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deux cents hommes. 11 faut donc remettre à l'année prochaine l'expédition projetée.
Quant aux canots, ils sont accordés, mais difficilement. Ce voyage déplaît aux Algonquins. Il présente de grands dangers. Les Nipissings, qui sont sorciers et « de petit » cœur », ont empoisonné beaucoup d’Algonquins.
Je ne désire rien tant, répond Champlain, que de voir ce peuple et de me faire conduire par lui à la mer du Nord, que l'on dit peu éloignée. Je ne crains pas les fatigues, mon Dieu me préserve des embûches des sorciers, et je désire vous rendre bons amis.
Sa demande est enfin accueillie. Il est heureux et se voit déjà voguant sur cette mer du Nord, vers la Chine.
Il sort pour respirer un peu d'air pur et va visiter les jardins. Peu après, Thomas, l'interprète, vient le rejoindre, l’informe que la discussion a continué après son départ et que l'assemblée a conclu au refus des canots.
XI. — Soudain, s'écrie-t-il, je retourne à eux et leur dis : « que je les avois jusaues à ce jour estimez hommes, » et veritables, et que maintenant ils se monstroient enfans et mensongers ; et que s'ils ne vouloient effectuer » leurs promesses, ils ne me feroient paroistre leur » amitié. Toutefois que s’ils se sentoient incommodez de » quatre canaux, qu'ils ne m'en baïillassent que deux, et » 4 Sauvages seulement ».
Les Algonquins l’assurent de nouveau que la route est périlleuse à cause des sauts et dangereuse à cause des Nipissings. Champlain refuse de les croire et finit par
dire, en leur montrant Vignau : ce jeune homme est allé dans ce pays; il n’a pas trouvé les chemins et les peuples si mauvais que vous le dites.
À ces mots, tous se regardent, et Tessouat, le vieux capitaine chez qui Vignau a passé l'hiver, lui dit en son langage : « Nicolas, est-il vray que tu as dit » avoir esté aux Nebicerini ? » Nicolas est longtemps sans mot dire, puis il répond en leur langue : « Ouy, j'y ay esté ». Ils le regardent de travers et se jettent sur lui, en criant, comme s’ils le voulaient « manger ou deschirer ». Tessouat reprend : « Tu es un asseuré menteur : tu sçais » bien que tous Les soirs tu te couchois à mes costez avec » mes enfans, et tous les matins, tu t'y levois : si tu as » esté vers ces peuples, ç'a esté en dormant. Comment » as-tu esté si impudent d'avoir donné à entendre à ton » chef des mensonges, etsi meschant de vouloir hazarder » sa vie parmy tant de dangers ? tu es un homme perdu » et te devroit on faire mourir plus cruellement que nous » ne faisons nos ennemis. Je ne m'étonne pas s’il nous » importunoit tant sur l'asseurance de tes paroles ».
Champlain le presse de répondre, de faire la preuve de son voyage, de le tirer de peine. Ie voyant muet, il le tire à part, le conjure de lui dire s’il a vu cette mer. Nicolas affirme de nouveau, sous serment, qu’il a dit vrai et qu’il le prouvera si les Sauvages veulent donner des canots. À ce moment, l'interprète Thomas dit à Champlain que les Algonquins envoient secrètement aux Nipissings un canot pour les prévenir de son arrivée. Cham-
plain retourne au conseil et dit qu’il a eu connaissance, par un songe, de l'envoi d’un canot. Ils lui répondent qu'il les offense beaucoup en croyant un menteur plutôt qu'eux, braves capitaines, ses amis. Il leur répète que son homme, avec un parent de Tessouat, a vu la mer, le bris d’un navire anglais ; SO têtes coupées par les sauvages et un jeune anglais prisonnier.
