‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 21 sur 112 · V L NS · texte numérisé non relu

V L NS

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mauvais coup, revient et donne aux boulangers l’ordre de rentrer à bord.

Six d’entre eux n’obéissent pas. Poutrincourt, préoccupé de ce qu'il a vu, leur envoie, vers minuit, sa chaloupe. Cinq ne veulent rien entendre. Armés de mousquets et d’épées, ils se croient en état de résister aux Sauvages, Sans doute ils pouvaient résister, mais à condition de faire bonne garde. Au contraire, ils s’'endorment tranquillement, sans prendre aucune précaution.

Au point du jour, les Sauvages arrivent sans bruit, les surprennent, se ruent, sur eux la hache au poing et lancent sur ceux qui se sauvent une pluie de flèches. La sentinelle de la barque s'aperçoit de l'affaire et crie : « Mon » Dieu, on tue, on tue noz gens, on tue noz gens ». À ce cri, tout le mondeest sur pied. Champlain, Robert Gravé, Daniel Hay, le chirurgien, l'apothicaire, le trompette, Poutrincourt, son jeune fils Biencourt et deux autres, sans prendre le temps de s’habiller et d'allumer les mèches, sautent dans la chaloupe et rament vigoureusement vers la rive. A leur approche, les Sauvages, qui sont plus de trois cents, se sauvent, rapides comme des lèvriers, disparaissent dans les herbes et dans les bois. On leur tire quelques coups de mousquet qui probablement n’atteignent personne.

Deux des français ont été tués sur place; un autre est mort en cherchant à se sauver; le quatrième succombera en arrivant à Port-Royal; le dernier, nommé Duval, guérira de ses blessures et ira se faire pendre à Québec. ‘ Le fils de Pontgravé a surchargé son arquebuse; elle

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lui éclate dans les mains et lui enlève trois doigts.

On enterre les morts au p'ed d’une croix que Poutrincourt à érigée en arrivant dans le pays. Tandis que l’on chante sur eux les prières de l'Eglise, les Sauvages dansent et hurlent en signe de joie, sans oser approcher pourtant, bien qu’ils soient plus de trois cents contre neuf.

Quand les Français sont partis, ils viennent, arrachent la croix, déterrent l’un des morts, prennent sa chemise, s’en parent et « tournant le dos à la barque jet- » toient du sable à deux mains par entre les fesses en » derision, hurlans comme’des loups ». On leur tira dela chaloupe, qui était déjà loin, quelques coups de canon qui ne leur fireut pas grand mal, « Et fallut par nécessité boire ce calice ».

A la mrée, les gens de Poutrincourt viennent relever la croix et remettre en terre le mort. « Et fut ce port » appelé, par antiphrase, Port Fortune».

Deux ou trois jours après, Poutrincourt remet à la voile et descend au sud jusqu'à Hiannis. De là, il aperçoit une île que Lescarbot appelle Douteuse et Champlain Soupçonneuse, sans doute Nantucket ou Martha’s Vineyard. |

Ne trouvant rien qui l’intéresse, et ses vivres baissant, il met la proue sur Port-Royal.

XII. — Deux fois, dans la traversée des terres disparues, le gouvernail est brisé, et c'est avec une peine

1! Lescargor, op, cit., 1612, pr. 567-570.

infinie que Poutrincourt atteint, pour le réparer, les côtes de la Norambègue. Cette réparation faite, il se remet en marche. La chaloupe, soulevée par un coup de mer, brise l’arrière de la barque. La marée, très forte et poussée par un vent violent, la porte au fond de la baie Française etcent fois menace de la briser sur les récifs et sur les rochers. Pendant des heures, Poutrincourt et ses braves compagnons sont ballottés, brutalement, impitoyablement, par cette force aveugle qu'est la mer!.

Enfin, le 14 novembre 1606 ils arrivent à Port-Royal.

Grâce à Lescarbot, le sieur de Poutrincourt aura une réception joyeuse, solennelle, mythologique et poétique, comme le nouveau monde n’en avait jamais vu.

Au moment où il descend dans la chaloupe pour prendre terre, Neptune arrive, conduit par six tritons, et lui fait un beau discours en vers. Chaque triton, à son tour, lui fait son compliment. Quatre Sauvages viennent dans un canot, lui font des présents et, l’un après l’autre, récitent des vers. Et le bon Poutrincourt écoute tout cela gravement, l'épée à la main.

Après qu'il a remercié, la troupe de Neptune chante un chœur à quatre voix.

Au moment où le héros va pénétrer dans le fort, dont l'entrée est décorée d’écussons, de devises et de feuillage, un compagnon « de gaillarde humeur » lui sert encore dix-huit alexandrins?.

1 Lescarsor, 0p. cêt., 1612, pp. 576-579. — CHAMPLAIN, Voyages ; 1632, lre part., p. 98.

2 LxscarBor, Les Mvwses de la Novvelle-France. — Le Theatre de

Pendant toute cette cérémonie, les trompettes sonnent, les canons bourdonnent, les échos hurlent et tout le monde est dans la joie.

XIII. — Poutrincourt, en partant, a prié Lescarbot de se charger du gouvernement de Port-Royal. Lescarbot prend au sérieux sa mission et continue de semer du froment, du seigle, de l'orge, de l’avoine, du chanvre. Ce travail lui est d’autant plus agréable qu’il lui remet en mémoire « nôtre ancien pere Noë, grand Roy, grand » Prêtre et grand Prophete, de qui le mestier estoit > d’estre laboureur et vigneron ! ». Autour des jardins, il crée d’autres jardins ; lui-même manie avec zèle la bêche et le rateau. Il ouvre des chemins dans la forêt et creuse autour du fort un fossé d'assainissement. Il conseille aux ouvriers de travailler beaucoup, de se fatiguer, et il prêche d'exemple. « Je puis dire sans mentir », écrit-il, « que jamais je n’ay tant travaillé du corps, pour le » plaisir que je prenois à dresser et cultiver mes jar- » dins ». « Quant au travail de l'esprit, j'en avois hon- » netement. Car chacun étant retiré au soir, parmi les » caquets, bruits et tintaniares, j’estois enclos en mon » étude lisant ou écrivant quelque chose. Même je ne » seray point honteux de dire qu'ayant esté prié par le » sieur de Poutrincourt nôtre chef de donner quelques

Neptvne en la Nouvelle-France. Représenté sur les flots du Port- Royal le quatorzième de novembre mille six cens six, au retour du sieur de Poutrincourt du païs des Armouchiquois.

l LEscARBOT, 0p, cit., 1612, pp. 606, 607.

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