‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 65 sur 112 · DO SUR · texte numérisé non relu

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Dés le lendemain, le P. Sagard, se promenanten ville, rencontre « une personne de qualité intéressée dans le » party », qui lui conte l’affaire. Le Père court aussitôt chez le duc de Ventadour, et le duc de Ventadour écrit aux Jésuites qu’il révoquera son consentement s’ils se mêlent de la nourriture des Récollets que la Compagnie entretient en Canada. « Les Peres obéirent promp- » tement et se submirent aux volontez dudit seigneur » duc ».

« Cette petite action », ajoute narquoisement le P. Sagard, « n'a neantmoins en rien altéré l'amour et le res- » pect que nous avons à ces grands hommes! ».

IV. — Trois jésuites : Charles Lallemant, Enemond Masss et Jean de Brébeuf, partent pour Dieppe et s’embarquent sur le navire de Guillaume de Caen qui, durant le voyage, les traite fort courtoisement.

Mais en arrivant devant Québec, au mois de juillet 1625, il leur fait ce petit discours : « Mes Révérends Pères, je n’ai point d'ordres pour vous et ne puis vous recevoir dans le fort ni dans l'habitation ; force est que vous repassiez en France par le bateau qui vient de vous amener ». Ce fâcheux contretemps, dit avec conviction un bon moine, fut causé par le Diable, « qui craint les Jésuites ». Bonne affaire pour les Récollets. Hélas ! ils se prennent de pitié pour eux, viennent les

1 SacanD, Jist., 1636, pp. 864-867.

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chercher, les conduisent à leur couvent et leur en donnent la moitie.

Le 28 juillet 1625, le P. Lallemant écrit au provincial des Récollets : « lesdits Peres nous ont obligez pour » un jamais ». L’année suivante ilécrit à son frère Hiérome, aussi jésuite, dans une lettre destinée à la publicite, que les truchements, qui n’ont jamais voulu rien dire aux Récollets, n’ont pas résisté un instant aux demandes des Jésuites, en sorte que ceux-ci ont fait plus de progrès en quelques mois que ceux-là en dix ans. Il convient d’ailleurs que Dieu a fait un miracle. Un truchement que l’on voulait renvoyer en France tombe gravement malade, subitement, chez eux, juste la veille du jour fixé pour son départ. Ils le gardent, le soignent, le guérisser: et tirent de lui tout ce qu’il peut donner!.

Ainsi, à peine arrivés, ils écrivent que les Récollets, leurs hôtes bénévoles, n’ont réalisé aucun progrès et leur ont laissé tout à faire.

Bientôt arrivent les PP. Noirot et de la Noûe. Ils amènent vingt-cinq ouvriers, En peu de temps ils ont une maison ? et des cultures qui leur permettent de se passer des secours de France.

Champlain observe, avec amertume, que si les colons

1 Sagan, Hist., 1636, pp. 867-870. — Le CLerco, op. cit.,t. I, p. 313, — LarLemanr, Mercure François, t. XIII, pp. 25-27.

2? Ils ont logé deux ans et demi chez les Récollets. Leur couvent fut construit à sept où huit cents pas de celui des Récollets, sur la rive opposée de la rivière Saint-Charles, près de la petite rivière de Raye, au lieu connu sous le nom de « Fort de Jacques-Cartier », Lx Tao, op. cit., p. 121.

avaient fait comme eux, l'existence de la colonie ne serait plus à la merci d’un hasard de la mer ou d’un caprice des Associés.

V. — En 1626, il y avait à Québec 43 Français. Les Jésuites les confessaient et leur faisaient, par mois, deux serons.

Les Pères n’étaient pas aimés, Dans les chambres circulait un exempluire de l’Anti-Cotton. Ils le saisissent et le brülent!.

Dans le même temps, le sieur de Caen fut accusé, auprès du duc de Ventadour, d’avoir fait faire, sur le Saint- : Laurent, publiquement, les prières de sa « religion pré- » terndue..... desirant que les catholiques y assistas- » sent ». Caen nie et prétend que c’est une calomnie. Il est forcé néanmoins de partir et de se faire remplacer par un catholique. Son choix tombe sur le sieur de la Ralde, catholique peu fervent.

