‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 62 sur 112 · XXI. — Dans l'été de 1622, tandis que le P. Le · texte numérisé non relu

XXI. — Dans l'été de 1622, tandis que le P. Le

1 SacarD, Hist., 1636, pp. 72-90. — Cn. Le CLERCQ, op. cit.,t. 1, pp. 176-177, 181-197, — Faizron, op, cit, t. I, pp. 199-200.

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Baillif échoue Clans ses demande: de fortifications, d'armes et de soldats, Québec est mis en alarme.

Depuis que Champlain les a battus, les Iroquois rêvent de détruire la colonie française.

Ils forment trois partis qui doivent nous attaquer simultanément, sur trois points différents. Le premier vient au saut Saint-Louis, alors que l’on y faisait la traite. Les Français, grâce à leurs armes à feu, se tirent d'affaire. Mais le P. Poullain, récollet, est capturé. Il allait être attaché au poteau du supplice quand, heureusement, les ennemis acceptèrent un échange (le prisonniers.

La troisième bande (on ne sait ce qu'est devenue la

deuxième) attaque et bat plusieurs partis hurons, des-

cend le Saint-Laurent, passe devant Trois-Rivières, vient à Québec, rôde autour de l'habitation, mais à distance, de peur des arquebusades, et se rue sur le couvent des Récollets.

Les prudents moines se sont fortifiés solidement, et, aguerris par leurs pénibles jérégrinations, ils ne craignent pas de faire le coup de feu. Aidés de quelques sauvages, ils font une belle défense. Les Iroquois, ne pouvant rien gagner sur eux, se découragent, brülent deux Hurons et se retirent.

M'e Couillard, qui se trouvait dans le fort, a dit que s'ils avaient connu leurs forces, rien ne pouvait les empêcher, vu l'absence de Champlain, de dévaster entierement la colonie.

1 Le CLercQ, op. cit.,t. I, pp. 208-211 — CHARLEVOIX, 0p. cüt., t. 1, pp. 244-245.

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XXII. — Québec, mis à deux doigts de sa perte par les Iroquois! C'était un rude avertissement. Personne n'en tint compte. Les Compagnies continuérenc leurs querelles et leurs procès; les moines et les huguenots continuérent leurs tracasseries.

Le roi décide, pour faire la paix, la fusion des deux Compagnies".

Isolées ou réunies, elles n’en sont jas moins hostiles à la construction du fort, à la colonisation et à la conversion des sauvages. On demande à des Compagnies où domine l’element calviniste de fonder une colonie exclusivemeut catholique; elles promettent et.... mettent des entraves Ainsi le voulaient la nature des choses et l'état des esprits.

Pour christianiser des sauvages, il faut commencer jar les rendre sédentaires. Tous les catholiques des Com vagnies étaient de dévôts personnages. Pourtant, comme les autres, « ils faisoient plus d’estat d’un castor que du » salut d’un peuple qui vous peut aymer ». L'un d'eux, « personne de condition (Catholique de professicn) », dit aux PP. Nicolss et Gabriel Sagard que si les Récollets pensaient rendre sédentaires, autour du couvent, les Montagnais et les Canadiens, eux, marchands, les chasseraient à coups ‘le bâton dans la forêt ?.

1 Lettre du roi à Chainplain du 20 mars 1622, dans CitaAMPLaAIx, Voyages, 1930, t. IT, pp. 57-08, — Le Crenca, op. cit., t, I, pp.

? Sauanp, Jlist,, 1535, p. 169.

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XXIII. — Les divisions de Québec se répercutaient jusqu’au lac Huron.

Une double influence se faisait seutir : celle des Compagnies'et celle de Champlain.

Les coureurs de bois, hommes des Compagnies, avaient pour mission la traite des pelleteries et ne faisaient pas vœu de chasteté. Les Récollets exhortaient à la sagesse les filles huronnes qui ne les écoutaient guère. Les coureurs de bois leur contaient autre chose, qu’elles écoutaient volontiers. Les moines traitent ces hommes de scélérats!. C’est un bien gros mot. Les bons Pères disent qu'ils observent leur vœu de chasteté; je veux bien les croire. Sachant combien c’est pénible, ils devraient avoir de l’indulgence pour de simples laïques quiséduisent des sauvagesses folles d'amour.

Les coureurs de bois se sont fondus dans les populations indiennes ou revinrent en Frauce.

