‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 67 sur 112 · SET · texte numérisé non relu

SET

bras ouverts, apportant l'espoir d'un au-delà glorieux, l'amélioration de la vie présente, l'idée d’un état supérieur. Et puis, pourquoi ne pas le dire : ils avaient our les femmes de douces paroles, des attentions, ils -les aimaient et en étaientaimés, protégés. Souvent, par amour pour eux, un village attendait leur départ pour déclarer la guerre ou supplicier des prisonniers.

VI. — Le dieu de Champlain n'avait pas tout prevu. A la nouvelle du meurtre des ambassadeurs, les Algonquins saisissent l’Iroquois qu'ils avaient gardé en otage, lui arrachent les ongles, le brülent avec des tisons, le font souffrir tant qu'ils peuvent et le passent à d’autres ; ceux-ci imaginent de nouvelles et plus atroces tortures, le lardent à coups de couteau, le découpent, et chacun emporte, pour le manger en famille, un morceau de chair saignante :.

Champlain peut se désintéresser du meurtre de Cherououni et de maître Simon, mais il ne peut laisser impuni celui de Magnan. Il n'y aurait plus, pour les Français, aucune sécurité *. C’est donc la guerre avec les [roquois, une nouvelle complication qui entravera notre commerce et servira les intérêts anglais.

VII. — Le 3 octobre 1627, peu après son retour de la rivière Richelieu, Champlain va visiter les travaux du

1 CrampLaAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 125-129. 2 CnaMmpLAIN, 20id, p. 17%,

du

cap Tourmente. Il en revient le 6 avec une partie des ouvriers, et charge deux hommes de conduire à Québec quelques têtes de bétail.

Des Sauvages surprennent ces hommes pendant leur sommeil, les assomment à coups de hache, les lardent à coups de couteau et les traînent au bord du fleuve.

Champlain manque de munitions et ne peut employer la force. 11 faut parlementer. Il réunit les capitaines montagnais. leur montre ses morts, leur reproche l’odieux de leur crime, leur rappelle qu’il a déjà pardonné le double assassinat de 1618. Je pourrais, leur dit-il, tuer cinquante des vôtres; je pourrais même vous tuertous, mais iln’est pas d'usage dans mon pays de punir les innocents pour les coupables. J'exige donc que vous me remettiez entre les mains, pour les juger et les punir selon les lois françaises, les deux meurtriers !.

Après une longue discussion, il fait arrêter un Sauvage qu’il croit coupable et quise dit innocent. Le « soupçonué » est vivement réclamé par ses compagnons. Champlain veut, pour le rendre, irois otages : le fils même du « soupçonné », un jeune montagnais et un jeune trifluvien. Trois jours après, les Sauvages lui amènent trois garçonnets de douze à dix-huit ans et disent qu'ils n’ont pu découvrir les coupables.

Champlain les prévient qu'à l'avenir les Français ne sortiront qu’armés et qu'ils feront feu sur tout sauvage qui les approchera sans leur permission.

1 CHamPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 135-136.

A la fin de janvier 1628, une trentaine de sauvages, pressés par la faim, s'installent près de l'habitation. Ils espèrent que les Français leur viendront en aide, mais Champlain les assure qu'à cause de l'assassinat de ses hommes il ne fera rien pour les empêcher de mourir de faim. Ils se montrent très indignés du crime des Montagnais, lui demandent de contracter avec eux une étroite amitié, et lui envoient, pour en faire à son bon plaisir, trois fillettes de onze, douze et quinze ans. Jusqu'alors, ils n’avaient pas voulu donner aux Français une seule de leurs filles. Le chirurgien, mü par le désir de « retirer » une àme des enfers » et sans doute aussi de procréer des petits chrétiens, en demanda une en mariage et fut refusé.

Champlain décide, après en avoir conféré avec Pontgravé, de recevoir les trois fillettes. « Les Sauvages, » » furent très aises, et moy aussi, tant pour le bien du » pays comme pour l’esperance que je voyois que c’es-. » toit trois ames gaignées à Dieu ! ».

Il leur donna les noms des vertus théologales : Foy, Espérance et Charité?.

Un capitaine, nommé Forière, très délié, rusé menteur, vient à Québec avec le « soupçonné », et cherche à tromper Champlain. Champlain n'est pas dupe de ses beaux discours, le convainct facilement de mensonge, met en prison le « soupçonné », renvoie deux des otages

! CnamPLaAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 137-141. 2 Cu. Le CLercQ, op. cit., t. I, p. 319.

et garde le troisième pour tenir compagnie au prisonnier !.

Erouachy, « homme de commandement », qui avait promis de découvrir les assassins, vient, le 19 avril, demander la liberté du prisonnier. En bon sauvage, il est prodigue de beaux discours et de protestations d'amitié. Champlain l'écoute et lui répond par un refus.

Au mois de juin, la disette sévissait à Québec. On était sans nouvelles des navires de France, et Champlain ne pouvait plus nourrir son prisounier. La situation était délicate. Faire mourir sans jugement un homme? l'idée ne pouvait en venir aux Français. Le pardouner, les Sauvages le prendraient en dérision. Que faire? Champlain trouve moyen, par une adroite politique, de se delivrer du prisonnier tout en sauvegardant le prestige des Français.

Cet homme n’a pas.été maltraité, bien entendu, mais il n'avait pu passer indemne de la vie libre des forêts à l’immobilhté de la prison. Après quatorze mois de captivité, le pauvre homme était presque mort. Champlain paraît pris de pitié, le rend et quatre de ses amis l’emporteut roule dans une couverture?.

1 CnaMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 444-418 ? CuHaAmPLaiN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 187-199.

Page 1