‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 57 sur 112 · XX.— Pourtant, ces hommes si sages sont des joueurs · texte numérisé non relu

XX.— Pourtant, ces hommes si sages sont des joueurs

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1620, fol. 95-96.

leurs effets, nus, ils s’en vont riant, chantant, comme si de rien n’était. L'un d'eux, jouant avec Pontgravé, perdit couteaux, haches, chaudières, couvertures, manteaux, colliers, puis sa femme, puis enfin ses enfants, mais il conserva sa belle humeur et sa sérénité. Pontgravé, embarrassé de tout cet attirail, le lui rendit !,

Les Hurons ne se volent pas entre eux, mais voler un Français ou un étranger, c’est à leurs yeux faire œuvre ‘pie.

Le P. Le Jeune croit qu’il n’y a pas, sous le ciel, nation plus portée au larcin. Quand ils entrent quelque part, il ne faut perdre de vue ni leurs pieds, ni leurs mains. ( J'en regardois un chés nous », ditle Père, «qui avoit jetté les yeux sur un des outils de la menuiserie de nostre frère; la pensée me venant qu'il s'en pourroit saisir, je le veillay tant que je peu, mais il fut plus adroit à prendre que moy à regarder. Il cache l'outil si dextrement que je ne luy vy faire aucune action ».

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Prendre et n'être point découvert est, chez eux, une marque d’esprit?.

Les Récollets se défiaient tellement d’eux qu'ils ne leur permettaient pas d'assister à la messe. Une bonne femme avait dérobe une etole au P. Le Caron, et des

1 SAGarD, Hist., 1636, pp. 256-258. — Le grand voy., 1632, pp. 122-123.

? Le JEuxE, Relation de 1633, édit. de Quebec, p. 34.

regards de convoitise étaient sans cesse braqués sur le calice qu'ils appelaient une « petite chaudière! ».

XXI. — Chez les Hurons, une chose primait tout, c'était la guerre. On y pensait toujours. Elle était toute de surprise et de trahison.

Ils allaient de nuit sur le territoire de l'ennemi, se cachaient, tuaient ou faisaient prisonniers tous les passants qui leur tombaient sous la main. Ils s’arrangeaient pour surprendre un village, poussaient tout à coup leurs cris de guerre, se lançaient comme des bêtes féroces et massacraient à cœur joie, sans distinction de guerriers, de vieillards, de femmes ou d'enfants. Pour les Hurons, la guerre était une vengeance, et c’est pour cela qu'ils torturaient les prisonniers.

Rarement ils torturaient les femmes. Quand ils ne pouvaient les emmener, il les tuaient sur place et les scalpaient. Habituellement ils les gardaient pour leur service ou pour les donner en cadeau.

Les familles qui avaient perdu des enfants les remplaçaient par des enfants capturés, qu’elles élevaient et aimaient comme les leurs.

Ces enfants, devenus grands, ne connaissaient que leur pays d'adoption et combattaient pour lui, même contre leur pays d'origine ?.

Un jeune homme ainsi élevé se trouve, un jour, dans

1 SaGarp, Hist., 1636, pp. 408, 420, 518.

? Sagarp, Hist., 1636, pp. 442, 454, 455.

un combat, face à face avec son père. Le pouvant tuer, il lui dit : «Jete dois la vie ; je te la rends. Nous som- » mes quittes. Ne me retombe jamais sous la main ».

Les Hurons font un jour une soixantaine de prisonniers. Ils en tuent un certain nombre et leur coupent la tête. Ils emmènent les autres dans les villages. Les femmes les accueillent bien, les entourent de soins, les engraissent comme des chapons, non par humanité, mais pour qu'ils soient plus durs au supplice et fournissent des chairs plus succulentes.

Après des tortures que je ne veux pas décrire, les malheureux sont mis dans la chaudière et mangés solennellement. Les malades ont le droit, comme les valides, de savourer la vengeance de la nation, et reçoivent leur part de chair humaine.

