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L'exercice de la religion réformée est interdit en Canada. Les huguenots n’en chantent pas moins, sur leurs navires, les psaumes de Clément Marot. Les moines les entendent du rivage, sont scandalisés, jettent des cris de détresse.
IV. — Les marchands de la Rochelle, qui ont refusé d'entrer dans la Compagnie, font sur le Saint-Laurent un trafic de contrebande. Quand les concessionnaires les poursuivent, ils se sauvent ; serrés de trop près, ils se défendent à coup de canon; ils ont cette immense joie de faire un trafic défendu et fructueux, de battre et d’exaspérer les catholiques.
Ils font pis : ils donnent aux Montagnais des armes à feu et des munitions, les excitent contre Québec et ridiculisent les moines’.
Ces sauvages deviennent redoutables. Ils disent hautement que s’ils avaient tué les Français de Québec, les Rochellois et les Basques en seraient bien aises, viendraient et leur donneraient les marchandises à meilleure compte *.
La liberté du commerce que voulaient les Rochellois et les Basques n’était pas une mesure du temps et ne
1 CnampLaix, Voyages, 1632, 2° part., pp. 2, 3, 3, 28, 115. — SaaarD, 1List., 1636, p. 861. — Cu. Lx CLercQ, op. cît.,t. I, pp. 194- 195. — Advis au Roy sur les affaires de la Nouvelle-France, cité par Francis Parkman. — Pluinte de la Nouvelle-France à la France sa germaine, citée par Francis Parkman.
? CHAMPLAIN, Voyages, 1830, t. II, p. 84.
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s'accordait pas avec les conditions d'existence de la Compagnie. On ne pouvait admettre que cette Compagnie fît tous les frais de découverte et d'occupation tandis que d’autres récolteraient librement à sa place.
C'est pour essayer de tirer la colonie de cette situation singulièrement critique que Champlain vient en France.
V. — Au moment de son arrivée à Honfleur, le prince de Condé est en prison pour avoir conspiré contre le maréchal d'Ancre (Concino Concini), alors tout puissant par la faveur de Marie de Médicis, sa vieille maîtresse. Dans un ballet dansé à la cour, la bergère Sylvie (la reine) se moque agréablement du berger (Condé), qui avait voulu s'emparer de la couronne !.
Cette détention est pour Champlain une cause d’embarras.
Un agent d’affaires se charge, moyennant récompense honnête, de mettre le maréchal de Thémines à la place du prince de Condé et de lui faire donner un « cheval » de quatre mille cine cents livres. On cabale à la cour, on plaide, on pèse sur la Compagnie, on la menace de lui faire payer deux « chevaux », et finalement on les lui fait payer, l'un à Thémines, l’autre à Condé*.
VI. — Champlain, révolté de ces tripotages, se rend à Honfleur. Tandis qu'il attend, pour partir, un vent favo-
1 Correspondance de Richelieu; Imp. Imp., t. I, p. 218, note. ? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1re part., pp. 214 et 226.
rable, les Associés lui signifient qu'il n’est plus lieutenant du prince de Condé. Cette défaveur l'indigne mais ne l’émeut guère. Ces Messieurs ne peuvent lui enlever ni son titre, ni ses appointements.
Il part le 11 avril 1617, se proposant de protester lors de son prochain voyage eu France !.
VII. — Aux environs de Terre-Neuve, le navire est pris dans les glaces. Les icebergs menacent à tout instant de l’écraser. Les passagers se désolent, pleurent. Cette terrible mort les épouvante. Ils se recommandent aux moines, les moines les bénissent et les recommandent à Dieu. « Chose estrange », plus ils s’humilient devant le Très-Haut, plus le danger augmente, plus la mort paraît imminente. Enfin, grâce à Dieu, Champlain aidant, le navire est tiré des glaces et arrive à Tadoussac le 14 juin. A Québec on le croyait perdu et l’on avait fait des prières?.