VI. — Il y avait dans le même temps, entre Guillaume de Caen et les Associès, une question d’argent. Une somme de 60 000 livres a été avancée. Les intérêts en seraient-ils de 36 ou de 40 pour cent? Il s'agit | 0 donc d’une sonme de 1 440 livres. Ces messieurs se É disputent ferme à l'hôtel de Veutadour, ne s’entenil | dent pas, plaident devant plusieurs juridictions, et dé-

| 1 LAzLEMANT, Lettre à son frère Hiérosme, dans le Mercure | François, t. XIII, p. 24.

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pensent beaucoup plus que la somme en litige, mais ils ont les suaves, délicates, ineffables émotions d’un procès.

Cette affaire, mise en bonne voie, le sieur de Caen arme à Dieppe les navires destinés à la campagne de 1626. Champlain y prend passage. Le départ a lieu le 15 avril. Le voyage, contrarié par le mauvais temps, dure deux mois et six jours!.

Pendant la traversée, les huguenots, qui forment les deux tiers de l'équipage, chantent leurs psaumes, et les catholiques trouvent cette pilule bien amère. Mais après le débarquement à Tadoussac, La Ralde défend à ceux qui vont à Miscou de chanter sur le Saint-Laurent®.

VII. — Vers ce temps-là, le P. de Brébeuf et le recollet de la Roche partent pour la mission des Hurons. Ils apprennent à Trois-Rivières qu'un franciscain, le P. Nicolas Viel, « homme très savant* », a été noyé par des Hurons, dans la rivière des Prairies, non loin de Montréal, près d’un village nommé, pour cette cause, Saut au Récollet.

Le P. Viel avait accepté une place dans ie canot de Hurons qui allaient à Québec. Les Hurons prirent par le canal des Prairies au milieu duquei se trouvent des rapides. Au lieu de faire portage, ils descendirent en canot les rapides et profitèrent du moment où le canot

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 84-87. ? CnAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., p. 108. 3 F.-X, GarNEAU, Hist. du Canada; Montréal, 1882, t. I, p. 49,

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bondissait parmi les roches pour assommer le Père, le jeter à l’eau et piller ses bagages.

Brébeuf et la Roche reviennent prudemment à

Quebec.

Au printemps suivant, les Jésuites reprennent leur pro- . jet. Brébeuf et la Noûe vont se mettre en route. Ils se

heurtent à de nouvelles difficultés. « Le Diable qui craint » la touche a voulu jouër des siennes : car nos Peres » estans desja embarquez, les Sauvages par deux ou trois » fois les voulurent faire desembarquer, alleguans que » leurs canaux estoient trop chargez; mais enfin Dieu » l’emporta par dessus luy, on gagna les Sauvages à » force de présens*.

De quoi s’agissait-il, en somme? Le P. de Brebeuf était d’une taille et d’une corpulence exceptionnelles, les Hurons ont eu peur de chavirer sous son énorme poids, et des chaudières, des haches, des couteaux les ont decidés à risquer le coup. Fallait-il, pour si peu, que Dieu entrât en lutte avec le Diable?

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VIII. — Le5 juillet 1626, à l’époque de ce drame épique, Champlain revient à Québec. Après deux ans et demi d'absence, il trouve, comme il l'avait prévu, qu'on n’a rien fait des travaux qu’il a prescrits à son départ. Peupler, cultiver, fortifier le pays, ce serait, disent

1 Cu, Le CLercQ, op. cit.,t. I, pp. 329 et suiv. — CHARLEVOIX, op. cit.,t.I, pp. 248, 249 et 283.

2 Lettre du 1er août 1626, de Uh. Lallemant à IT. Lallemant, dans le Mercure François, t, XIII, p. 30.

le les marchands, attirer les Espagnols'. Etrange argument !

à En 1622, un navire de cette nation a jeté l’ancre devant Tadoussac. Toutes les nuits il envoyait, pour O- écouter ce qui se disait dans le vaisseau du sieur de se Caen, une chaloupe chargée de soldats. Tadoussac était int très alarme. Pour éloigner ce dangereux voisin, il aurait res fallu une vingtaine d'hommes, tant marins que gens ois d'armes, « ce qui ne se voit point à Québec ? ». Tadousque sac était donc à la merci d’un navire de 200 tonneaux. ieu Cette coupe était bien amère. Il fallut la vider s à ? pourtant, et jusqu’à la lie.

eu IX. — LA leçon ne seri de rien. Nul, Champlain Fes, excepté, ne veut voir les gros nu2ges qui s'amoncellent ds, dans le ciel de la Nouvelle-France.

