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n'ont pas les reins assez forts pour mener à bien la conversion d’un pays comme la Nouvelle-France.
Dans le même temps, les grandes dames et les grands seigneurs s'efforcent de persuader aux bons Pères que l'intérêt de leur ordre et de la religion exige qu'ils appellent à leur aide l'Ordre riche et puissant des Jésuites. Tout doucement, par de belles paroles, d’amicales pressions, des insinuations à deux tranchants, on les amène à demander un secours dont ils n’ont pas besoin, dont ils connaissent tous les dangers.
Après avoir raconté comment les Récollets ont converti treize provinces du Mexique et fondé plus de cinq cents couvents, ce qui dénote une grande puissance d'action, le P. Sagard fait cette réflexion, d’une discordance voulue: « Il faut nécessairement avoir de » quoy donner si on veut y advancer, car plus on leur » donne » (aux sauvages) « plus ou les attire, et n'ayez » pas de quoy les nourrir, c'est-à-dire qu'ils vous admi- » reront et peu vous pourront suivre ! ».
Feignant de croire que les Récollets ont, librement et de leur propre initiative, demandé le concours des Jésuites, il ajoute malicieusement * : « Ce choix que nous » fismes desdits Pere (sic) Jesuites pour le Canada fut » fort contrarié par beaucoup de nos amis, qui tas-
1 Le P, Le Tac dit en effet que les Montagnais « n'écoutent les ins- » tructions qu'autant qu'elles leurs servent pour avoir à disner, ou » pour recevoir quelles rasades et autres bagatelles qu'ils esperent ». (Le Tac, op. cit., p. 135.
? SAGARD, Aist., 1036, pp, 862-864.
choient de nous en dissuader, nous asseurant qu'à la fin du compte ils nous mettroient hors de nostre maison et du pais, mais il n'y avoit point d'apparence de croire ceste mecognoissance de ces bons Peres : ils sont trop sages et vertueux pour le vouloir faire, et quand bien un ou deux particuliers d’entre eux en auroient
» eu la volonté, une hirondelle ne fait pas un printemps,
ny un ou deux religieux la communauté, et par ainsi c'eut esté crime de se meffier d'eux, non pas mesme en la pensée, car il paroist que par tout ailleurs nous avons vescu en paix AVEC EUX ».
Le grand argument des Jésuites pour s'implanter en
Canada est qu'ils sont très riches et qu’ils pourront faire beaucoup de bien.
Le P. Sixte Le Tac reconnaît qu'ils sont très riches,
mais il nie leur générosité et la sincérité de leur proposition. « Cette proposition », dit-il, « etoit captieuse,
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parce quil est constant que quoyque les PP. Jesuites soient fort riches et reçoivent de grandes aumosnes pour donner aux Sauvages, cependant ils ne leur donnent jamais rien du leur, ny meme les ausmones qu'ils ont reçu à distribuer qu'ils ne leur fassent payer six fois plus que ne vallent les denrées qu'ils leur distribuent, au retour de leur chasse, ce que n'auroient pas fait les PP. Recollets qui ne courent ny après les Pelleteries ny après le bien. De plus cette proposition etoit encore d'une derniere consequence pour les PP. Recollets en particulier et pour le Canada en general ; pour les PP. Recollets puisque de là dependoit l’eta-
» blissement ou le renversement de leur ordre en la » Nouvelle France; pour le Canada puisque en les y » recevant c'etoit recevoir des Politiques qui s'empare- » roient du gouvernement, et des marchands qui tire- » roient vers eux le plus beau profit! ».
Dans leur empr'essement à mettre la main sur le Canada, les PP. Jésuites ont manqué de prudence.
Quand le P. Irenèe vint, honteux, là mort dans l'âme, contraint et force, demander au duc de Ventadour,comme une faveur, l’aide des Jésuites, par hasard le P. Noirot se trouve là, et par hasard il à tout pouvoir pour accepter la proposition des Récollets,
Sans perdre de temps, les Jésuites viennent demander au Père Sagard son vocabulaire huron. Il n'est « pas » encores en estat », répond le vieux moine. Cela voulait dire, en bon français : « beaux Pères, attendez sous l'orme; je ne suis point disposé à vous fournir des armes pour chasser du Canada les PP. Reécollets ». Il est d’ailleurs averti par une nouvelle frasque des Jésuites.
L'accord conclu entre les deux ordres devait être soumis à l'approbation de la Compagnie des marchands. Par hasard, erreur, omission ou calcul, les Récollets ne sont pas convoqués. Néanmoins on règle l'affaire et les Jesuites obtiennent la nourriture de deux des six Frères qui sont en Canada, « ce qui ne fut pas pris à bon au- » gure ».
1 Le Tac, op. cit., p. 123. Ce passage est rayé dans le manuscrit, mais en marge il y a cette mention : « Vous pouvés lire si vous voulés ce qui est rayé ».
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