‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 18 sur 112 · LA COLONIE DE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

LA COLONIE DE PORT-ROYAL

f. Transport de la colonie à Port-Royal — Hivernage, — IT. Monts à Paris. — III, Retour de Poutrincourt, — IV, Séjour à la Rochelle, — V. Arrivée de Poutrincourt à Port-Royal, — VE, Poutrincourt à Port- BR al, — VIT, La rivière du Dauphin. — VII. Départ pour un voyage d'exploration, — IX, Une terre disparue, — X. Port-Fortuné, — XI, Poutrincourt est attaqué par les sauvoges, — XIT, Retour à Port-Royal, — XHT, Lescarbot commande par intérim à Port-Royal. — XIV. L'Ordre de Bon-Temps. — XV, Révocation du privilège du sieur de Monts, — XVI. Foutrincourt abandonne Port-Royal.

I. — Monts ne veut plus de Sainte-Croix, et, sur le conseil de Champlain et de Pontgravé, il choisit, dans le bassin de Port-Royal, un site boisé voisin de l’embouchare de la rivière du Dauphin.

Aussitôt sou matériel déchargé, il part pour la France avec ceux qui veulent le suivre.

Champlain, Champdoré et « plusieurs de bon cou- » rage » ne craignent pas d'affronter un second hiver. Pontgravé reste con. *e lieutenant. Il n’est pas d'humeur à laisser les gens oisifs et procèile rapidement à la construction du nouveau iort.

L'hiver ne se fait pas attendre. Les sauvages appor-

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tent, souvent de fort loin, pour'les troquer, des pelleteries et du gibier. Les colons sont dans l’abondance et les mauvais jours se passent sans trop de peine.

La belle saison revient et Monts n'arrive pas. La colonie s'inquiète. Si son voyage manquait, par fortune de mer ou autrement, les colons mourraient de faim.

Tout autour du fort, la terre est très fertile et ne demande qu’à produire, mais elle veut être cultivée, soignée, aimée. Cela n’est pas l'affaire des colons de France, d’Espagne ou d'Angleterre, qui croiraient déroger s'ils touchaient la bôche ou la charrue. Tous tranchent du gentilhomme, étudient l'art de duper les sauvages, et, selon l'expression de Lescarbot, se grattent au soleil. Ils ne mangent morceau de lard ou bouchée de pain qui ne vienne de France. Et si le bateau de vivres n'arrive pas ? « Aux petits des oiseaux Dieu donne la pâture », à condition que les pères et mères aillent la chercher et la leur mettent dans le bec ; à l’homme il la donne aussi, à condition qu'il la gagne.

Monts arrive enfin. Il eûteté fâcheux qu'il ne revint pas. car il amenait Marc Lescarbot, « un auteur exact et » judicieux, un homme qui a des vuës, et qui eût été » aussi capable d'établir une colonie que d'en écrire » l'histoire !, »

Il. — [Les Parisiens avaient fait à Monts mauvais accueil, On disait qu'il avait traiié avec trop de rigueur

! CnarLEvoIx, op. eit.,t, 1, p. 186,

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les marins basques. Dans une supplique du 16 novembre 1604, les Malouins avaient exposé aux Etats de Bretagne « l'abus qui se commet par ceux qui, sous ombre de décou- » vrir des mines, trafiquent à Canada et empêchent les » habitants de ladite ville (de Saint-Malo) d'y naviguer » et trafiquer comme ils faisoient au passé ». On assurait que son établissement était dans un désert, sous un climat rigoureux, qu'il avait fait de grandes pertes, réalisé peu de profits et perdu beaucoup de monde. Tous ces dires étaient vrais, mais pour les gens d’affaires ils n'avaient rien de décourageant, ni d’imprévu. Une accusation perfide, absurde, hypocrite, est lancée à grand fracas : il n’a pas converti, clame-t-on, un seul sauvage! Les accusateurs se soucient de la conversion des sauvages de l’Amérique comme de celle des habitants de Ia lune : la seule conversion qu'ils aient à cœur, ils ne le montreront que trop. c'est celle des castors, des élans et des caribous. Raison de plus pour crier, pour faire les bons apôtres et tenter la ruine du sieur de Monts.

Monts est dans l'embarras. Mais il est homme d’honneur et de volonté et tiendra la promesse faite à ceux qu'il a laissés là-bas.

III. — Poutrincourt a sur les bras de gros procès, et jamais sa présence à Paris n’a été plus nécessaire. Mais il juge que, présentement, sa place est à Port-Royal, avec le sieur de Monts, et il se prepare à partir.

Il décide Lescarbot à l'accompagner. Son nom inspi-

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rant toute confiance, il trouve des ouvriers autant qu'il en veut.