Champlain avait, pour Les cinquante ou soixante habitants de Québec, un baril de lard qu’un homme porta sur son épaule. Avant la fin de l'année, tout le monde sera malade et le scorbut fera son apparition.
VIII. — Champlain se hâte de revenir en France, où les affaires s’embrouillent de plus en plus.
Les Bretons profitent de l'occasion pour demander aux
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, lre part., pp. 213-214. 2 Sagarn, Hist., 1636, pp. 33-34.
États de Bretagne et en obtenir la liberté de la traite. Le Conseil, sans plus ample informé, sans ouïr les parties intéressées, approuve. Champlain en parle à l’évêque de Nantes et à M. de Sceaux. Ce dernier convient que le Conseil n’a vu que les Bretons. « Monsieur », dit Champlain, « comment est-il possible que l’on aye octroyé » si promptement cet article, sans ouir partie? » — « L'on n’y a pas songé », répond M. de Sceaux. Champlain présente requête au Conseil et appelle ses associés de Rouen, qui se hâtent de venir. On plaide. Le lieutenant vice-royal supporte vaillamment tout le poids de la discussion, gagne le procès et sauve la Compagnie!.
IX. — En 1618, les Associés craignent encore pour leur monopole : les Récollets ne cessent de crier contre les huguenots et le Conseil, comme une girouette, tourne à tous les vents.
Les calvinistes, entrés en grand nombre sous Condé, ont la meilleure part du commerce et voient avec répugnance l'introduction de l'élément religieux. Les catholiques craignent que, dans les plis de leurs robes rousses ou noires, les moines ne portent la guerre. Tous sont hostiles à la colonisation. Si les colons sont nombreux, disent-ils, nous auront du mal à les mâter, le trafic passera par leurs mains et nos profits seront réduits. Champlain prétend que la colonie doit se fortifier, se suffire à
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1'e part., pp. 215-216.
elle-même, ne pas attendre, pour manger, des navires qui peuvent ne pas arriver.
Les Récollets font aussi entendre leur voix. Avant de christianiser les sauvages, disent-ils, force est de les civiliser, ce qui ne peut se faire qu’en installant chez eux des familles françaises.
Toutes ces raisons, encore quelles soient excellentes, ne touchent pas les Associés. Seule la menace de suppression de leur privilège peut faire sur eux quelque effet. Ils trouvent vite le moyen de conjurer le danger. Par acte du 21 décembre 1618, ils promettent de passer en Canada, l’année suivante, 80 personnes, et fixent les quantités de vêtements, linge, objets mobiliers, ustensiles, outils, vivres, semences, etc., qui seront délivrées à chacune d'elles.
Champlain croit avoir partie gagnée. Il se trompe. Les marchands mettent l'acte dans leurs archives et n’y pensent plus.
« Voilà », dit Champlain, « comme tout se passa, et » sembloit que tous obstacles se mettoient au devant, » pour empescher que ce sainct dessein ne reüssist à la » gloire de Dieu! ».
L'opposition systématique que les Associés font au bon Champlain a une cause, et cette cause n’est pas difficile à deviner. Sa dévotion aveugle et ses moines lui aliènent les calvinistes, qui sont les plus actifs et plus engagés dans l'affaire, et les calvinistes
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1'° part., pp. 216-221,
facilement les autres, qui ne vont là-bas que pour gagner de l'argent.
Les calvinistes sont contraints de contribuer à l'entretien des religieux, et ces mêmes religieux font refuser aux calvinistes l'exercice de leur culte. De là une haine violente, une guerre perpétuelle entre les deux cultes.
X. — Les huguenots de la Rochelle font aussi leur partie. Ils ne veulent pas connaître les édits et ordonnances qui leur interdisent le trafic du Canada, obtiennent par surprise des passe-ports et font à la Compagnie une concurrence déloyale.
