‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 30 sur 112 · VI. — Revenons à Champlain · texte numérisé non relu

VI. — Revenons à Champlain

Il s'occupait un matin de la plantation d’un jardin. Le pilote vient lui demander un entretien, lui apprend qu'une conspiration est organisée pour le tuer et livrer

1 L'abbé V,.-A. Huan», À. M., Labrador et Anticosti; Montréal, 1897, p. 36.

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le fort à des Basques et à des Espagnols qui sont à Tadoussac. Duval, serrurier, est chef du complot. Aidé de trois de ses camarades, « qu’il croyait être des plus mauvais garçons », il s’est assuré le concours de toute la compagnie. Chacun croit trouver sa fortune dans le pillage du fort, et tous se sont engagés, par serment, à poignarder quiconque les trahirait.

Le meurtre de Champlain paraît assez difficile. Les uns sont d'avis de l’étrangler dans son lit, les autres de simuler une alarme de nuit et de profiter du trouble pour lui loger quelques balles dans le corps.

Champlain, sans s'émouvoir, fait venir dans le bois le chef du complot, l'interroge et acquiert la preuve de sa culpabilité.

Alors stationnait devant Québec une chaloupe commandée par un jeune homme de confiance. Champlain envoie à ce jeune homme, avec des instructions, deux bouteilles de vin.

Le jeune commandant invite Duval et ses trois compagnons à venir se réjouir avec lui. Ceux-ci arrivent, joyeux, prêts à bien faire. Aussitôt ils sont saisis et mis en lieu sûr. « Voilà donc », dit Champlain, « mes gaillards bien estonnez ».

Il était dix heures du soir et beaucoup d'hommes dormaient dans les maisons du bord du fleuve. Champlain les fait réveiller, leur annonce la nouvelle et les renvoie se coucher. Cela fut, pour tous, une délivrance, car ils vivaient dans la crainte les uns des autres.

Duval fut pendu et sa tête, fixée à un pieu, fut exposée

sur le plus haut toit de l'habitation. Ses trois complices furent transportés en France et envoyés aux galères!. :

VII. — Le 18 septembre 1608, Pontgravé part pour la France et Champlain reste à Québec avec vingt-buit hommes. |

Trois semaines après, la sylve éparpille sur le sol ses feuilles desséchées. Puis vient novembre, froid, sombre, endeuillé ; des nuages épais, d’un gris sale, aux. formes fantastiques, courent dans le ciel, désespérément, vers un but inconnu. Viennent les neiges, hautes de deux à trois pieds. L'atmosphère se purifie ; Le ciel, d’un bleu pàle, est plus haut; le Saint-Laurent se couvre de glace et les barques ne peuvent plus dépasser Tadoussac.

A la mi-octobre, les Montagnais terminent la pêche, fument leurs anguilles, les donnent en garde à Champlain et partent pour la chasse aux castors.

Quand ils reviennent, l'hiver est avancé. Ils réclament leur poisson, reconstruisent leurs cabanes de bouleau, se gavent de nourriture et dorment sur des piles de branchages. |

Ils ont des cauchemars, rêvent d'Iroquois qui incursionnent, scalpent, massacrent et incendient. Comme ils croient aux songes, le camp est souvent en alarme. Champlain leur conseille de se partager en groupes et de veiller à tour de rôle, comme font les Français ; d'avoir

1 LescarBorT, Hist., 1612, p. 623. — Francis PARKMAN, op. cit., pp. 303, 304.

toujours leurs armes prêtes, et de ne rien croire de leurs rêves, qui sont « des visions diaboliques ». — « Vous savez mieux que nous, répondent-ils, vous garder des ennemis. Si vous restez dans le pays, nous apprendrons à faire comme vous ». En attendant, quand ils font de mauvais rêves, ils demandent à entrer dans le fort. Champlain ne veut recevoir que les femmes et les enfants. Les maris, de naturel jaloux, sont anxieux. Le chaste Champlain est sévère sur les mœurs. Mais les Montagnaises sont bien faites, potelées, désireuses de faire mal ; les hommes du fort, depuis longtemps privés de femmes, sont assoiffés d'amour. Avec des éléments aussi combustibles, toute surveillance devait être vaine. Si les maris avaient, comme les Juifs, fait boire à leurs femmes « l’eau de jalousie », tous ou presque tous seraient demeurés veufs.

A cela près, la vie du fort est trés monotone. Champlain tend des pièges à renards et passe son temps à les surveiller.

Les Canadiens d'aujourd'hui tirent de l'hiver « une jouissance et un redoublement de santé ». C'est qu’ils sont bien vêtus, bien logés, bien chauffés, que leur nourriture est saine. Nos colons sont pauvrement vêtus, ils n’ont pas eu la précaution de s’approvisionner de bois avant la chute des neiges et ne mangent que du lard salé, Autour d’eux le gibier abonde, mais il faudrait des chasseurs et il n’y en a point. Ils sont artisans, ouvriers, ; domestiques recrutés dans les villes et manquent d'initiative. Des paysans auraient pu se tirer d'affaire, car

l'homme des champs sait se suffire à soi-même et imagine sans effort l'outillage dont il a besoin !. Nos pauvres gens tremblottent, s’ennuient, geignent autour d’un maigre foyer, se prêtent à la maladie, et la maladie vient : le scorbut. Sur vingt-huit hommes, seize succombent et quatre sont malades.

Le printemps revient enfin, et les colons voient la fin de leurs souffrances. Le 5 juin 1609, le jeune Marais, beau-fils de Pontgravé, tourne la pointe de l'île d'Orléans etannonce à Champlain, avec les secours longtemps attendus, le retour à Tadoussac du vieux capitaine.

Champlain tient conseil avec ses compaguons et décide de profiter de la présence de Pontgravé pour commencer ses opérations et chercher un passage à la Chine?.

| 1 BENJAMIN SyULTE, op. cit., t. I, p. 92.

? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1'e part., chap. v, vi, vis. — LxscARBOT, Jlist., 1612, liv. V, chap. 1, — Sixre Le Tac, Hist. de la Nouv.-Fr. ou Canada, ch. vu.

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