Il désire un prèvre et s’adresse à plusieurs églises de Paris. On lui répond que, pendant la semaine sainte, les prêtres ne peuvent quitter les confessionnaux. Il renouvelle ses démarches auprès du clergé de la Rochelle, qui compte beaucoup de prêtres peu occupés. On lui dit « qu’il » faudrait des gens qui fusseut poussez de “rand zele et » piété pour aller en tels voyages, et seroit bon de s’adres- » ser aux Peres Jesuites ». Poutrincourt croit ne plus avoir le temps de suivre ce conseil, car « la mer n’attend » personne ». À bien dire, tout bon chrétien qu'il est, la robe noire des Jésuites ne lui dit rien qui vaille.

IV. — Le rendez-vous est à la Rochelle, en plein pays calviniste. Il faut s’y conduire avec prudence, car les calvinistes sont de mœurs austères. Les ouvriers, qui ont vingt sols à dépenser par jour, ne sauraient se contenir. Ils mènent vie joyeuse et font dans le quartier Saint-Nicolas, où ils sont logés, un merveilleux tintamare. Plusieurs sont mis en prison et ne seront relàchés qu'au moment du départ.

Le Jonas, arme par deux marchands de la Rochelle, est an rade et n'attend pour partir qu’un vent favorable. Tout le nionde se tient prêt à embarquer au premier signal. Malheureusement, un coup de mer roule le navire sur des rochers, le crève, l’envase, et tout un mois se

1 LescarBoï, op. oit., 1612, pp. 508-511, 519-520,

passe en réparations, déchargement et rechargement, ce qui donne à Lescarbot le temps d'imprimer l’Adieu à la France qu’il a composé en arrivant à la Rochelle.

Les Rochellois regardent, du haut de leurs murailles, le Jonas couché sur le flanc, et l'ironie de leurs regards montre que ce malheur est loin de les affliger.

Cependant le navire est réparé, remis à flot, et le 13 mai 1606, il prend la pleine mer!.

V.— Le 26 juillet, après trois mois et treize jours de navigation, le Jonas arrive devant la passe de Port- Royal. La mer est ébe et l'entrée impossible. Le lendemain, à la haute mer, il pénètre dans la baie, et Lescarbot contemple, avec ravissement, la vaste plaine liquide, les deux belles îles qui la parent, l’amphitheätre de collines boisées qui l'entourent.

Le navire avance lentement, poussé par une bonne brise. Mais on ne voit pas une voile, pas un canot, rien qui indique la présence de l'homme. Continuant d'avancer, les voyageurs finissent par apercevoir sur la bande méridionale, au fond de la baie, sur Le bord de la forêt, les remparts en bois et les toits de Port-Royal.

Membertou, sagamos des Souriquois, les voit, se précipite dans le fort et crie aux deux hommes qui le gardent : « Quoi? vous vous amusez ici à diner (il estoit environ » midi) et ne voyez point un grand navire qui vient ici et » ne sçavons quelles gens ce sont ? ».

1 Lescaruor, op, cit., 1612, pp. 011-520, 523-524,

L'un des deux hommes court aux canons; l’autre

s'avance au bord de l’eau, avec la mèche allumée sur le

serpentin, tandis que Membertou et l’une de ses filles

sautent dans un cart pour reconnaître le navire. A la vue

du pavillon blanc fleurdelisé, le fort tire une salve de

quatre coups de canon, le navire réplique, les trompettes ne s’épargnent pas et, pendant une bonne demi-heure, c'est un bruyant et joyeux tintamare.

L'hiver de 1605-1606 a été rigoureux et triste -comme celui passé à Sainte-Croix.

On attendait, en mai ou juin, les navires de France. Juillet était fortement entamé, et l'on ne voyait rien venir. Pontgravé était anxieux et craignait la famine. Il construisit deux barques et partit pour les stations de pêche dans l'espoir d'y trouver des vivres. Il laissa deux hommes qui avaient accepté la périlleuse mission de garder le fort, et ce sont ces deux hommes qui recurent le sieur de Poutrincourt.

Des matelots du Jonas, débarqués à Canso pour venir en chaloupe le long des côtes, rencontrent Pontgravé,

. lui disent les nouvelles et le ramènent à Port-Royal.

VI. — L'arrivée de Pontgravé fut l’occasion de grandes réjouissances. « Le sieur de Poutrincourt fit mettre un » mui de vin sur le cul, l’un de ceux qu’on lui avoit » baillé pour sa bouche, et permission de boire à tous > venans tant qu'il dura, si bien qu'il y en avoit qui se > firent beaux enfans! ».

1 Lrscarmor, op. eit., 1612, pp, 545-418,

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