Que Les [Iroquois recommencent la guerre. Nos alliés, Dieu Montagnais, Algonquins, Hurons, ne sont pas trop sûrs. Il faut aussi se défier des Anglais, voisins bien autrement perfides et puissants que les Sauvages.

ame La Compagnie a pris l'engagement formel de fournir nel dix hommes pour la construction du fort Saint-Louis. . Elle n’en veut rien faire. Qu'elle ait ses « quarante pour L. » cent », et du reste, elle s’en soucie comme de cela. Il sant ya une autre raison. Certaine que les moines finiront F0 par l’évincer, elle ne veut rien faire pour ses ennemis. hant, 1 SaAGaRD, Le grand voyage, 1632, p. 58.

? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2 part., pp. 61-62.

Le sieur de Caen écrit à Champlain qu’il n’est pas tenu de fournir des hommes pour les travaux du fort. Sa Majesté peut en envoyer si c’est son bon plaisir. « A » tout cela », dit Champlain, « je ne peüs rien faire pour

lors, sinon d'en escrire à mondit seigneur le Viceroy, et lui donner advis de tout se qui se passoit en cette affaire, afin qu’il y apportast l'ordre qu’il jugeroit nécessaire, et moy de ne laisser, en tant que je pouvois, d'employer quelques hommes au fort, et le reste à travailler à l'habitation ! ».

X. —Ila remarqué le cap Tourmente, situé à sept ou huit lieues en aval de Québec. Au moindre vent, la mer y monte comme en pleine marée. Il y a des prairies larges de plus de demi-lieue et, derrière, une forêt qui s'étend jusqu’au pied des montagnes. Le bétail serait là bien à son aise.

Malgré le mauvais vouloir des marchands, il y construit une étable longue de 60 pieds et deux corps de logis de 18 pieds sur 15 « faits de bois et de terre à la façon de » ceux qui se font aux villages de Normandie ». Il démolit, pour l’agrandir, un ancien fortin. Espérant que le roi lui enverra du monde, il prépare la cage pour l’oiseau. Ces travaux sont rapidement exécutés parce qu’il va, tous les huit jours, les visiter.

Le 15 septembre 1626 il envoie à ce poste du bétail, six hommes, une femme et une petite fille ?.

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 132, 135, 183, 184. ? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 20 part., pp. 112-116.

XI. — La situation est singulièrement précaire, et les Jésuites, par leur intolérance, viennent encore l’aggraver, aviver la haine qui sépare les huguenots des catholiques.

La Noûe se plaint, comme l'a fait Sagard, que les calvinistes chantent, sur le fleuve, des psaumes que l'on eutend du rivage. Avec cela, paraît-il, la vie n’est pas possible. A la première plainte, Champlain se contente de répondre : « C’est le grand zele de leur foy qui » opere ». D'autres plaintes arrivent de Tadoussac. Il ne se contente plus alors d’un mot méchant. Il ordonne à Emery de Caen de faire cesser ce « scandale ». Emery informe ses hommes que le vice-roi a défendu de chanter des psaumes sur le Saint-Laurent, et qu’à l'avenir ils devront se contenter de faire la prière en commun.

Les Huguenots murmurent, trouvent scandaleux qu’on leur défende de chanter des psaumes sur leurs navires tandis que les moines ont licence de chanter ce qu'ils veulent, où ils veulent, tant qu'ils veulent.

Les moines ont le haut du pavé. Cela ne leur suffit pas : ils veulent tout Le pavé, avec accotements, rigoles et clô-' tures. « Le secours qui nous est venu de France », dit le R. P. Lallemant, « est un bon commencement pour ceste Mission; mais les affaires ne sont pas encore en » telestat que Dieu puisse y estre servy fidèlement. » L'heretique y a autant encore d’empire que jamais, » c’est pourquoy je renvoye le P. Noirot selon la per-

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 114-115.

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» mission que les Superieurs m'en ont faicte, afin qu'il » parachève ce qu’il a commencé : il est le mieux en- » tendu en ceste affaire! ». C'est-à-dire que le bon Père va solliciter une bonne petite croisade contre les huguenots.

Ce ne sont pas des Français qui vont, sous la bannière nationale, à la conquête d’un grand empire, ce sont des sectaires qui portent au loin les guerres stupides qui ruinent et deshonorent la mère patrie.

1 LazLemanT, Relation de 1626, édit. de Québec, pp. 7, 8.

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