Quand ils sont pris et que les officiers de justice viennent pour exercer des poursuites contre les délinquants, le maire leur dit : « Je croy ne vous faire pas peu de » faveur et de courtoisie, en vous conseillant de ne faire » point de bruit, et de vous retirer au plustost. Que si » le peuple sçait que vous veniez en ce lieu, pour exécuter les commandemens de Messieurs du Conseil, » vous courez fortune d'estre noyez dans le port de la » Chaisne, à quoy je ne pourrois remédier! ».
XI. — Tel est l’état des affaires et l’on ne prévoit pas d'amélioration. Champlain se décide à partir. Le 22 mars 1618, il est à Honfleur, « havre ordinaire », dit-il, « de nostre embarquement ». Le 24 mai, il prend la
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1re part., pp. 221-222,
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mer, et juste un mois après il arrive à Tadoussac, où l'attend une affaire assez délicate.
Pour un motif futile, un serrurier a roué de coups et couvert d'injures un Montagnais qui fréquentait habituellement l'habitation.
Le sauvage continue ses visites comme si de rien n’était et dissimule si bien ses sentiments que l’on finit par croire qu’il a tout oublié.
Au contraire, il ne pense à autre chose et guette, avec une patience féline, l'occasion de se venger.
Un jour, le serrurier et un matelot vont en partie de chasse dans les îlots du cap Tourmente.
Le sauvage et l’un de ses amis les suivent discrètement, sans se laisser voir, étudient leur manière de vivre. Un jour, le serrurier reste seul, sans défiance, dans sa cabane.
Les Montagnais approchent sans bruit, en rempant, comme des reptiles, se dressent subitement à l’entrée de la cabane et, avant que le serrurier ait pu faire un mouvement, ils l’abattent de deux coups de massue.
Celui-ci mort, ils se mettent à la recherche du matelot. Ils n’ont rien contre lui, mais il serait un témoin dangereux. Ils le découvrent, attendent patiemment qu’il décharge son arme, se jettent alors sur lui avant qu'il se puisse mettre en défense et l’assomment. [ls portent à la cabane son cadavre, l’attachent à celui du serrvrier, les chargent de leurs armes, de cailloux, les jettent à l’eau et retournent sur eux leur barque.
Deux ans plus tard, le fleuve rejette sur sa rive les
squelettes des deux hommes encore attachés ensemble.
Une enquête fait découvrir les assassins, les causes et les détails du crime.
Les sauvages offrent, selon leur coutume, le prix du sang, comme on le faisait chez nous, au temps des Carolingiens. Cela n'est plus dans nos lois, mais avons-nous le droit d'appliquer à des sauvages des lois qui n’ont pas été faites pour eux.
Cette question n’est pas posée. Champlain se demande seulement s’il faut saisir et pendre les coupables. Cela n’est pas difficile, mais les Français auront sur les bras une guerre d'embuscades et ne pourront sortir du fort sans risque de la vie.
Des vaisseaux arrivent de France. On peut entreprendre une guerre. Après? Les Montagnais feront le viäe autour des Français et se dirigeront probablement vers les comptoirs anglais de la baie de Hudson.
D'un autre côté, un pardon nous exposerait au mépris des sauvages et à d’autres assassinats.
Champlain s'attèle à ce difficile problème.
Longtemps il laisse entendre aux sauvages qu'il appliquera la loi et qu'il ne défendra plus une nation qui assassine les Français.
A Tadoussac, à Québec, à Trois-Rivières, il exige la remise pour en faire justice, des deux assassins. Les Montagnais, très alarmés, veulent les tuer. Champlain s’y oppose. L’un des deux se rend au fort avec son père et se livre aux Français. Huit cents sauvages sont autour du fort, maisils trouvent la garnison sous les armes,
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chacun à sa place de combat, et comprennent que la force n’est pas de leur côté.
Guillaume de Caen, général de la flotte, assisté de Champlain et des capitaines des navires, réunit en assemblée les sauvages alors en traite à Québec et réprimande vertement, devant eux, les meurtriers; puis, sur les instances des Hurons, il pardonne et jette gravement, solennellement, ridiculement, dans la rivière, une épée nue.
