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sommet un coude de la rivière. Ils s’avancent en faisant le plus de bruit possible. Les animaux, affolés, fuient devant eux, s’entassent à la pointe et se jettent dans la rivière où d’autres chasseurs les guettent et les tuent.
Champlain et ses hommes prennent goût à ce jeu barbare et tirent sur les pauvres bêtes des coups d’arquebuse. Un Français vise un cerf, le manque et blesse un sauvage. Celui-ci est dans la désolation, et la douleur de ses parents et amis fait peine à voir. Pour essuyer tant de larmes, il faut des présents, beaucoup, parce que les Français sont riches.
En Europe, où la culture intellectuelle est si raffinée, la morale si pure, on essuie avec des billets de banque les larmes causées par des accidents ; en Huronie, il faut des haches, des couteaux et des chaudières. En Europe on plaide; les sauvages n'ayant ni juges, ni tribunaux, s’'arrangent à l’amiable. L'esprit est le même.
VII. — Champlain ayant essuyé les larmes, la gaîté revient dans le camp, l'armée continue sa marche, à petites journées, toujours chassant et pêchant, jusqu’au lac des Entouhonorons, jadis Frontenac, maintenant Ontario. Elle suit la bande orientale du lac, et prend terre au sud, dans la baie des Affamées ou Hungry Bay". Elle cache ses canots dans Les bois, près du rivage, puis entre dans ies terres et s’avance, en quatre jours, de 25 à 30 lieues.
1 FRANCIS PARKMAN, Op. oit., p. 372.
VIII. — Le 9 octobre, les éclaireurs rencontrent, à 4 lieues du village ennemi, onze personnes, hommes, femmes et enfants, et les font prisonniers. Le capitaine Iroquet, & pour commencer leur supplice ordinaire », coupe un doigt à l’une des femmes.
Champlain arrive, reproche au capitaine d'agir non en guerrier mais en sauvage. Un homme de guerre, lui dit-il, ne doit point faire de mal aux femmes, qui n'ont autre défense que leurs larmes et leur faiblesse. « Son » acte sera jugé provenir d'un courage vil et brutal ». S'il devait se renouveler, les Français ne pourraient aller en guerre avec les Hurons Le capitaine Iroquet est un peu surpris, cependant il promet à Champlain, pour lui faire plaisir, de ne plus torturer que les hommes.
IX. — Le lendemain, 10 octobre, ils arrivent aux cultures des Iroquois. C'est le moment de la récolte. Les jeunes gens de l'avant-garde poussent le cri de guerre et se précipitent sur les travailleurs. Ceux-ci sautent sur leurs armes et malmènent fort les assaillants; un parti huron vient au secours et peu à peu s'engage un sérieux combat. Champlain est mécontent de cette affaire. Il lui faut néanmoins intervenir, et il montre aux Iroquois « ce qu'ils n’avoient jamais veu ni oùy ». Le bruit des arquebusades, le sifflement des balles, les effets foudroyants de ces tonnerres les stupéfient; ils s'arrêtent, enlèvent rapidement les morts et les blessés et rentrent dans leur fort.
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Ils sont de la tribu des Sénécas, la plus vaillante des « Cinq Nations ».
Leur fort était sur le lac Canandaigua, au sud-est de Rochester!. ee
Champlain le décrit comme plus habilement conçu que ceux des Hurons. Il consistait en quatre rangées concentriques de palissades ; ces palissades étaient formées de troncs d’arbres de 30 pieds de longueur, posés de biais et s’entre-croisant. Elles supportaient une galerie intérieure défendue par des traverses à l'épreuve des flèches, garnie de gouttières pour l'extinction des incendies et amplement approvisionnée de pierres. Le lac, qui baigne l’un des côtés du fort, fournit à la population et aux galeries toute l’eau nécessaire.
Les Hurons commencent de suite l’attaque. Leurs sauts, gambades et futiles procédés exaspèrent Champlain. Le soir, il réprimande les chefs et leur donne une leçon d’art militaire. Le lendemain matin, il leur fait construire une tour assez haute pour dominer la palissade du fort, et assez grande pour contenir cinq ou six hommes, il leur fait aussi façonner d'énormes mantelets ou boucliers de bois. Quatre heures suffisent pour ces travaux.
X. — Deux cents guerriers portent la tour à une longuour de pique du village. Quatre arquebusiers l’occupent et délogent les Iroquois de leurs galeries. Mais rien
4 Cette position a été déterminée par O'Callaghan et Francis Parkman,
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ne peut retenir les indisciplinables Hurons. Ils abandonnent les mantelets et, sourds à tout commandement, ils combattent à découvert, isolément, chacun à sa fantaisie, bondissent, crient, hurlent et lancent des quantités de flèches qui ne font aucun mal. Les Iroquois, à l’abri derrière leurs remparts, les défient, les raillent, les inondent de flèches et de pierres. D’aucuns essaient d’incendier le rempart, mais le feu, allumé sous le vent, sans la protection des boucliers, est vite éteint par les torrents d’eau que répandent les assiégés. La confusion redouble. Champlain leur crie ce qu’ils ont à faire, les prévient des dangers qu'ils affrontent inutilement. Ils n’entendent rien, continuent de hurler et de s’agiter tumultueusement. Il fait une tentative pour attirer les Iroquois hors de leurs remparts, mais ceux-ci devinent le piège et ne s’y laissent pas prendre.
L'attaque dure depuis trois heures. Deux chefs et cinq guerriers sant blessés. Les assaillants en ont assez et retournent au campement. Champlain est blessé au genou et à la jambe, ce qui le met, pour un temps, hors de combat. Il est indispensable cependant de renouveler l’attaque; mais les Hurons, découragés, l'oreille basse, refusent de sortir du camp avant l’arrivée des Eriés.
Le lendemain, s'élève un vent qui dure deux jours. Champlain les presse d’en profiter pour tenter encore de mettre le feu aux remparts. Ils regardent leurs blessés, craignent une nouvelle défaite et n'osent bouger. Ils attendent jusqu’au 16 octobre, trompant le temps par de fréquentes escarmouches qui ne tournent pas à leur
avantage. [ls ne manquent pas de bravoure, mais ils sont imprudents et sans discipline. Il faut, chaque fois, que les Français aillent les dégager.
Dès que les Iroquois voient les arquebusiers, ils se sauvent, en disant aux Français qu’ils n’avaient que faire de se mêler de leurs combats, et qu'en les appelant à leur secours les Hurons faisaient preuve de peu de courage !.