Les interprètes, formés par Champlain, étaient une élite. [ls se sont mariés, ont fait souche et forment la

première assise de la belle et noble population canadienne*.

XXiV.— La jeune madame Champlain menait alors à Québec une vie peu attrayante. Elle avait pour Compagnie les trois femmes de sa suite et son vieux mari, qui était continuellement occupé de guerres, de négociations,

1 Siganb, Hist., 1636, pp. 351-352, ? Bexsamix Sur, op. cit.,t, IT, pp. 13-14

de découvertes, de constructions, d'administration, et des querelles des marchands avec les marchands, des moines avec les huguenots.

Il y avait à l'habitation la veuve Hébert et sa fille, Mre Couillard, mais elles avaient chez elles beaucoup d'occupation, et M" Champlain ne trouvait peut-être pas grand charme dans leur conversation.

Elle passait donc ses journées à lire des livres de piété, à prier, à bâiller.

Après quatre ans de cette monotone existence, elle en a plus qu'assez et demande son couvent. Champlain se résigne. La vie conjugale lui cause peut-être plus de soucis que de plaisir.

La petite femme lui demande lantorisation de se faire religieuse. Il refuse parce qu'il devrait se faire moine. Ils conviennent de vivre en continence le reste de leurs jours. Champlain mort, elle reste encore dix ans dans le monde. Le 7 novembre 164%, elle entre, en qualité de bienfaitrice, chez les Ursulines de Paris et y prend le voile sous le nom d'Hélène de Saint-Augustin. Sa profession soulève des difficultés. Elle possède une certaine fortune, et cette fortune peut, apres elle, tomber dans des mairs mauvaises, devenir une cause de scandale dont l'Eternel demanderait à sa pauvre âme un comptesévère. Les bonnes sœurs, par charité chrétienne, compassion, amitié, lui offrent le moyen de prévenir la colere divine et de lever les obstacles qui s'opposent à ses désirs et à son salut. La bonne dame donne 25 000 livres, environ 150 009 francs de notre monnäte, pour la construction,

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à Meaux, d'un couvent d'Ursulines. Toutes les difficultés s'évanouissent, et cinq mois après, le 4 août 1648, elle estadmise à prononcer ses vœux.

Elle donne alors la mesure de son état d'esprit. A force d'importunites, elle obtient la permission d'écrire ses fautes et de les lire publiquement en communauté. « Elle fit cet acte à genoux, nu-pieds, la corde au cou » et un cierge allumé à la main; et on ajoute que sa pro- » fonde humilité lui fit même étrangement aggraver » cette accusation ».

Elle mourut le 20 décembre 1654, à l’âge de cinquante-six ans, en odeur de vertu".

Aiusi pétrie, elle était incapable d'apprécier les services qu'une femme pouvait rendre à la colonie, à la France et à la religion. Tout imprégnée d'égoisme, ne pensant, ne sacrifiant qu'au salut de son âme, elle ne pouvait comprendre combien grande, noble et sainte était la femme qui se donnait pour täche de parer de sa jeunesse, de fortifier de ses divins sourires la vieillesse d'un grand homme. Le couvent lui tenait à cœur ; la vie parasite et inutile de la bonne sœur était son idéal, et, devant la cornette, honneur, patrie, famille étaient pour elle choses petites, indifferentes et vaines,

Elle dut faire tres peu pour le bonheur de son mari; en tout cas, celui-ci n'exprime aucun regret, se contente dedire qu'il partit de Québec le 15 août 1624, laissant

l Chronique des Ursulines. — Vie de Madame de Champlain, citée par l'abbé FaïILLON, op. cit. t. I, p. 289.

la nouvelle habitation assez avancée, des matériaux prets à mettre en œuvre et la recommandation de la terminer. Il ajoute meélancoliquement : « jugeant bien en moi- » mesme que l'on n’en feroit rien, d'autant qu'ils n’a- » voient rien de plus désagréable, bien que c'estoit la » conservation, et la seureté du pays; ce qu'ils ne pou- » voient ou ne vouloient comprendre! ».

1 Chronique de l'Ordre des Ursulines. — Vie de Madame de Champlain, citée par l'abbé FaizLon. — CuamrLais, Voyages, 1830, t. II, pp. 91-92. — FarzLon, op. cit., t. I, pp. 205-206.

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