‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 33 sur 112 · FEU · texte numérisé non relu

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il les fiche en terre en désignant chacun d’eux par le nom d'un guerrier. Les plus hauts représentent les chefs. C'est l’ordre de combat. A un signal, chacun prend sa place; à un autre signal, les rangs sont rompus. La même manœuvre est exécutée plusieurs fois, toujours avec beaucoup d’exactitude et de rapidité.

X. — Le lendemain, les canots sont remis à flot. La rivière va toujours s’élargissant. Paraissent de grandes îles portant de beaux bois, de belles prairies et quantité de gros gibier. Champlain les nomme La Motte, Longue, Grande. Il entre dans le lac qui porte son nom, et voit une nappe d'eau longue de cinquante à soixante lieues. Il y remarque quatre grandes et belles îles, autrefois très peuplées, alors désertes, rendues, par la guerre, à la vie sauvage.

Au loin, sur la gauche, s'étendent de vastes forêts; au delà, des montagnes encore couvertes de neige. A droite s'élève l’Adirondacko ; plus loin s'étendent les vallées du Mohawk, où se trouvent des villages palissadés iroquois. Pour y atteindre, il faut traverser le lac Saint-Georges et la rivière de Hudson.

XI. — Quand les alliés ne sont plus qu’à trois ou quatre jours de l'ennemi, ils changent les heures de marche. Ils s’avancent la nuit, silencieusement, en masse,

précédés de quelques éclaireurs. Le jour, ils se retirent

daus l'épaisseur des bois, s’y reposent, s’y nourrissent de

farine de maïs cuite, détrempée dans l’eau. Ils évitent le bruit et ne font du feu que pour pétuner. Au crépuscule, ils se rembarquent et pagayent jusqu’à l'aurore. Leur but est un promontoire rocheux, qui devait servir de piédestal au fort de Ticonderoga. Ils entrent dans le lac Saint-George et en suivent, d'aussi près que possible, la rive occidentale.

XII. — Le matin du 29 juillet, après avoir pagayé toute la nuit, ils se retirent dans la forêt pour manger, dormir et pétuner. Champlain parcourt les environs du campement et vient se coucher sur un tas de branches de sapin. Il rêve que des Iroquois se noient dans le lac, près d’une montagne, qu'il veut les secourir, mais que ses alliés lui disent de les laisser mourir parce qu'ils ne valent rien. |

Chez les Sauvages de l’Amerique du Nord, les songes ont une importance capitale. Faits par certains individus, ils sont une révélation de l'avenir; faits par des pauvres et des vauriens, ils sont sans valeur. Il y a des interprètes de songes comme chez les Juifs et les Egyptiens, au temps de Joseph!. Pas de sottise qui ne soit exploitée.

Champlain raconte son rêve. Les alliés y voient un

heureux présage et triomphent par avance de leur victoire.

1 Brégeur, Relation du pays des Hurons, 1636; édit. de Québec, p. 110.

XIII. — Sur les dix heures du soir, ils avançaient sans bruit, fouillant du regard le lac et ses rives. À ce moment, ils voient venir à eux des canots iroquois. Les deux partis poussent le cri de guerre.

Les Iroquois prennent terre et se fortifient. Champlain juge, à la rapidité de leurs travaux, qu'ils ont aussi des haches en fer.

Les alliés restent sur le lac, à une portée de flèche. Les canots sont maintenus bord à bord au moyen de perches placées en travers. « Voulez-vous combattre ? » demandent les Algonquins. — « Certainement », répondent les Iroquois, « mais demain, au jour ». De part et d'autre, on fait la veillée des armes, ce qui consiste à danser, crier, hurler des injures, des menaces, des défis, des moqueries et des vantardises.

XIV. — Au point du jour, Champlain et ses compagnons endossent leurs armures et coiffent leurs casques ornés de panaches. Les canots sont approchés de la rive, la troupe débarque et se range en bataille, les trois français derrière. Les Iroquois, au nombre d'environ deux cents, grands, forts, de redoutable aspect, sortent de leurs retranchements et s’avancent en ordre, avec une gravité qui fait l'admiration de Champlain. Les capitaines, le chef orné de plumes, marchent en avant. Les uns ont des boucliers de bois ei de cuir, les autres une armure de brindilles peintes intercalées de fibres végétales.

Les alliés s’approchent aussi en bon ordre. À une certaine distance, ils ouvrent leurs rangs, Champlain passe et s’avance seul à trente pas de l'ennemi. Les Iroquois regardent avec inquiétude cet être mystérieux vêtu de fer. Celui-ci lève son arme (il avait mis dedans quatre balles), un bruit de tonnerre se fait entendre, deux chefs tombent morts et un guerrier est atteint mortellement. Algonquins et Montagnais poussent de si grands cris « qu’on n’eust pas ouy tonner ». Les Iroquois, sans se déconcerter, envoient une nuéede flèches. Ua autre coup d’arquebuse part du bois et un autre chef tombe mort. Les Iroquois, alors découragés, prennent la fuite. Les alliés, rapides comme des lévriers, les poursuivent dans les bois, en tuent quelques-uns et font une douzaine de prisonniers. Camp, canots, armes et provisions deviennent la proie des vainqueurs. Ceux-ci ont seulement

quinze ou seize blessés. Grâce à Champlain, la victoire est complète.

XV.— L'abbé Faillon condamne cette guerre; il ne reproche même à Champlain aucune autre faute. Elle a été déterminée, dit-il, par l'intérêt des marchands,

En 1609, c’est-à-dire dans le même temps, plusieurs marins bretons furent assassinés par les Sauvages de Terre-Neuve. La communauté deSaint-Malo sollicita du roi l'autorisation d’armer des navires « pour faire la

1 FaiLLox, op, cit, t, I, p, 136,

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