‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 20 sur 112 · HR RS · texte numérisé non relu

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» passé, en compagnie de M. Otis, et j'ai recherché à cette » occasion, avec le soin le plus minutieux, la preuve de » l'existence de l’ancienne île de Nauset et de la pointe » Gilbert. Jel’ai trouvée aussi certaine que le peut être » une preuve géologique! ».

La dislocation de ces terres à eu lieu entre le passage de Gosnold et celui de Champlain, c’est-à-dire de 1602 : 1606. Elle n’a rien d’extraordinaire.

La presqu'île du cap Cod est de formation morainique et se trouve située sur la lisière du gulf stream et du courant polaire. Si elle affecte la forme gracieuse d’une proue de gondole ou de navire normand, c’est qu'elle à été limée, polie par les mouvements rythmiques ct infiniment variés de la mer. L'île et la pointe, plus ou moins bien soudées au sol primitif, pénétraient dans les deux courants qui, à force d'infiltrations, les desagrégèrent et finirent par les emporter.

Au droit de ces terres, le gulf stream a 220 mètres de profondeur, 125 kilomètres de largeur, une vitesse moyenne de 5 kilomètres à l'heure. Ce fleuve maritime, dont le debit est deux mille fois celui du Mississipi, est le père des tempêtes (æwealher breeder) et le roi des orages (storm king)*. Sa puissance est irrésistible. Le courant polaire est aussi une force irrésistible. Ils ont pu trés bien, dans un jour de colère, balayer de leur

1 B.-J, pe Cosra, The pre-colombian discorvery of America by the Northmen ; Albauy, 1868, p. 29, n. 2.

* Eursée Reczus, La Terre, Paris, Hachette, 1872, t, I, pp. 76-S4,

route un obstacle qu'ils minaient depuis la fin de la période glaciaire.

La catastrophe a eu lieu, quelle qu’en soit la cause, et Champlain était sur le premier bateau qui en traversa les ruines.

X.— Après ce dangereux passage, Poutrincourt prend terre à l'endroit aujourd'hui connu sous le nom de Chatham Harbor. Les habitants sont bien proportionnés, de teint olivàtre, vêtus, hommes et femmes, d'un petit morceau de peau et de quelques feuilles attachés au milieu du corps. Leurs cheveux sont peignés avec soin et ornés de plumes. Ils s'enroulent autour du cou des colliers de porcelaine.

Ils sont bons laboureurs, habiles pêcheurs et chasseurs médiocres. Ils n’ont ni police, ni gouvernement, ni religion, et « ne prient non plus que bestes ». Cependant ils ont des sorciers à qui le Diable révèle l'avenir, mais, dit Champlain, « ils mentent le plus souvent ».

Pour aller en guerre, ils se donnent des chefs. La paix faite, ces chefs rentrent dans le rang et rien ne les distinguent de leurs compagnons. S'ils veulent manger, il leur faut, comme les autres, labourer, chasser ou pêcher,

Poutrincourt donne à l’un d'eux un costume. Le bon sauvage se regarde dans une glace et rit de se voir ainsi affublé. Mais tout cela le gêne, le gehenne, l’'embarrasse,

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1re part., p. 91.

et, de retour dans son campement, il en donne une pièce à chacun de ses amis. « Ceci », dit Lescarbot, « devroit » servir de leçon à tant de mignons et mignones de deca, » à qui il faut faire des habits et corselets durs comme » bois, où le corps est si miserablement gehenné, qu'ils » sont dans leurs vêtemens inhabiles à toutes bonnes » choses ! ». ;

XI. — Les Sauvages viennent par centaines autour du navire. Poutrincourt ne se fie pas à eux et croit prudent de les intimider. Dans ce but, il fait marcher devant lui un homme « jouant de deux épées et faisant avec icelles » force molinets », comme le faisait, a la bataille d'Hastings,

Taillefer, qui moult bien chantoit Sur un cheval qui tost alloit,

Il fait aussi tirer sur des pièces de bois quelques coups de mousquets. Les Sauvages sont émerveillés, prévenus, mais nullement intimidés ?.

Poutrincourt était depuis quinze jours dans ce port, réparant son navire et faisant faire du pain. Il pousse dans les terres une pointe d'environ trois lieues, et remarque des bandes de Sauvages qui se cachent dans les bois, rampent dans les broussailles, se dissimulent de toutes façons. Il pense que de telles gens préparent un

1 LescarBor, op. cit., 1612, pp. 564, 565.

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