‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 60 sur 112 · CHAPITRE XIV VICE-ROYAUTÉ DU DUC DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV VICE-ROYAUTÉ DU DUC DE MONTMORENCY

I. Québec en 1616. — IT. Comment les marchands entendent la colonisation. — IIT. Querelles religieuses. — IV. Les Basques et les Rochellois, — V. Le prince de Condé en prison. — VI. La Compagnie veut révoquer Champlain. — VIT, Voyage de 1617. — VII. Procès avec les Bretons, — IX. Les Associés s'engagent à envoyer des colons. — X. Les Rochellois. — XI. Assassinat de deux Francais. — XII. Les marchands veulent se défaire de Champlain. — XIII. Le duc de Montmorency achète la charge de vice-roi du Canada. — XIV, Champlain revient à Québec avec sa femme. — XV. Madame de Champlain. — XVI. Québec en 1620. — XVIT. Dissolution de la Compagnie de Monts. — XVIII. Les Rochellois à l'ile Verte. — XIX. Armes et munitions en-

. voyées par le roi. — XX. Première assemblée générale des Canadiens. — XXI. Les Iroquois devant Québec. — XXII. Réunion temporaire des deux Compagnies. — XXII. Interprètes et coureurs de bois. — XXIV. Madame de Champlain retourne en France.

I. — En 1616, au moment où Champlain part pour la France, Québec est encore peu de chose.

Du côte de l’eau, sous la falaise, il y a les maisons, les magasins et la chapelle bâtis huit ans avant.

En haut, sur le roc où l’on voit les ruines du château Saint-Louis, Champlain a bâti un fort, des maisons et des magasins; derrière, il cultive un champ et des jar-

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dins. À un mille et demi, sur le Saint-Charles, les Récollets vont bâtir leur couvent. Québec est le siège d’un petit commerce et d'une petite mission. Deux ou trois familles y végètent. Sa population permanente est de cinquante à soixante personnes. La caricature représente sa garnison par deux vieilles femmes et ses sentinelles par deux poulets !.

II. — Pour comble de malheur, la discorde y règne. Champlain est le chef officiel, mais les marchands tiennent à leur solde presque tout le monde etentendent tirer profit de la situation, faire fructifier leurs capitaux. Ils ne s'accordent pas entre eux, se jalousent, mais Champlain, qui veut convertir et coloniser, est l'ennemi commun, et, pour le combattre, ils s'entendent à merveille.

Ils choisissent, parmi les propres à rien, les quelques familles qu'ils sont forcés de transporter en Canada. Et, comme l’amour du gain pourrait leur donner l'amour du travail, les bons marchands s’arrangent pour qu'ils ne puissent sortir de la misère. Défense leur est faite de trafiquer avec les Indiens. Ordre de ne vendre qu’à la Compagnie le produit de leurs travaux. Le prix des marchandises offertes par les colons est fixé au plus bas; le prix de celles données en payement par la Compagnie est scandaleusement exagéré. Ainsi, les marchands s’imposent, achètent et vendent à faux poids.

1 Advis au Roy sur les affaires de la Nouvelle-France, cité par Francis Parkman,

Les sauvages sont traités de même façon.

Un capitaine vient se plaindre au chef des commis. Celui-ei lui dit : « Pour toi, mais pour toi seul, non » pour les autres sauvages, les prix seront réduits ». Le capitaine lui répond, sur le ton du mépris : « Je suis » leur capitaine, c’est pour eux que je parle et non pour » moi! ».

Champlain, écœure de ces abus de pouvoir, de l’exploitation cynique des colons et des sauvages, du mépris des engagements contractés, laisse échapper ces dures paroles : « Tout cecy ne se faisoit à dessein que de tenir » tousjours le pays nécessiteux, et oster le courage à » chascun d’y aller habiter pour avoir la domination » entière, sans que l'on s’y peust accroistre? ». Le P. Sagard termine le récit des mêmes faits par cette exclamation : « O Dieu, partout les gros poissons mangent les petits * ».

IT. — Cette situation se complique.de querelles religieuses.

Les marchands sont de Rouen et de Saint-Malo, les uns catholiques, les autres protestants. En Nouvelle- France, il se toléraient les uns les autres. Mais Champlain amène des moines, et les moines attisent, avivent les haines religieuses qui ruinent la France.

1 Cu. Le CLERCQ, op. cit., t. I, pp. 137-138. 2? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., p. 183. 3 SAGARD, Hist., 1636, p. 41.

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