Les Hurons, maîtres dans l’art de dissimuler, font bonne contenance; mais de retour chez eux, ils rient à cœur joie et disent qu'on peut, pour une douzaine de castors, tuer un Français!.
Cette affaire terminée, Champlain part pour la France, arrive à Honfleur le 28 auût 1618, et recommence la lutte avec les marchands.
XII. — Ils décident que Pontgravé aura le commandement de Québec, et que Champlain ne s’occupera que de ses découvertes.
Champlain leur répond qu'il dépend du vice-roi et non pas d'eux ; Qu'il a autorité sur tout le personnel de la colonie; que leur agent n’a droit que sur les magasins. A l'appui de cette réponse, il joint une lettre royale du 12 mars 1618.
Les Associés maintiennent leurs prétentions et font
1 CamPraix, Voyages, 1620, fol. 122 et suiv. — Sacarn, Hist., 1636, pp. 42, 225-237. — Le arand voyage, 1632, p. 108,
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partir Pontgravé. Champlain reviert à Paris, plaide devant le Conseil, a gain de cause et l'arrêt est signifié aux Associés dans la bourse de Rouen ?.
XII. — Le 20 octobre 1619, le prince de Condé sort de prison, se fait payer un cheval de mille écus, donne aux Récollets la moitié de cette somme et met fin aux prétentions du maréchal de Thémines.
Le sieur de Villemenon, intendant de l’amiraute, desirait depuis longtemps, pour l'amiral duc de Montmorency, la charge de vice-roi de la Nouvelle-France. Il lui persuade facilement que le Canada serait mieux dans ses mains que dans celles du prince de Condé. Les deux seigneurs se voient et, moyennant onze mille écus, Montmorency devient vice-roi de la Nouvelle-France.
Né en 1595, Henri IT, duc de Montmorency, avait alors vingt-quatre ans. A l’âge de dix-sept ans, il fut nommé amiral de France et de Bretagne. Il était d'une bravoure à toute épreuve, beau, bon et généreux.
Il entre dans les vues de Champlain, décide de fortifier le pays, d'établir des officiers de justice et un intendant des affaires du Canada. Au commandant de l'habitation appartiendra la garde des armes et des munitions ; au principal commis pour la traite, la garde des marchandises et du mobilier de la Compagnie. Il y aura ainsi deux autorités distinctes : l’une pour le commerce, l'autre pour le gouvernement.
1 CuaAMPLAIN, Voyages, 1632, 1re part., pp. 223-226.
Montmorency nomme Champlain son lieutenant — précisément ce que les Associés ne voulaient pas — et 1 invite à partir pour Québec le plus tôt possible.
Le roi promet à Champlain des armes et des munitions pour un fort à construire, et lui recommande, par lettre du 7 mai 1620, de maintenir la colonie sous son autorité, de la soumettre le plus possible aux lois du royaume et d'y répandre la religion catholique !.
Cependant on lui prescrit de ne rien entreprendre d'important sans l’avis d’un récollet, le P. Georges Le Baïllif ou Le Bailly *.
En appelant des moines il s’est donné des maitres.
XIV.— Les choses ainsi réglées, il s’embarque le 8 mai 1620, avec sa jeune femme, et arrive, le 7 juillet,
au moulin Baudé, à une lieue de Tadoussac.
Le jeune Eustache Boullé #, son beau-frère, venu en 1618 avec Pontgrave, lui apprend qu’à son arrivée, au mois de juin, il a vu deux navires de la Rochelle qui trafiquaient près de Tadoussac. Pontgravé leur a donné la chasse sans pouvoir les atteindre. [ls ont emporté beaucoup de pelleteries et donné aux Sauvages quantité d'armes à feu “.