A ces mots, ils sont furieux et demandent que Vignau soit mis à mortou qu’il nomme son compagnon de voyage, les lacs et les rivières qu’il a vus, les chemins qu'il a parcourus. Vignau a fait une carte. Champlain la tire et lui dit de l'expliquer à ses contradicteurs. Mais le pauvre homme à perdu toute son assurance et ne peut articuler un mot.
Champlain est trouble. Il ne peut croire que Vignau ait donné, comme authentique, un voyage imaginaire. Il à très à cœur l’entreprise; sa réputation est en jeu. Au moment où il croyait toucher au triomphe, il se voit la dupe d’un imposteur.
Le conseil se sépare. Les Indiens sont contraries. Champlain est anxieux. Un canot est prêt à partir. Il faut prendre une décision. Le pauvre commandant appelle Vignau et lui dit : « Dissimuler n'est plus de saison. Il faut dire si oui ou non vous avez vu les choses en question. Confessez la vérité, tout sera oublié. Si je passe outre et trouve que vous avez menti, vous serez pendu ». Vignau médite un instant, tombe à genoux et confesse ses mensonges. Champlain, transporté de colère, le chasse de sa présence et charge l'interprète de faire
un plus long examen. Vignau a été guidé par le désir de la notorieté et l'espoir d’une récompense. Il a passé, chez Tessouat, un paisible hiver. Il n'a pas approché de plus près la baie de Hudson, distante de six cents milles, et la haie de Hudson n’est pas l'océan que Champlain veut atteindre. Il espérait qu’un incident ou un accident le dispenserait de conduire le commandant et qu’à son retour en France il serait largement récompensé. Il offre, si on veut le laisser dans le pays, de découvrir cette mer, dût «ui en coûter la vie.
Les Sauvages exultaient, reprochaient doucement à CL implain de ne les avoir pas écoutés, et disaient « qu’il » falloit faire mourir ce menteur, qui estoit grandement » malicieux... Ne vois-tu pas qu'il t'a voulu faire » mourir? » Et charitaliement ils ajoutaient « donne le » nons, et nous te promettons qu'il ne mentira jamais ». Les hommes et les enfants le huent, le menacent, mais Charaiplain défend qu’on lui fasse du mal.
XI. — N'ayant plus aucun espoir de trouver, par cette +oie, la mer de Chine, Champlain décide le retour. Ii promet à Tessouat de revenir l'année suivante, en équipage de guerre ; Tessouat promet de se tenir prèt avec une armée dont il sera content, et il lui donne son fils pour l'accompagner.
Avant de partir, L'iamplain fait faire une grande croix
i CHAMPLAIN, Voyages, 1re part., pp. 194-205.
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de cèdre blanc, l’orne des armes du roi, la plante au bord du lac et recommande au”: Sauvages de la conserver ainsi que toutes celles qu'il a érigées le long de l'Ottawa.
Le 10 juin il se met en route pour le retour. Il rencontre neuf grands canots montés par quarante sauvages qui venaient aux nouvelles, et, en deux fois, quatrevingts autres canots, dont vingt chargés de marchandises.
XIII. — Il s'arrête à la grande île du Calumet, qui est fort agréable, remplie de vignes et de noyers. Sur le minuit, des Indiens revenant de la pêche disent avoir vu quatre canots ennemis. Quelques hommes sont envoyés à la découverte et reviennent sans avoir rien remarqué. Sur cette assurance, chacun se repose, excepté les femmes qui, ne se croyant pas en sûreté à terre, restent sur leurs canots.
Cer ndant l'annonce de l'ennemi a fait impression. Une heure avant le jour, un sauvage se lève en sursaut, crie qu'on le tue et court vers le fleuve. Ses compagnons se réveillent, croient que les Iroquois les assomment et courent aussi se jeter dans l'eau. Un français les imite.
Les autres français se réveillent au bruit, cherchent partout des ennemis et n’en trouvent pas, mais ils voient dans la rivière tous les Indiens sans armes et sans moyens de défense. Enfin tout s'explique, on rit et l’on se met en route.
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