LES JÉSUITES SE FONT ENVOYER EN CANADA
I. Montmorency vend à Ventadour sa vice-royautédu Canada. — If. Catholiques et Protestants. — III. Les Jésuites se font introduire en Canada, — IV. Arrivée des Jésuites à Québec. — V, Les Jésuites à Québec. — VI. Champlain revient à Québec. — VIT, Départ du P. de Brébeuf pour
la mission des Hurons. — VIII. Les Espagnols à Tadoussac. — IX. Construction du fort Saint-Louis. — X. Etablissement agricole du cap
Tourmente,— XI. Les Jésuites se plaignent des Huguenots.
I. — Champlain arrive à Dieppe le 1° octobre 1624 et se dirige de suite sur Paris.
Les Associés anciens et nouveaux ne s'entendent pas mieux que leurs commis. Le duc de Montmorency, fatiguc de ces querelles sans fin, vend au duc de Ventadour sa vice-royauté de la Nouvelle-France. Le roi approuve. Le 15 février 1625, Ventadour nomme Champlain son lieutenant et lui recommande de bâtir les forts et forteresses nécessaires; de soumettre au roi par tous les moyens licites, les peuples du Canada, de « les appeler, » faire instruire, provoquer et esmouvoir à la cognois- » sance et service de Dieu, et à la foi et religion catho- » lique, apostolique et romaine »; de nommer des ofliciers de justice; de déclarer la guerre s'il en est besoin et
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de faire des traités de paix; de faire faire de nouvelles découvertes pour aller à la Chine et aux Indes-Orientales; de rechercher, reconnaître, fouiller, exploiter les mines; de s'emparer des vaisseaux et marchandises de quiconque ferait en Canada un trafic illicite; de faire, en sa qualité de lieutenant, tout ce qu’il jugera utile pour la conquête et le peuplement de la colonie?
IT. — Tout ceia irait bien si les catholiques etles protestants pouvaient vivre en paix. Il n’en va pas ainsi.
Les protestants ne se plaignent pas, sachant bien qu'ils ne seraient écoutés de personne; mais les moines qui se croient tous les droits, pour peu de chose crient vengeance. Le P. Sagard croit devoir, « en conscience », se plaindre au vice-roi. « Les huguenots » lui dit-il, « tenoient partout le dessus dans leur vaisseaux faisans » leurs prières, et nous contraincts de tenir la proùe en » Chantans les louanges de Nostre Dieu, qu'estoit pro- » prement mettre le trompeur Baal au-dessus du vray » Dieu ». Et le bon moine ajoute aveccomponction : « La » cause de ce désordre procedoit de ce que les princi- » paux de la flotte avec la pluspart des officiers estoient » de la religion prétendue etreéformee, lesquels avoient » esté ozés jusques-là que de chanter leurs Marottes » pendant qu'un de nos Freres disoit la Saincte Messe à » la Traicte, pour l’interrompre ou le contrarier ce sem- » bloit, tellement que ce n’est pas le moyen de planter
1 CHampiain, Voyages, 1630, t. If, pp. 9410.
» la foy où les chefs principaux estoient contraires à la » mesme foy, mais plustot une confusion de croyance » aux sauvages, qui s’appercevoient desja de nos diffe- » rentes manieres de servir Dieu, disans que les uns » fesoient le signe de la Croix et les autres non! ».
Cependant il arrive parfois aux Recollets de parler autrement des huguenots.
Le P. Sixte Le Tac raconte qu’en 1622 Guillaume de Caen reçut à son bord, « avec bien de la joye, quoyque » «le contraire religion », pour les conduire à Québec, deux Pères Récollets?.
Le P. Sagard renouvelle ce récit et ajoute, parlant de Guillaume de Caen : « car au reste il est homme poly, » libéral et de bon entendement sçachant parfaitement » bien commander eu mer°».
Il dit ailleurs que le mème Guillaume de Caen prêta des hommes au P. Irenée, pour élever à Tadoussac une grande croix, et qu’ « il y eust des huguenots mesme qui » s'y employerent d'affection, pendant que d'autres plus » pervers s'en mocquoient. Ils édifierent aussi une cha- » pelle de rameaux d'arbres, où ledit Père dit la S. » Messe au grand contentement de son ame, et de tous » les bons catholiques qui se trouverent là presens { ».
1 SaGarD, Hist., 1636, pp. 861-862, ? Le Tao, op. cit., p. 117.
3 SacarD, Hist., 1636, p. 92.
4 SagaRD, Æist., 1636, p. 96.
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HIT. — En somme, les Récollets sont réservés avec le pouvoir civil, pas trop tracassiers avec les catholiques, et les calvinistes ont pour eux des égards.
Pour les Jésuites on éprouve d’autres sentiments, On connaît leur habileté, leur morale, leur ambition, leur politique. Ils inspirent de la répulsion. Tout le monde les redoute, Leur présence en Canada est considérée comme funeste. L'ardent catholique Champlain est d’accord sur ce point avec le calviniste Emery de Caen",
Cela ne gêne pas les Révérends Pères. Ils possèdent plusieurs arcs et, à chaque arc, plusieurs cordes.
Ils ont dépouillé la religion de ses épines, fait un Jesus facile à contenter, souriant, couronné de roses ; ils ont jonche de fleurs le sentier du Paradis et font faire « sur des tapis soyeux le chemin de la croix ». Leur casuistique infiniment souple, à la portée de tous (voir les Provinciales), leurs bonnes manières ont conquis à l'Ordre les sympathies des grands seigneurs et des grandes dames.
D'un autre côté, le duc de Ventadour à quitté la cour pour entrer dans les Ordres?, et il a pour confesseur le P., Noirot, jésuite.
Ainsi préparés, les Révérends Pères dirigent contre les Récollets une double attaque.
Noirot persuade à son docile pénitent que les Récollets
1 Cu, Le CrercQ, ap. cit., t. I, p. 291. — KarrLox, op. cit.,t,f, p. 208,
? Cnarrevoix, 0p. eit,, tt, I, p. 247.