Quelques jours après, Champlain arrive à Québec et se
1 CHAMPLAIN, Voyages, lt ::, 1re part., pp. 211-229, 2 Le Tao, op. cit., p. 111.
3 Né en 1600.
4 CuAMPLAIN, Voyuges, 1830, t. II, pp. 1-3.
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rend à la chapelle des Récollets. On chante un Te Deum et l'un des Pères fait une allocution. A la sortie de la chapelle, Champlain fait lire ses commissions, puis on tire le canon et l’on crie : vive le roi!!
XV.— La jeune madame Champlain arrivait dans une maison délabrée, avec un mari de cinquante-trois ans, qui avait fait de rudes campagnes et recu pas mal de blessures.
Champlain, comme je l'ai dit, avait mis dans un couvent sa jetite femme. Les religieuses lui rendirent la vie douce, gagnèrent son affection, son cœur, triturérent tout doucement sa petite cervelle, lui persuadérent que la cornette renferme toute sagesse, toute vertu, toute Léatitude, et qu’il n’y a point de salut hors du couvent.
Ce n’était pas un vieux guerrier, qu’elle n’avait guère vu, qui pouvait lui faire aimer la vie conjugale.
Pieusement elle instruit les femmes indiennes et catechise les enfants. Si l’on en croit les Ursulines, les sauvages, émerveillés de sa gentillesse et de sa beauté, la voulaient adorer comme une divinité, Les sœurs ont exagéré; en tout cas sa vue les étonna, car de bons apôtres leur avaient dit que les Françaises étaient barbues comme les hommes.
XVI. — Le séjour de Québec est peu agréable. Les bâtiments, construits en bois, sans beaucoup de soin,
1 Le Tao, op. cit., p. 110.
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nécessitent de fréquentes réparations. Pendant l'absence du chef, Pontgravé a occupé les ouvriers au couvent des Récollets, à la maison de la veuve Hébert et à la traite; la garnison à pillé la grange et le chantier !; l'habitation ressemble à une « pauvre maison abandonnée aux champs » où les soldats avoient passé? ».
La Compagnie ne veut pas que la colonie mange bouchée de pain ou morceau de lard qui ne vienne de France : elle ne veut pas que les colons travaillent la terre; ceux-ci découragès, flânent autour des maisons de commerce, jouent, boivent, courent les bois, vagabondent, se font gloire de duper les sauvages et d’abuser des femmes *.
Champlain se hâte de rétablir l'ordre et met de suite à la réparation des logements tous les ouvriers disponibles.
Il commence ensuite le fort. Cette construction n'est pas du goût des Associés, mais elle est ordonnée par le vice-roi, et Champlain juge que « sans cela il n'y a nulle > seureté en un pays esloigné presque de tout se- » cours {».
A la fin de cette année 1620, Pontgravé retourne en France avec quelques commis qui ne sont pas contents du nouveau vice-roi. Les hivernants sont au nombre de soixante, tant hommes que femmes et religieux.
1 Le Tao, op. cit.,p. 112.
2? CHampLaAIN, Voyages, 1632, 2e part., p. 5. 3 Le Tac, op. cit., p. 106, 4 CirAMPLAIN, Voyages, 1632, 2° part., p. 9.
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XVII. — A la mi-mai 1621, un navire, portant en tout trente personnes, arrive de France, Il a rencontré un petit vaisseau de la Rochelle chargé de pelleteries et lui a donné la chasse, mais sans pouvoir l’atteindre, Le navire français apportait à Champlain des lettres du roi et du duc de Montmorency.
« Champlain », disait Louis XIII, « j'ai veu par vos » lettres du 15 du mois d'Aoust, avec quelle affection » vous travaillez par de là à vostre establissement, et à » ce qui regarde le bien de mon service, dequoy, comme » je vous sçay très-bon gré, aussi auray-je à plaisir de » le recognoistre à vostre advantage, quand il s’en offrira » l'occasion; et ay bien volontiers accordé quelques mu- » nitions de guerre, qui m'ont esté demandées, pour » vous donner tousjours plus de moyen de subsister, et » de continuer en ce bon devoir, ainsi que je me le pro- » mets de vostre soing et fidélité ! ».