Des Hollandais, pris par la nation des Loups, furent beaucoup plus heureux. Mis au supplice, leurs larmes coulèrent si abondamment qu’elles éteignirent le feu et, avec le feu, la colère des sauvages, qui les traitèrent dédaigneusement de « femmes » et les renvoyèrent chez eux.

C'est le père Sagard qui raconte cette miraculeuse délivrance, mais tout ce que dit le bon moine n'est pas parole d'Evangile !.

XXII. — Ces impitoyables guerriers ont des croyances religieuses.

1 Sacarp, IList., 1636, pp. 454-455.

Is ont pour Dieu Yoscaha et sa grand'mère Ataensiq. Pourquoi une grand'mère? Pourquoi pas une mère ? Ils n’en savent rien et ie bon Père Sagard se moque d’eux.

Un Attivoindaron a vu ces dieux. Ils demeurent fort loin. Un rocher, situé au bord d’une rivière, garde l’empreinte des pieds de Yoscaha. Ce dieu a une cabane faite comme celles des hommes. Il possède en abondance du mais et tout ce qui est nécessaire à la vie. Il travaille, boit et mange comme les Hurons. C’est lui qui donne le beau temps et fait prospérer les biens de la terre. Sa grand'mère est méchante, souvent malfaisante, Yoscaha subit, comme l'homme, la loi du temps, mais arrivé à un certain âge, il redevient à vingt-cinq ou trente ans.

Les Hurons, comme tous les peuples du monde ont des esprits. Ils les nomment oki ou loki, mot qui signifie grands diables, grands anges, démoniaques, sages, inventifs. C'est notre daimôn, qui signifie divinité, génie, diable, esprit malin. Les Hurons, par révérence donnent aux moines et aux sorciers le titre d’oki.

Champlain, Sagard, Le Jeune et les autres missionnaires tenaient pour des friponneries les exorcismes et incantations des 041. De leur temps on exorcisait ferme en France, mais voilà, ce qui est vérité en deçà du méridien de l'île de fer est erreur au delà.

Les Hurons demandent au daimôn de la Chaudière et à ceux de plusieurs rochers des rives du Saint-Laurent comme (révérence gardée) les marins de Honfleur demandent à la Vierge de la Côte-de-Gràce, de les protéger dans leurs voyages. « C’est ainsi», dit le P. Sagard,

« que le Diable les amuse, les maintient et conserve dans » ses filets, et en des susperstitions estranges en leur » prestans ayde et faveur, selon la croyance qu'ils luy » en ont en cecy ».

Des dieux et des esprits supposent une âme et un paradis ; aussi les Hurons avaient-ils une âme et un paradis, Le paradis est bien loin, dans une autre partie de la terre. On.y va par le « Chemin des Etoiles » ou « Chemin des Ames », c'est-à-dire par la Voie Lactée. Là sont les dieux et, devant eux, les âmes des hommes dansent etse réjouissent.

Les âmes des chiens vont aussi en paradis, mais par une route d'étoiles autre que celle des hommes.

Les âmes ont les mêmes besoins et les mêmes passions que les corps. Elles travaillent, chassent, pêchent, guerroient, aiment. C’est pour cela que les Canadiens enseve- Jissent les morts avec eurs armes, fourrures et ustensiles.

« Entre les choses que nos Hurons ont le plus admi- » rées en les instruisant », dit le P. Sagard, « estoit qu'il » y eust un Paradis au-dessus de nous où fussent les » bien-heureux avec Dieu et un Enfer sousterrain, où » estoient tourmentées avec les diables et un abysme de » feu, toutes les ames des meschants, et celles de leurs » parens et amis deffuncts, ensemblement avec celles de leurs ennemis, pour n'avoir cogneu ny adoré Dieu nostre Créateur, et pour avoir mené une vie si mauvoise et vescu avec tant de dissolution et de vices! ».

1SAaGARD, Le grand voyage, 1632, pp. 228-234.

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