XXVI. — Champlain continue donc son exploration. En naviguant au sud, il remarque à l'est le profil d’une longue terre. Il croit que c'est une île et conserve sa direction. Bientôt il s'aperçoit que cette terre tourne à l’ouest, se soude au continent et ferme le passage. Il tourne la proue sur le cap Kjalarness, que les Indiens nommaient alors Nauset et les pilotes Carenas ou Arenas ; il l'appelle Blanc, à cause de la couleur de ses dunes. Les Anglais ont remplacé ce nom par celui de Cod « Morue ». Ce cap doublé, Champlain longe la bande orientale de la péninsule jusqu’à un port assez grand, situé sur le 42° parallèle et nommé Malbarre.
arrive à l'embouchure d'une rivière qui, comme le Pocasset, traverse un lac avant de se jeter dans la mer. Ces indications ne répondent pas non plus à la riviére Charles. Il donne a’ lac le nom de Hop (anse formé par l'embouchure d'une rivière) et près de ses bords, non loin des Leifsbudir, il construit les Thor/innsbudir.
Les constructions de la rivière Charles sont scandinaves; mais elles ne doivent pas être confondues avec les maisons de Leifet de Thorfinn, qui étaient dans les environs de Mount-Hope.
(Voir : Saga de Thorfinn Karselfn, dans Beauvois, op. cit., pp. 36-41, — Historia Thorfinni Karselfnii, dans les Antiquitates americanæ, pp. 143-149).
Ce port est bordé de maisonnettes qui sont entourées de terres bien cultivées. Les indigènes, hommes et femmes, ont pour tout vêtement une robe tissue d'herbes et de chanvre qui leur tombe sur les jarrets. Les hommes se rasent une partie de la tête et s'épilent. Pour se faire beaux, ils se peignent le visage en noir, jaune et rouge. ils sont bien faits et d'honnête apparence, mais méchants et larrons. Il faut les surveiller de près, car, pour voler, ils se ervent aussi habilement des pieds que des mains’,
Le sieur de Monts n'a plus de vivres que pour le retour et la mer paraît très mauvaise : il fait mettre le cap sur Sainte-Croix.
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1re part., pp. 80-88,