Le duc de Montmorency l'informe qu'il a remplacé l’ancienne Compagnie de Monts par une autre formée par les sieurs de Caen, et que le sieur Dolu va lui envoyer, pour exécution, une copie du traité. Il le salue : « Vostre plus affectionné et parfait amy? ».
Le duc pratiquait cette exquise politesse presque morte avec le xvin siècle. Si l’on veut bien se souvenir du tact, de la souveraine délicatesse qui marquaient, dans
1 Lettre du 21 février 1621, dans CHampLaix, Voyages, 1632, 2e part., p. 8.
? Letrre du 2 février 1621, dans CrampLaix, Voyages, 1632, 2e part., p. 8.
un simple salut, les nuances les plus légères de déférence, de respect ou «l'estime, on accordera quelque valeur à la formule de salut employée par Montmorency.
La révocation des privilèges de la Compagnie du sieur de Monts apporte de nouveaux éléments de discorde, et tout va de mal en pis. Les anciens Associés ne veulent pas abandonner la place, les nouveaux ne s'entendent pas avec Champlain, les traitants rivaux remplissent de leurs querelles l'habitation de Québec.
Cependant Champlain continue ses travaux. Un petit fort, presque terminé, est occupé par Eustache Boullé, un commis de l’ancienne Compagnie et seize hommes, munis d’armes et de munitions. « En cette façon », dit Champlain, « nous pouvions parler à cheval, faisant » toujours continuer le travail du fort pour le mieux » mettre en defense ». Il fallait cela pour tenir tête aux deux Compagnies.
XVIII. — Tandis qu’à Québec on disputait ferme, un navire de la Rochelle traitait avec les sauvages, dans l'île Verte, à cinq lieues de Tadoussac. Le gouvernement ne pouvant rien contre les Rochellois, les Associés avaient le droit de se faire justice eux-mêmes. Lorsque le sieur de Caen trouva le temps d'envoyer à l’île Verte, les contrebandiers avaient terminé leurs affaires et voguaient en paix vers leur pays, joyeux de leur riche cargaison et du nouveau bon tour qu’ils venaient de jouer aux « papistes ».
XIX. — Dans sa lettre du 24 février 1621, citée plus haut, le roi avait promis à Champlain des armes et des munitions, et cette promesse avait rempli de joie le cœur du vieux guerrier.
D'après un procès-verbal du 18 août suivant, cet envoi comprit : 12 hallebardes, 2 arquebuses à rouet, 2 à mèche, 523 livres de bonnes mèches, 187 de mèches pourries, 50 piques communes, 2 pétards en fonte verte de 44 livres, une tente, 2 armets et un sanderière, 64 armes de piquers sans brassards, 2 barils de poudre en balles à mousquets. Le dernier jour du mois d'août, Champlain reçut encore 310 livres de poudre à canon, et 2 479 livres de plomb en balles pour mousquets.
Ainsi, point de canons, point de mousquets, et, pour les mousquets que possédait Champlain, de la poudre à canon |
« Je ne pouvois imaginer », dit l’infortuné gouverneur, «que sa Majesté nous eust envoyée si peu de muni- » tions de guerre, veu les lettres qu'elle m'avoit fait » l'honneur de m'escrire! ».
C’est avec de pareils moyens que Champlain devait fonder et défendre une grande colonie.
La Compagnie ne voulait pas qu'il fût trop fort. Elle le considérait comme le patron des moines, qui toujours criaient contre les huguenots et demandaient leur expulsion.
! CHAMPLAIN, Voyage, 1632, 2e part., pp. 29 et suiv.
XX. — Champlain avait beau faire, la défiance des Compagnies marchandes et la faiblesse du Gouvernement laissaient dans la détresse, à la merci d’un coup de main, notre colonie canadienne.
Le gouverneur, toujours infatigable, de plus en plus attaché à son œuvre, ne veut pas lâcher prise.
Le 18 août 1621, jour de la réception de l'envoi du roi, il réunit les Récollets, les officiers de justice, cinq notables, son beau-frère, le commissaire vice-royal et les constitue en assemblée générale des habitants de la Nouvelle-France.
Cette assemblée expose au roi que le pays est immense, très beau, riche en mines, matériaux de construction, bois, terres arables, prairies, pelleteries, gibier, poisson ; qu’il est habité par des peuples beaux, intelligents, faciles à convertir à la foi chrétienne, et qu’il peut donner passage à la Chine; qu’il est, par suite de ces avantages, convoité, guetté par les Hollandais, les Flamands et les Anglais ; qu'il est constamment troublé par les huguenots de la Rochelle, qui donnent aux sauvages desarmes à feu et les animent « à couper la gorge aux François, » et ruiner leur habitation, ce qui n’est pas peu consi- » dérable ».
Des mesures énergiques s'imposent, car la perte de la colonie serait un désastre et une honte.
L'assemblée demande l'expulsion des protestants, la fondation d’un séminaire pour cinquante jeunes sauvages, l'institution d’une justice sévère pour la répression
des assassinats, vols, paillardises, blasphèmes « et autres
» crimes des-jà par trop familiers entre quelques Fran- » cois habitans en ladite terre ». L'assemblée demande aussi : la construction d'un fort sur le mont de Québec pour garder la porte du Canada; celle d'une tour à Tadoussac et une garnison de cinquante hommes; l'envoi à Québec de canons et de munitions ; l'augmentation des émoluments du sieur Champlain.
Le P. Georges Le Baïllif part de Québec, le 7 septembre, avec Pontgravé, pour porter au roi Le cahier des Tres-humbles remonstrances el memoires rédigés par l'assemblée générale.
Le moment n’est pas favorable. Les huguenots de la Rochelle veulent se mettre en République et appellent à leur aide les Anglais et les Hollandais.
Le fanatisme, « enfant dénaturé de la Religion », est déchaîné; catholiques et protestants s’égorgent sur la croix et déchirent à belles dents la patrie française pour « de vains arguments qu'ils ne comprennent pas ». Les huguenots, maîtres du Canada, n'auraient pas donné cette colonie aux Anglais. Intelligents, laborieux, entreprenants, ils étaient capables de conquérir et de garder une bonne partie de l'Amérique du Nord. Les catholiques ne pouvaient leur abandonner la colonie. Avec de la tolérance, nous aurions eu en Amérique une situation admirable et prépondérante, mais la tolérance n’était pas de ce temps là.
L'assemblée avait donc raison de vouloir un Canada exclusivement catholique.
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C'était justement ce que Louis XIII ne pouvait alors accorder.
Au mois de janvier 1622, il levait le siège de Montauban après y avoir perdu huit mille hommes. Au mois de mars suivant, il assiègea Montpellier, y perdit aussi beaucoup de monde et dut accorder aux protestants, avec la confirmation de l'Édit de Nantes, deux places de sûreté : la Rochelle et Montauban. IL ne pouvait, à pareil moment, les expulser du Canada.
N'ayant, pour ses guerres, ni trop d'hommes ni trop d'argent, il lui était impossible de faire quelques chose pour l'armement et la defense de Québec et de Tadoussac.
Le P. Georges fut écouté avec la déférence due à son caractère et à la connaissance qu’il avait du pays, mais il obtint seulement que Champlain commanderait dans toute la Nouvelle-France et que ses appointements seraient portés de six cents livres à douze cents ; que les Associés fourniraient dix hommes pour le service de l'habitation et installeraient en Canada, tous les deux ans, six familles de cultivateurs ou d'artisans !,
Le Conseil du roi approuv: cet arrangement, les chefs des Associés le signent et 5e gardent bien de renforcer une place dont les moines deman lent officiellement leur expulsion.